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Les frères Taloche dépités: «On annule le VooRire de Liège, les spectacles reportés à l’année prochaine»

Les frères Taloche dépités: «On annule le VooRire de Liège, les spectacles reportés à l’année prochaine»

- Dyod

Réorganiser les salles de spectacles à la suite des nouvelles mesures gouvernementales prises pour le secteur de la culture dans la lutte contre le coronavirus? Impossible à réaliser selon les frères Taloche, qui ont décidé d’annuler tous les spectacles de leur Festival international du rire de Liège.

«On ne peut pas maintenir notre festival. Car je ne vois pas comment, en douze heures, on peut refaire les plans d’une salle de spectacle, refuser des spectateurs et respecter la nouvelle norme de distanciation.» Les frères Taloche, les célèbres humoristes sont dépités. Organisateurs du Festival international du rire de Liège qui devait se clôturer ce dimanche 25 octobre, ils n’ont d’autre choix que d’annuler tous les spectacles prévus, dès ce vendredi soir, en raison des nouvelles directives prises jeudi soir par le Comité de concertation et annoncées vendredi matin lors de la conférence de presse des gouvernements fédéral et des entités fédérées.

On se retrouve avec quelque chose d’impossible à gérer.

Dès ce vendredi, les événements à l’intérieur seront dorénavant limités à 40 personnes. Là où il y a des protocoles, il existe cependant une possibilité d’accueillir un public de 200 personnes.

«On a pris une décision qu’on ne s’attendait pas à prendre», nous explique Vincent Counard, mieux connu sous le pseudonyme de Vincent Taloche. «On doit malheureusement tout annuler, dès ce vendredi. Car les restrictions données ce vendredi matin sont très compliquées à appliquer en si peu de temps. Je viens d’appeler Victor Vincent, qui vient de Paris, et qui devait se produire au Trocadéro ce vendredi soir, pour lui dire de ne pas venir. Il y avait 350 spectateurs autorisés dans le protocole d’hier jeudi, avec un siège de distance entre chaque bulle tel que le protocole nous le proposait. Sauf que maintenant, on se retrouve avec quelque chose d’impossible à gérer. En quelques heures, on doit passer à 200 spectateurs, avec un mètre cinquante de distanciation entre chaque bulle, ce qui est impossible. Je ne peux pas dire à telle ou telle personne: Toi, tu rentres ou Toi, tu ne rentres pas!»

Ce qui force les organisateurs à reporter les spectacles prévus ce week-end à l’année prochaine. Pas de Victor Vincent, Arnaud Tsamère, Fabian Le Castel ou encore Richard Ruben…

«Oui, on peut continuer. Oui, pour certains, comme les événements culturels peuvent se poursuivre, c’est une bonne nouvelle, mais les restrictions données sont très compliquées à appliquer», regrette Vincent Counard. «On ne peut pas maintenir des spectacles qui étaient complets, là on nous dit qu’il faut tout refaire. Sans augmenter la capacité au-delà de 200 spectateurs.»

La Fédération des employeurs des arts de la scène (FEAS) a fait part vendredi de sa «profonde déception» à l’issue de la conférence de presse. «C’est une catastrophe pour les grandes salles», regrette Françoise Havelange, coordinatrice de la fédération. «Ce n’est pas une bonne nouvelle pour la culture», souligne Vincent Counard. «À part de petits lieux qui vont pouvoir organiser quelque chose, tout ce qui était organisé pour les plus grandes salles ne peut pas tenir.»

Les frères Taloche ne peuvent en effet pas maintenir la fin de leur festival – dix spectacles au total – alors que cela fait trois mois qu’ils se battent pour résister et faire vivre la culture en Belgique. «À la base, le Festival international du rire de Liège était amputé de plus de 60% de la programmation initiale. Depuis le mois de mars, on a dû prendre des solutions drastiques, en abandonnant beaucoup de spectacles puisque chaque année le Festival accueille 40 spectacles et, cette année, il n’y en avait plus qu’une quinzaine. Et on perdait cette année la possibilité d’organiser des shows télé, ce qui finance un tiers de notre programmation.»

Tous les spectacles prévus ce week-end sont donc annulés et reportés à l’année prochaine. «Notre secteur est déjà handicapé et problématique. On veut faire en sorte que ce qu’on avait prévu cette année, on le fasse, mais plus tard.»

«Une sacrée claque financière» que celle de tout annuler

Vincent Counard le reconnaît: cette décision d’annulation, «c’est une sacrée claque financière». Surtout que, comme son frère et les autres artistes, il ne bénéficie d’aucune aide financière. «Nous travaillons comme bénévoles depuis le mois de mars. On est en discussion avec la ministre de la Culture et la Fédération Wallonie-Bruxelles. On est écouté et reçu par le monde politique, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Après, on espère qu’on sera entendu… Mais, à l’heure où je vous parle, on n’a aucune aide, zéro franc! Ce qui est tracassant, c’est que les autres qui sont subsidiés ont reçu trois fois des aides… Nous, on est des artisans, pas des milliardaires et on essaie de maintenir des choses. On vient de prouver qu’on avait travaillé du matin au soir pour soutenir notre projet, mais, hélas, on doit se contraindre à tout annuler.»

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