BANDE DESSINÉE

Le «Zizi Sexuel» s’offre une mise à jour

19 ans après, Zep et Hélène Bruller sortent une réédition du «Guide du Zizi Sexuel». Mise à jour, et avec de tout nouveaux sujets.

Sur la couverture, Nadia accompagne désormais Titeuf. Mais, pour le reste, le principe du Guide de zizi sexuel, qui s’offre une réédition 19 ans plus tard, reste le même: parler de sexualité et d’amour aux jeunes, en doublant le propos scientifique d’une note d’humour. Et ça, c’est le job de Zep. Qui nous en a parlé.

Quoi de neuf, Docteur?

«On a ajouté pas mal de sujets qui existaient moins dans le quotidien il y a 19 ans: pas mal de choses autour du consentement, car c’est un sujet qui devient hyper important dans l’éducation des enfants. Et quand on regarde ce qui peut se passer, notamment via les réseaux sociaux, on s’aperçoit que c’est une notion qui n’est pas acquise. Beaucoup de choses autour des notions de genre, aussi, qui étaient peu utilisées il y a 20 ans. On parlait d’homosexualité, mais on parle maintenant de toutes les identités sexuelles. Et pour des jeunes, c’est bien d’avoir ces repères-là, surtout à une période – l’adolescence – que l’on sait confuse. Avant, quand on n’en parlait pas, c’était tabou, et ça provoquait des dépressions, voire des suicides. Aujourd’hui, ça devient quelque chose de plus normalisé, c’était logique qu’on en fasse écho. »

L’influence de #metoo

«#metoo, ça commence à l’enfance. Ce sont des valeurs qu’il faut enseigner tôt si on ne veut plus tomber dans les dérives que l’on a connues. C’est à ce moment-là qu’il faut expliquer que le consentement, c’est oui, et pas peut-être, que ce n’est pas oui pour faire plaisir, ou que ce n’est pas oui parce que je n’ai pas dit non clairement. Que c’est un consentement mutuel, et que l’amour et la sexualité c’est quelque chose de beau si c’est partagé, pas si c’est volé ou violé. C’est d’autant plus important de le dire que la pornographie dit tout le contraire, et que c’est majoritairement à travers elle que nos enfants découvrent la sexualité.»

On peut rire de ça?

«Les enfants ont déjà accès à beaucoup d’infos sur la sexualité. L’objectif de la première édition était d’à nouveau en faire un sujet joyeux, qui conduit à l’épanouissement, au bonheur, au plaisir. L’éducation sexuelle était très orientée, jusqu’alors, autour de la prévention, et l’est toujours. Mais il faut aussi dire à nos enfants que ces sujets – la sexualité, la puberté, l’amour – sont de belles choses, et pas que des choses dont il faut se méfier.»

Quel âge pour le lire?

«Dès 8 ou 9 ans, ça dépend. On commence le livre par de vraies questions d’enfants, puisque… ce sont eux qui nous les ont soumises: ça fait quoi d’embrasser? C’est quoi, être amoureux? Ça dure toute la vie? Et puis, il y a des sujets plus «ados». Et moi, j’ai eu des témoignages d’adultes d’aujourd’hui 30 ou 35, qui m’ont confié que le guide était resté sur leur table de chevet pendant 10 ans. C’est un bon équilibre, je crois: c’est un vrai manuel avec des infos scientifiques, mais qui ressemble à un bouquin rigolo. Et je pense que quand on a 10 ans, on n’a pas tellement envie d’avoir un manuel d’éducation sexuelle, mais plutôt un bouquin de Titeuf.»

Il faut répondre à la curiosité des enfants. C’est comme ça qu’ils deviendront des adultes sains, et pas pleins d’idées un peu malsaines sur la sexualité

Et les critiques?

« Les détracteurs qu’on a eus, surtout au moment de l’expo, avaient peur qu’on détruise l’innocence des enfants. Mais je crois que c’est un faux sujet: les enfants ne sont pas innocents, ils sont curieux par nature. Et il faut répondre à leur curiosité, pas en leur disant ou en leur montrant des choses qui ne seraient pas de leur âge, mais en leur répondant avec des mots qu’ils peuvent comprendre. C’est ce qui fait qu’ils vont devenir des adultes sains dans leur tête, pas pleins de tabous et d’idées un peu malsaines sur les sujets liés à la sexualité.»

«Le guide du zizi sexuel», nouvelle édition, Zep/Bruller, 112 p., 10.95€.