À L’HEURE LOCALE

VIDÉO | Manger local: «Pas plus chers, les produits bio d’un producteur local»

Un label bio sur un produit ne signifie pas toujours qu’il est issu de l’agriculture locale. Certains font le tour du globe pour arriver dans nos rayons, pourtant le bio wallon montre souvent l’exemple.

En collaboration avec l’Apaq-W

Dans l’atelier de fromagerie jouxtant la ferme familiale au cœur du village gaumais de Watrinsart, Ariane Charrière s’affaire à terminer d’épicer quelques fromages. Mercredi prochain, comme toutes les semaines, les Gaumemberts, les Secs ou autres Petits Marrons prendront place dans les étals du marché de Florenville, à quelques encablures de là, ou dans les différents commerces de proximité qui vendent les produits de la ferme du Marronnier.

 

Désormais, nous avons une petite ferme, mais une petite ferme rentable. Nous voulions en plus redonner du sens à notre métier et ne pas détruire la terre sur laquelle nous travaillons.

 

Après pas mal d’années en agriculture conventionnelle, Marc Galloy et sa compagne Ariane Charrière ont décidé de revoir leur façon d’aborder leur métier et de passer au bio. «Après la crise du lait de 2009, nous avons fait le choix de mieux maîtriser notre production, se souvient Ariane. Désormais, nous avons une petite ferme, mais une petite ferme rentable. Nous voulions en plus redonner du sens à notre métier et ne pas détruire la terre sur laquelle nous travaillons. Aujourd’hui, on se dit que sans passage en bio, notre ferme n’existerait sans doute plus. Jamais, nous ne ferions marche arrière. »

En grandissant, les deux fermiers gaumais se sont associés à leurs voisins pour lancer une coopérative et proposer plus facilement et plus directement leurs produits aux consommateurs.


Contrairement aux idées reçues, dans les étals des commerçants, les produits bio ne sont pas tous à mettre à la même enseigne. Pour afficher un logo bio, un produit doit respecter un cahier des charges européen. Le lieu où il est produit n’a par contre aucune incidence. Dans des rayons, on peut ainsi très bien retrouver en décembre des tomates bio espagnoles qui ont voyagé des centaines de kilomètres pour arriver jusqu’à nous. «Ce qui n’a pas vraiment de sens, glisse Marc Fichers, secrétaire général de Nature & Progrès. En tant que consommateur, il est évidemment ridicule d’acheter une bouteille de lait qui vient d’Italie, alors qu’on peut trouver un produit équivalent à proximité. Le choix du consommateur doit être tourné vers le produit le plus proche de chez lui. À toute production locale doit correspondre une consommation locale et vice-versa. Mais, en général, le consommateur qui se tourne vers les produits bio tend à respecter le rythme des saisons. »

À toute production locale doit correspondre une consommation locale et vice-versa. Mais, en général, le consommateur qui se tourne vers les produits bio tend à respecter le rythme des saisons.

 

Vraiment plus cher?

On entend souvent dire que se nourrir en bio coûte plus cher. Marc Fichers préfère retourner le problème: «ce sont les produits conventionnels que nous jugeons trop bon marchés, ajoute-t-il. On brade l’alimentation et on fait croire aux gens qu’il est possible de manger pour rien. En bio, ce n’est simplement pas possible de vendre bon marché. Mais en fin de compte, les consommateurs qui achètent bio estiment que cela ne leur coûte pas plus cher, parce qu’ils ont changé leur façon de s’alimenter, en achetant des produits de saison par exemple. » Pour Ariane Charrière, c’est d’abord la multiplication des intermédiaires qui fait grimper la note. «Ce n’est en effet pas plus cher d’acheter du bio chez un producteur local, assure-t-elle. En achetant local, vous économisez par exemple sur le prix du transport. Sur beaucoup de produits, nous sommes moins chers que les grandes surfaces aux alentours. »

 

Ce n’est en effet pas plus cher d’acheter du bio chez un producteur local. En achetant local, vous économisez par exemple sur le prix du transport.

 

La Wallonie à la pointe

En matière de bio, la Wallonie est particulièrement à la pointe par rapport à ses voisins. En dix ans, plus de 1000 fermes wallonnes sont passées au bio, c’est désormais une ferme sur sept qui est en agriculture biologique. «La Wallonie est une des régions où le bio s’est le plus développé. Pourtant, le cahier des charges wallon est l’un des plus stricts», se réjouit Marc Fichers.

Deux années pour devenir agriculteur bio

Devenir agriculteur bio ne s’improvise pas! Avant de recevoir un agrément bio, un producteur doit nécessairement passer par une période de transition de deux années. «C’est une sacrée aventure de se lancer en bio, raconte Dominique Jacques, président de l’Union Nationale des Agrobiologistes Belges (UNAB). Il faut changer complètement sa conception et sa manière de voir les choses. Il faut apprendre à vivre avec la nature.»

Les règles pour pouvoir porter la mention agriculture biologique sont assez strictes. «Tous les produits qui veulent porter cette mention doivent entrer dans le cadre d’un règlement européen, précise Marc Fichers, secrétaire général de Nature & Progrès. Il s’agit d’une série de normes qui interdisent par exemple l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques de synthèse. Par contre, tout doit se faire dans le respect des lois naturelles, par exemple avec des rotations longues. Pour une plante, le contrôle de qualité démarre dès le semis et se poursuit jusque dans le rayon du magasin. Les animaux qui ne sont pas faits pour vivre à l’intérieur doivent, en agriculture biologique, sortir tous les jours, sauf en cas de force majeure évidemment.»

 

Le manque à gagner en se lançant dans ce type d’agriculture est assez important. Un rendement moindre de 30% environ.

 

Pour se développer, les agriculteurs reçoivent des aides de la Région wallonne et de l’Union européenne. «Le manque à gagner en se lançant dans ce type d’agriculture est assez important, ajoute le président. Un rendement moindre de 30% environ.»

Tributaire de la nature, l’agriculteur bio n’a, en plus, pas vraiment de plan B. «Les risques y sont en effet plus importants. Si un problème survient ou si une erreur est commise, c’est souvent trop tard», confirme Dominique Jacques.

Pourtant, après coup, rares sont les agriculteurs qui reviendraient en arrière. «C’est souvent en fin de carrière que les agriculteurs décident de faire le pas et de passer en bio, remarque Dominique Jacques. Mais ce qui est surtout intéressant, c’est que les générations suivantes, qui n’étaient peut-être pas initialement intéressées par la ferme et l’agriculture, reviennent finalement vers celles-ci.»