BELGODYSSÉE 2020

PHOTOS & VIDÉO| Religions: le coronavirus chamboule les traditions

Un protocole sanitaire est appliqué au sanctuaire de Banneux afin de garantir l’accueil des pèlerins d’un jour.Anne Pollard

En pleine pandémie, comment les croyants gardent-ils le lien entre eux et avec Dieu? Les habitudes sont redéfinies, les traditions s’adaptent. Rencontre avec les trois communautés religieuses les plus représentées en Belgique.

Les actes de décès et demandes de rapatriement des corps dans leur pays d’origine s’accumulent sur le bureau de Maryem Meknassi-Zaidini. Depuis le centre bruxellois des Pompes Funèbres Islamiques de Belgique (PFIB), le téléphone ne cesse de sonner «Sincères condoléances Madame. C’était le Covid? Non? Hamdoulah!». Ici, les défunts non-Covid sont accueillis avec soulagement. Au regard des exigences sanitaires, Maryem le sait, un défunt mort du coronavirus serait synonyme de transgression des rites. «Dans notre religion, quand une personne décède, on doit le laver à l’eau et lui faire ses ablutions. Or, aujourd’hui, quand la personne est porteuse du Covid, on n’a plus la possibilité d’effectuer nos rites. Seul un rapide lavage à sec est possible.»

Autre entrave aux pratiques islamiques, pour les fidèles décédés du coronavirus, une vulgaire housse en plastique remplace désormais le traditionnel linceul de lin. Un rite non abouti, un déchirement pour Maryem face à l’incompréhension des familles. Depuis la crise sanitaire, elle revêt le rôle de médiatrice pour faire accepter l’impensable. «Je me sens coupable à l’idée que ces personnes ne seront pas inhumées dans le respect de la tradition musulmane, qu’on ne respecte pas leurs dernières volontés. Puis il faut annoncer ça aux familles, qui parfois ne veulent pas comprendre. C’est affreux comme deuil.»

Le lieu de culte comme symbole communautaire

Au cœur de la communauté juive d’Anvers, la pandémie et ses aléas ont également un goût amer. En temps normal, la religion se vit collectivement. Face à sa synagogue désertée, Naftuli Pollak décrit le lien émotionnel qui l’unit à son lieu de culte. «C’est plus qu’un bâtiment, ça touche l’humain. On s’y réunit en famille, entre amis, tous les jours et on prie

ensemble.» Alors, en attendant le retour à la synagogue, le quartier juif s’anime chaque jour au son des prières échangées de balcon en balcon.

Conserver ce contact, cette dimension de communauté, c’est aussi ce qui attire chaque année près de 500 000 pèlerins au sanctuaire catholique de Banneux, en province de Liège. Dorénavant, en cette période particulière, tout tourne au ralenti. Le tintement du carillon résonne dans les allées pratiquement vides. Fini les célébrations, le partage spirituel, les prières entonnées en cœur. Au – delà de son caractère religieux, le pèlerinage à Banneux revêt également une dimension économique et touristique.

«Tous les pèlerinages, nationaux comme internationaux, se sont décommandés au fur et à mesure», déplore Fabian Delarbre, secrétaire international du sanctuaire. «Or, ce qui apporte un aspect financier à Banneux, ce sont les dons des pèlerins, donc les collectes et les bougies. S’il n’y a pas de pèlerins, il n’y a pas de rentrées.»

Rendez-vous avec Dieu en visioconférence

Alors que le site de Banneux reste ouvert aux pèlerins d’un jour, les croyants catholiques, contraints de délaisser leurs rituels, optent désormais pour des alternatives en ligne ou à la télévision. La religion numérique s’accélère, le culte se réinvente par écrans interposés.

Fabian Delarbre craint que ces dispositions exceptionnelles deviennent la norme. «Les gens vont s’habituer au virtuel, il n’y aura plus de concret, de présentiel. Si pendant des mois, ils ont pu regarder la messe en ligne ou à la télévision, pourquoi ne pas continuer?»

Si les catholiques se tournent vers un Dieu 2.0, ces participations virtuelles aux offices religieux restent difficilement accessibles à la communauté juive. Le jour du Shabbat, le jour du repos dans la tradition juive, il est inenvisageable d’utiliser l’électricité. «Dieu a dit, le jour du Shabbat, tu ne créeras rien de nouveau. Impossible donc d’allumer internet ou la télévision.» rappelle Naftuli Pollak, guide à la synagogue Van den Nestlei d’Anvers. Et d’ajouter «Chaque inconvénient a son avantage. En priant en comité réduit, on porte plus d’attention à notre cercle familial proche qu’avant. Il faut toujours tirer le meilleur des circonstances qui nous sont imposées, car elles pourraient s’installer durablement.»

De nouvelles habitudes instaurées à la hâte pour entretenir la foi en temps de pandémie et garantir la communion spirituelle, tout en préservant la santé des autres. Au nom de la liberté de culte et du respect des conditions sanitaires, les croyants voient ainsi leur pratique se transformer.

La pandémie de Covid-19, une punition divine?

Face aux malheurs causés par le coronavirus, certains fidèles évoquent la possibilité d’une punition divine. Guy Fontaine, prêtre orthodoxe à la paroisse de Laveu à Liège, reconnait que la pandémie maltraite effectivement la sauvegarde de la Création. «Cependant, je refuse de penser que c’est directement envoyé par Dieu, mais on peut l’envisager comme une leçon.» Dans cette idée de leçon, on parle d’avertissement de la nature au diocèse de Liège. «Dieu pardonne parfois, mais la nature jamais», répond le chanoine Éric de Beukelaer. À ses yeux, il est obsolète de parler de punition. «Dieu ne s’amuse pas à donner des bons ou mauvais points. D’ailleurs, regardez! Même les gens admirables, les soignants, attrapent la maladie.» Même son de cloche du côté de la communauté juive de Belgique. Dieu ne punit pas: il accompagne et soutient.

Dans l’islam, un décès dû au coronavirus «n’est certainement pas une punition.» précise Maryem Meknassi, des Pompes Funèbres Islamiques de Belgique. «Au contraire, quelqu’un qui décède de cette maladie est considéré comme un djihad, c’est-à-dire que c’est une grande gratitude. Il sera directement accepté au paradis.»

Le coronavirus chamboule les traditions religieuses et amène à questionner la spiritualité. Selon les 3 communautés religieuses les plus représentées en Belgique, le coronavirus peut également renforcer la foi.

Qui est l’auteur de ce reportage?

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Anne Pollard 21 ans – Geer

Passionnée par la culture et les sujets de société, j’ai étudié à l’université de Maastricht avant d’entamer un master en journalisme à Louvain-la-Neuve. Je considère chaque reportage comme une occasion de rencontrer des personnes passionnantes. De l’audiovisuel à la presse écrite, je souhaite à l’avenir partager les témoignages récoltés à travers les différents médias journalistiques.