À L’HEURE LOCALE

Collectivités en circuit court: l’humain d’abord

Collectivités en circuit court: l’humain d’abord

En Belgique, hors crise sanitaire, 200 000 repas chauds sont servis chaque jour dans la restauration collective. Un enjeu de taille pour l’alimentation des Belges. Charlotte Van Breusegem

Alors que le coronavirus fait toujours trembler nos assiettes, certains acteurs de la restauration collective parviennent encore à fournir une alimentation saine et locale aux Belges.

En collaboration avec l’Apaq-W

À l’hôpital, à l’école, à la crèche ou en collectivité, les repas des Belges ne se passent pas tous à la maison. Les restaurants ne sont pas non plus uniquement des endroits où l’on se rend occasionnellement – trop peu pour l’instant – pour apprécier un repas cuisiné par quelqu’un d’autre, autre part que chez soi.

En Belgique, hors crise sanitaire, 200 000 repas chauds sont servis chaque jour dans la restauration collective. Un enjeu de taille pour l’alimentation des Belges.

Au plus proche de nous

Philippe et Sandrine Carré, maraîchers à Dour, l’ont bien compris. Certifiés bio depuis 2009, les producteurs – qui vendent aussi des légumes rachetés – donnent du sens à leur démarche en distribuant dans un circuit court, pour «ceux qui cherchent une alimentation saine, de qualité et goûteuse». Par leur site internet, au marché de Mons et dans les différentes collectivités avec lesquelles Philippe et Sandrine collaborent, les clients découvrent des fruits et des légumes de saison, parfois moins calibrés, parfois moins diversifiés, mais toujours plus authentiques.

Cuisiner du bio du Pérou, ça n’a aucun sens. La dynamique doit être complémentaire avec les enjeux sociaux!

La recherche d’autonomie, le développement du circuit court et la réappropriation de la filière sont autant d’objectifs qui inspirent au quotidien le couple de producteurs.

Les écoles qui font appel à eux bénéficient d’aliments frais et locaux, mais aussi d’un rapport humain avec ceux qui leur fournissent une partie de leur matière première. L’échange est alors permis pour adapter les menus en fonction de ce que les maraîchers peuvent proposer, ou pour adapter les commandes en fonction des besoins des enfants.

Cette collaboration de proximité fonctionne de la même manière avec le CPAS de Quiévrain. Son directeur général, Vincent Nisolle, n’en tire que des avantages: «C’est une logique pour la santé, pour l’écologie, et surtout pour le social ». Si la réflexion pour améliorer la qualité des repas s’est opérée il y a trois ans déjà, du chemin a encore été parcouru depuis.

«Du bio oui, mais du bio d’ici!»

Parce que bien manger, c’est limiter les pesticides et les produits transformés, mais c’est aussi observer toute la dynamique autour, et la rendre cohérente.

C’est dans cette logique que la collaboration avec Philippe et Sandrine trouve tout son sens, «parce que faire venir du bio du Pérou, ça ne sert à rien». Et pour compléter ces réflexions sanitaires et écologiques inhérentes au circuit court, le volet social n’est pas négligé non plus.

«Les équipes qui travaillent avec nous font du très bon boulot. Ils créent de leurs mains des repas chauds à partir de produits d’ici. Ensemble, ils forment une industrie humaine, secondaire et de proximité»

Ceux qui travaillent dans les cuisines du CPAS de Quiévrain sont des personnes en réinsertion sociale et professionnelle, qui livrent les repas aux écoles d’à côté ou aux personnes en situation précaire, parfois à pied pour réduire encore l’empreinte carbone. Et la boucle est bouclée.

Un Green Deal pour des cantines durables

En 2018, le Gouvernement Wallon mettait en place le Green Deal Cantines Durables, un mouvement de grande ampleur pour une offre alimentaire plus durable dans les collectivités.

Aujourd’hui, 500 signataires ont pris part au mouvement, dont près de 200 cantines et 150 acteurs de l’approvisionnement à travers toute la Wallonie. Parmi eux, Philippe et Sandrine Carré, mais aussi le CPAS de Quiévrain.

100 000 repas

Tous ces signataires prennent en charge la moitié des repas de collectivités servis en Wallonie.

Ensemble, ils s’engagent à augmenter de manière significative la durabilité des repas servis dans les cantines en travaillant sur 6 axes orientés sur les questions écologiques, sociales et sanitaires.

Pour Émilie Rioda, Coordinatrice du green deal cantines durables, toute cette réflexion permet aussi une juste rémunération du producteur, «un objectif social en soi qui prend tout son sens».

Une réflexion à 360°

Si les coûts peuvent parfois augmenter pour les collectivités qui s’adressent à des plus petits producteurs, la réflexion doit être globale pour être cohérente et viable.

En limitant le gaspillage et en adaptant les menus aux produits de saison, ces coûts supplémentaires peuvent être complètement maîtrisés. Même si les produits ne sont pas tous identiques ou disponibles à toutes les saisons, ce nouveau rapport à la cuisine de collectivités permet à tout le monde de s’y retrouver.