BELGODYSSÉE 2020

PHOTOS & VIDÉO | Coronavirus en prison: s’organiser face aux contaminations

Seules les visites à table, derrière une vitre en plexiglas, restent encore autorisées.Crédit photo : Victor de Thier

Les prisons n’échappent pas non plus au rebond de l’épidémie en Belgique. Plusieurs établissements, dont les prisons de Huy et de Nivelles, sont passés en confinement à la suite de la contamination de détenus. Une prison a accepté de nous ouvrir ses portes pour y découvrir l’impact du coronavirus.

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage avec pour thème l’impact du coronavirus: les changements, temporaires ou structurels dans notre société. Cette semaine: Victor de Thier.

L’entrée est minutieusement contrôlée à la prison de Hasselt. À côté des mesures de sécurité traditionnelles comme la photo d’identité et le passage au détecteur de métaux s’ajoutent à présent les différentes règles sanitaires: gel désinfectant, masque obligatoire et distances à respecter.

Plus de 500 personnes sont détenues ici. Après la traversée de nombreux couloirs, les premiers occupants des lieux apparaissent, tous masqués. «Le masque est obligatoire dans tout le bâtiment, excepté dans les cellules», indique un gardien. Cette règle demande une importante organisation logistique. Dans la salle du lavoir, les machines tournent à plein régime. En plus des draps et des habits, des centaines de masques doivent être lavés chaque jour. «Un masque propre est distribué à tous les détenus chaque matin au moment de la livraison de leur petit-déjeuner en cellule», explique Bernadette Deblinde, la responsable du lavoir.

Les visites hors surveillance à nouveau suspendues

Au rez-de-chaussée, des rires et des éclats de voix résonnent. Ils proviennent de la salle de visites. Là aussi, les règles ont changé. Désormais les visites hors surveillance sont suspendues pour une durée d’un mois. Seules sont encore autorisées les visites à table, à travers une vitre en plexiglas.

«C’est compliqué car le contact avec nos proches est tout ce qu’il nous reste ici, mais on comprend la situation», confie une détenue. «Beaucoup de prisonniers demandent aussi à leurs proches de ne plus venir pour le moment», indique l’un des deux gardiens chargés de la surveillance de la salle.

Le risque des asymptomatiques

Malgré ces mesures, deux détenus ont été déclarés positifs à la prison de Hasselt depuis le début de la pandémie. Un en août, le second à la mi-octobre. Dans les deux cas, il s’agissait de nouveaux détenus.

«Lorsqu’un détenu arrive, celui-ci est examiné directement par un médecin, explique Paul Dauwe, le directeur de la prison. Si sa température est bonne, il va directement dans sa cellule, s’il a des symptômes, il est envoyé dans la section quarantaine de la prison.»

Le casse-tête de l’isolement

Un test est également effectué cinq jours plus tard. Si celui-ci se révèle positif, le détenu est transféré dans l’aile médicale spécialisée de la prison de Bruges. «En revanche on ne peut garder un détenu qui n’a pas de symptômes en isolement plus de 24h», précise le directeur. Résultat: plusieurs détenus sont testés puis renvoyés dans la prison avant d’obtenir les résultats.

La surpopulation dans les prisons complique également la mise en place d’un isolement efficace. «Il arrive qu’un détenu se retrouve dans la même cellule qu’un autre mis en isolement par manque de place», nous confie un témoin ayant travaillé en tant que médecin à la prison de Saint-Gilles. Une situation critiquée aujourd’hui par les associations et les familles des détenus qui appellent à une meilleure gestion au sein des prisons.

Pour le moment, la situation reste sous contrôle à la prison de Hasselt, mais le personnel comme les détenus ont conscience que la crise est loin d’être terminée.

Les associations appellent à une autre politique face à la pandémie

Plus de 10.000 personnes sont actuellement détenues en Belgique, pour une capacité d’environ 9.400 places. Cette problématique, déjà présente depuis plusieurs années, se ressent particulièrement pendant la crise actuelle, notamment par rapport à l’isolement des détenus.

Pour faire face à cela, plusieurs mesures ont été prises par le ministre de la Justice, comme la prolongation du congé pénitentiaire de certains détenus. Des mesures insuffisantes selon plusieurs associations. «La Belgique, contrairement à d’autres pays, n’a pas pris la décision de libérer des détenus par catégorie mais seulement au cas par cas, souligne le président de la commission prison de la Ligue des droits humains Damien Scala. Le résultat est que le nombre de libérations est assez faible». Les associations appellent à prendre appui sur cette crise pour repenser le système carcéral. «Si l’État qui enferme n’est pas capable de protéger, alors il faut penser à autre chose», somme Damien Scala.

Qui est l’auteur de ce reportage?

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Victor de Thier

24 ans – Ciney

J’ai terminé cette année un master complémentaire à l’École de Journalisme de Louvain-la-Neuve après avoir étudié le droit pendant cinq ans. Passionné de musique et d’écriture, je me lance aujourd’hui dans l’aventure journalistique que j’espère aussi longue que palpitante!