DÉCÈS

Michel Robin, second rôle familier, vu dans Fraggle Rock ou Amélie Poulain

Le comédien Michel Robin, connu pour ses seconds rôles attachants au théâtre comme au cinéma ou à la télévision et ancien sociétaire de la Comédie-Française, est décédé à l’âge de 90 ans des suites du Covid-19.

Modeste employé de bureau ou accordeur de piano, gentil clochard ou serviteur hors d’âge, Michel Robin a collectionné les seconds rôles au cinéma comme au théâtre attirant par sa présence familière une indéfinissable sympathie.

Ancien sociétaire de la Comédie française (1997-2010), l’acteur au crâne dégarni avait obtenu le Grand prix d’interprétation du festival de Locarno en 1979 pour Les petites Fugues d’Yves Yersin ainsi que le Molière du meilleur second rôle en 1990 pour La traversée de l’hiver de Yasmina Reza.

Pour les uns, il était le Lucky du Godot de Beckett mis en scène par Roger Blin en 1970. Pour les autres, c’était le vieux valet de ferme qui s’offre une évasion sur son solex dans Les petites fugues. C’était aussi le Doc de la série Fraggle Rock (1983), devenu le grand-père imaginaire de toute une génération née dans les années 70.

Pour beaucoup, c’était surtout ces rôles de fidèles serviteurs sur les planches (Trivelin dans La Double inconstance, Firs dans La Cerisaie) et de vieillards à la douceur inquiète sur grand écran (Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, Un long dimanche de fiançailles).

«Je ne comprends pas pourquoi on me distribue toujours à contre-emploi dans ces rôles de vieux larbins alors que je suis fait pour jouer le Cid!», plaisantait-il en 2003 dans Le Monde.

Complexé

Né le 13 novembre 1930 à Reims, Michel Robin – bien que complexé par un physique très banal de bonhomme dégarni, un visage lunaire et plus tard une silhouette courbée – arrive au théâtre à 26 ans, après des études de droit.

Elève du cours Dullin, il passe six ans dans la troupe de Roger Planchon au Théâtre National Populaire à Villeurbanne (1958-1964) et joue dans 17 spectacles dont Les âmes mortes, George Dandin et Les Trois mousquetaires.

Au début des années 70, Roger Blin l’engage pour interpréter Lucky dans En attendant Godot chez Renaud-Barrault au théâtre Récamier. La découverte de Beckett – «chez qui il n’y a rien à comprendre mais tout à sentir» – est une révélation pour le comédien.

Il retrouve le dramaturge dix ans plus tard dans Fin de partie où il interprète Clov. C’est le rôle et la pièce de sa vie.

«Cela peut paraître prétentieux mais chez Beckett je suis chez moi. C’est tellement drôle et tellement affreux en même temps», confie-t-il au Monde.

Il est dirigé notamment par Lucian Pintillé (Le Canard Sauvage d’Ibsen), Alfredo Arias (La Tempête de Shakespeare), Brigitte Jaques (L’Imposture de Bernanos), Marcel Maréchal (Glengarry Glen Rose de David Mamet), Claude Régy (Sauvés d’Edward Bond) et Jérôme Savary (La nuit des rois de Shakespeare).

Au cinéma, découvert par Claude Goretta (L’invitation, 1972), il joue une kyrielle de seconds rôles dans une cinquantaine de films, dont L’Aveu (Costa-Gavras, 1969), Un sac de billes (Doillon, 1975), La Chèvre (Francis Veber, 1981) et Vous n’avez encore rien vu d’Alain Resnais (2012).