BELGODYSSÉE 2020

EN IMAGES | Coronavirus : Confiné dans la rue

Alors que le plan hiver vient d’être lancé dans les grandes villes wallonnes, les personnes sans domicile fixe font face à une menace plus grande que le froid, le coronavirus.

Dormir, manger, se laver. Des besoins de première nécessité déjà difficiles à satisfaire lorsqu’on vit dans la rue. La crise sanitaire vient encore compliquer la situation.

La rue comme matelas

Le plan hiver enclenché, l’abri de nuit namurois accueille désormais 63 personnes, sans condition. Prise de température, gel antibactérien et masques, un protocole désormais bien connu. Au cours de ces derniers mois, l’abri a déménagé plusieurs fois dans des endroits plus vastes pour répondre aux contraintes sanitaires. Il se trouve aujourd’hui à la caserne du génie de Jambes. «Quand on passe sa vie dehors, avoir le nez qui coule ou de la température, c’est le quotidien», lance Philippe Noël, président du CPAS de Namur. Un lieu de confinement est installé pour accueillir les SDF touchés par le coronavirus où infirmiers et éducateurs les accompagnent. Un abri de jour, le «chauffoir», a été ouvert pour recevoir les personnes sans domicile fixe de 16h à 20 h.

Plus un centime

Les restaurants solidaires peuvent rester ouverts grâce à une autorisation particulière. Cependant, ils sont pour la plupart fermés car installés dans de petites salles qui ne respectent pas les normes sanitaires. L’ASBL namuroise, Une Main Tendue, propose des repas complets à 2 euros. Une somme que les personnes sans domicile ne parviennent plus à débourser. «La plus grande difficulté, c’est qu’il y a moins de passants dans les rues, que tout est fermé, qu’on n’utilise plus de monnaie.» explique Laurent Frémal, coordinateur de l’association namuroise. Les repas sont régulièrement offerts parce que «la manche, sans piécettes, ça ne marche pas.»

«L’odeur de la rue»

La fermeture des commerces classiques touche aussi les personnes de la rue, habituées à utiliser leurs toilettes. Une bonne hygiène facilite la réinsertion dans la société. «Ça ne sert à rien de remettre des vêtements sales quand on s’est lavé, ça n’a pas de sens», souligne Jérôme Guiot, coordinateur de DoucheFlux. Cette association bruxelloise met à disposition des machines à laver et douches. La Croix-Rouge propose également ces buanderies sociales, dont une est située à Jambes. Elles doivent repenser leur fonctionnement pour respecter les normes sanitaires. Le nombre de personnes sans domicile reçues est donc moins important. Il faut compter plus de temps pour l’assainissement des douches.

Toutes ces associations ont dû réinventer leur fonctionnement. voire fermer pour certaines qui permettaient la rencontre et le soutien entre SDF. Ceux-ci n’ont plus de répit en attendant de prendre une douche ou de déguster un repas. Il faut éviter le contact pour battre le virus. Pour Jérôme Guiot, c’est d’une cruauté totale. «On se retrouve là tout seul dans une société qui vous dit qu’à l’extérieur, c’est très dangereux et qui vous laisse dehors.»

En Belgique, on dénombre environ 17 000 personnes sans abri. La situation est particulièrement grave dans les grandes villes. Namur n’y fait pas exception.

EN IMAGES | Coronavirus : Confiné dans la rue
D.R.