LE TOURNAI D’AVANT

Cercle artistique de Tournai: le déclin et la fin

Cercle artistique de Tournai: le déclin et la fin

Conscients de la valeur de l’Art, ils furent les bâtisseurs du Cercle Artistique, ici en 1911. ÉdA

Trop beau pour durer? Le XXe siècle évolue au gré des guerres et d’une modernité que refuse le Cercle dont les cimaises auront durer cent ans.

Rue des Clairisses, les responsables se trouvent à la croisée des chemins; l’art n’est plus celui de 1885 et, un autre facteur intervient: l’argent.

L’entretien de l’immeuble coûte cher mais aussi le salaire du concierge, les frais fixes et la diminution des dons. D’où, heureuses initiatives destines à briser l’accoutumance et à apporter quelques finances, le Cercle collabore avec d’autres organisations.

On note en 1901: Fête de la neige au parc au profit des victimes du travail, des expos personnelles de. Viérin, Timmerman et Steppe, l’œuvre des Enfants moralement abandonnés avec vente d’objets choisis par des femmes, ceci en plus du traditionnel Salon.

Cercle artistique de Tournai: le déclin et la fin
Sur les tables, les objets donnés pour une œuvre sociale, l’appel aux bonnes volontés. ÉdA

Au fil des ans, le Cercle multiple ces locations et essais -notamment des expositions de photographies. L’impasse financière est due à l’achèvement de l’immeuble (30 000 F au final).

Rayonnant

Analysant ces 25 premières années du Cercle Artistique, le catalogue loue en rétrospective «ces acteurs qui, en organisant et en améliorant les Salons annuels, en y conviant les artistes les plus en vue de notre pays, ont contribué dans une large mesure à encourager l’Art et à former le goût du public. Durant ce quart de siècle, le Cercle rayonne dans la vie intellectuelle de Tournai, influant sur l’enrichissement de son patrimoine muséal».

La Grande Guerre stoppe net et pour quatre ans les Salons mais la salle s’ouvre à des actions sociales, Travail personnel ou Tombola du Cabaret Wallon. L’édifice est touché, les dommages de guerre interviennent en 1928 à raison de 7500 + 8 243 francs, consacrés à des travaux d’extrême urgence.

Les Salons reprennent leur forme dès 1919 avec une timide percée d’artistes moins conventionnels tel Fernand Khnopff, «figure majeure du symbolisme belge».

Cercle artistique de Tournai: le déclin et la fin
La visite du Salon est un événement mondain, grande tenue exigée. ÉdA

Le groupe des fidèles paie aussi son tribut au temps, en 1921, Charles Allard, membre fondateur et François Leconte décèdent. Anecdotique? pas vraiment car ces bonnes volontés se font plus rares.

Entre 1920 et 30, l’intérêt des livrets tient à l’illustration des couvertures confiée chaque fois à un artiste différent tels Jules Pollet, Jules Messiaen, – A. Meneau fils,, Maurice de Korte, Jean Leroy, James Allard,, Pierre Caille, Georges Grard, Fernand Gaudfroy. Mais seulement 280 numéros en 1935 pour le cinquantenaire.

Cercle artistique de Tournai: le déclin et la fin
En 1929, Marie Howet signe cette couverture qui fait espérer une sortie des sentiers battus. ÉdA

Apparaissent les signatures de Nelly Mercier, Aline Delmotte, Stella Laurent ou Christiane Mercier (en 1941) attestant d’une très active présence féminine au sein du Cercle.

Pente glissante

La participation devient régionale marquée par le nombre déclinant d’exposants et d’œuvres. Le comité double le Salon d’automne avec un Salon de Printemps; en 1944, 155 et 151 apports aux cimaises, 202 en 1945, malgré l’appel d’un «Salon de la Victoire».

Cercle artistique de Tournai: le déclin et la fin
L’accrochage tel que visionné ici donne lieu à bien des remontrances des artistes. ÉdA

Dubrunfaut, Jacques Midavaine, Pierre Paulus n’inversent pas la tendance «la pesanteur des habitudes empêche tout nouveau décollage, les Salons s’enfoncent de plus en plus dans les ornières d’une routine très provinciale» écrit Serge Le Bailly de Tilleghem, docteur en Histoire de l’Art.

Les initiatives ont beau s’ouvrent à d’autres thèmes -Artistes français d’outremer (1958) ou Luxembourgeois (1959), à l’avant-gardiste Sigma 3, au contemporain Cap d’encre, sans espoir d’avenir.

Lors de l’ultime réunion le 13 novembre 1982 André Bertouille remerciera le Cercle pour ses efforts et pour le portrait d’Amédée Huglo par Fernand Allard L’Olivier.

Le Cercle, devenu S.A. vend son immeuble aux Témoins de Jéhovah en 1982, remplacés depuis par la «Maison de la Laïcité..

L’agonie du Cercle Artistique s’achève par la mise en liquidation en 1985, il a cent ans.