NAMUR

Quatre monuments aux morts vandalisés à Namur

À l’occasion de l’Armistice, des activistes namurois ont imposé leur lecture de la guerre 14-18 sur les monuments aux morts.

Certains gilets jaunes et quelques activistes ont dépassé une frontière sensible dans la nuit de mardi à mercredi en taguant d’un rouge vif quatre monuments en hommage aux victimes civiles et militaires des guerres 14-18 et 40-45. «Guerre à la guerre», «Morts pour les industriels», ainsi que le «A» de l’anarchisme et le symbole de «Peace&Love» ornaient ces sépultures ce mercredi matin: le monument provincial (ci-dessus), avenue Baron Huart, le monument de l’église Sainte Julienne (ci-contre) à Salzinnes et celui en face de l’église Sainte Croix, à Saint-Servais.

Ces quatre édifices n’étaient pas les seuls visés par les activistes dans le cadre de l’Armistice de ce 11 novembre. Ils ont également apposé des banderoles et panneaux affublés d’une sémantique similaire à Gembloux, Bertrix, Neufchâteau, Herbeumont, Waterloo et Bruxelles.

Dans ces villes précitées, aucun acte de dégradations ou de vandalisme n’a été relevé.

«Des connards»

Pour le bourgmestre de Namur, Maxime Prévot, c’est la goutte de peinture de trop, la provocation dont il fallait s’abstenir. «Les gilets jaunes ont agi comme des connards (sic), je n’ai pas d’autres mots pour les qualifier. En salissant les monuments aux morts, ils anéantissent le peu de crédit qu’on pouvait encore tenter de donner à leur mouvement.» Maxime Prévot est déterminé à introduire une plainte et exiger réparation. «Une banderole, ce n’est déjà pas glorieux, mais ça se retire sans mal. Mais des tags…»

Guerre et industrie?

Dans un communiqué envoyé à notre rédaction, les activistes expliquent la dégradation de ces monuments qu’ils qualifient de «mortifères» par des arguments idéologiques.

Ils soutiennent que les morts de 14-18 sont «morts pour les industriels. La guerre est une nécessité pour les États afin d’unir leurs propres populations derrière eux contre un ennemi extérieur et augmenter les bénéfices de leurs propres industries d’armement, une part croissante de leurs propres économies». Et d’oser un parallèle contemporain. «À l’heure de la guerre au coronavirus, les multinationales dictent leurs agendas à nos gouvernements criminels.»

Des arguments qui sonnent comme des raccourcis simplistes pour l’historien dinantais Axel Tixhon. «Évidemment, comme à chaque crise, il y a des profits liés à la reconstruction. Mais la guerre 14-18 a davantage détruit que profité aux industries. D’ailleurs, elle a amené à la perte du leadership mondial de l’Europe sur le plan industriel. Donc, non, la guerre ne profite pas spécialement à l’industrie et les hommes ne sont pas morts pour les industriels. Ils se sont engagés en 14-18 par altruisme, pour défendre leurs proches, leur pays, leur communauté. On retrouve ce même altruisme aujourd’hui avec la crise sanitaire dans le médical et le social.»

le souvenir, pas la guerre

Les monuments aux morts sont un particularisme belge de par leur portée pacifique et leur nombre important sur le royaume. Ils n’ont pas vocation à être des odes militaristes et guerrières, mais des marques de souvenirs et d’hommages aux millions de victimes civiles et militaires des guerres 14-18 et 40-45. «Ils dénoncent la violence de la guerre par l’énoncé des victimes, continue Axel Tixhon, les considérer comme des édifices glorifiant la guerre, c’est prouver qu’on n’a rien compris et que la seule chose dont on est capable, c’est détériorer des réalisations publiques.»

Aux actes de dégradations et de vandalisme, des jeunes Namurois ont répondu ce mercredi avec l’intelligence de la réparation. En fin de journée, quelques enfants ont passé la savonnette sur les monuments, pour leur rendre leur éclat d’origine, celui d’un lointain et amer souvenir.