CORONAVIRUS

DÉCRYPTAGE | Comment sont soignés les patients covid positifs en soins intensifs

DÉCRYPTAGE | Comment sont soignés les patients covid positifs en soins intensifs

Photo News/Vincent Kalut

Selon le dernier rapport de Sciensano, il y a encore près de 1 200 personnes aux soins intensifs, soit un peu en dessous du niveau du pic de la première vague. Mais comment ces personnes sont-elles soignées? Décryptage.

Des femmes, des hommes et des machines. Les soins intensifs sont plus que jamais au centre de toutes les préoccupations à chaque nouvelle vague de contaminations du covid.

La décrue constatée pour les contaminations et les hospitalisations est moins marquée aux soins intensifs, vu le décalage. Des soins intensifs qui restent plus que jamais sous pression car les lits qui ne sont pas occupés par des patients covid le sont pour d’autres pathologies.

Thierry Bataille allie la pédagogie (il est enseignant en soins infirmiers) et la pratique du terrain (à chaque fois, il n’a pas hésité à prêter main-forte à ses collègues du MontLégia, à Liège), il décrypte pour nous le fonctionnement des soins intensifs pour soigner les patients victimes du coronavirus. Une idée venue suite à un de ses nombreux posts sur Facebook.

 

1.À quoi servent ces machines?

 

Passez votre souris ou appuyez sur les croix présentes sur l’image pour obtenir plus d’informations.

 

 

L’intubation des patients ventilés nécessite la mise en place de nombreux médicaments visant à ce que le patient se laisse ventiler par la machine : anesthésiants, benzodiazépines parfois, mais aussi antalgiques puissants (morphiniques) et curares (paralysants musculaires). Tout cela est placé sous pousse-seringue (voir photo ci-dessus). Il y a aussi des perfusions destinées à hydrater les patients et/ou leur apporter des ions (potassium, sodium, calcium,…). Ils sont nourris par une alimentation par sonde gastrique.

Le respirateur est au cœur du système. Il passe du mode «contrôlé» au mode «assisté» lorsque le patient commence à respirer seul. La machine assiste le patient mais c’est le patient lui-même qui déclenche la respiration, c’est donc lui qui décide s’il respire vite ou pas, en fonction de ses besoins mais aussi du stress, de la douleur éventuelle…. Ce mode «assisté» est le mode qui est utilisé avant d’envisager l’extubation du patient.

Le mode assisté a bien entendu une sécurité. En clair, au cas où le patient ne respire plus, ne déclenche plus la respiration, la machine prend le relais et repasse en «controlé».

Derrière ces équipes et ces machines, il est plus que jamais nécessaire de se souvenir qu’un jour intubé sous respirateur signifie 15 jours minimum de revalidation.

+ GRAND-ANGLE | La rééduction après la réanimation

 

2.Pourquoi la position ventrale?

 

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Photo News/Vincent Kalut
Il arrive parfois que les patients aient les poumons très atteints par le coronavirus et donc ne fonctionnent plus bien. Ils n’ont pas de bons échanges gazeux et donc une mauvaise saturation en oxygène malgré de hautes doses d’oxygène reçues… La position ventrale permet dans 70% des cas d’améliorer les échanges gazeux puisque cette position permet de ventilerdes zones des poumons non sollicitées en temps normal… cela s’appelle ça le recrutement alvéolaire.

Certains patients peuvent rester ainsi pendant plusieurs jours avant de voir une vraie amélioration. Cette mise en position ventrale demande la présence de 3 à 4 infirmiers et le médecin afin de pouvoir tourner le patient sans arracher ses appareillages nombreux (tube endotrachéal, cathéter central et cathéter artériel, sonde gastrique, sonde vésicale). La remise sur le dos demande le même nombre d’acteurs.

Quasiment 3 patients intubés ventilés sur 4 sont passés par cette étape de recrutement alvéolaire rendu possible par la position ventrale mais on essaie de ne pas les laisser en position ventrale plus d’une semaine car cette position engendre souvent des plaies de pression au niveau du visage (à cause des appareillages: tube endo trachéal, sonde gastrique,…) et aussi un oedème de la face.

 

3.Quelles autres solutions pour l’oxygénation?

 

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L’avantage de ces lunettes à haut débit, c’est que ce mélange air-oxygène pénètre plus loin dans les poumons et permet donc d’améliorer les échanges gazeux -
Durant cette deuxième vague, les médecins ont privilégié les masques oxygène à réserve, la VNI (ventilation non invasive), et surtout les lunettes à haut débit.

Masque oxygène à réserve: premier moyen d’aider un patient

Ventilation non invasive: un masque et une machine permettent d’amener de l’air et de l’oxygène avec une haute pression pour favoriser les échanges gazeux.

Lunettes à haut débit: l’avantage de ces lunettes à haut débit, c’est que ce mélange air-oxygène pénètre plus loin dans les poumons et permet donc d’améliorer les échanges gazeux (entrée de l’oxygène lors des inspirations et sortie du CO² lors des expirations). L’autre avantage c’est que le patient reste conscient, garde fonctionnels ses muscles respiratoires, peut continuer à se moucher, cracher ses expectorations,… mais aussi simplement à communiquer et s’alimenter… Ils restent néanmoins très sensibles lors d’efforts, ils nécessitent donc une prise en soins spécifique et une surveillance accrue via monitoring.

Pour Thierry Bataille, tous les traitements actuels visent à traiter les symptômes et à diminuer le risque de complications et/ou de mortalité. Seul un vaccin efficace pourrait empêcher le virus de pénétrer dans l’organisme.

 

 



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