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Au procès des attentats de 2015, les trafics fumeux de la «filière belge»

Au procès des attentats de 2015, les trafics fumeux de la «filière belge»

Quatorze personnes sont jugées depuis le 2 septembre, soupçonnées de soutien logistique aux trois jihadistes. Trois d’entre elles, dont Hayat Boumeddiene, la compagne en fuite d’Amédy Coulibaly, sont jugées par défaut. AFP

«Ca part un peu dans tous les sens»: au procès des attentats de janvier 2015, la cour a essayé lundi de démêler le vrai du faux dans les explications brouillonnes de Metin Karasular, trafiquant belge accusé d’avoir fourni des armes à Amédy Coulibaly.

Debout face à la cour d’assises spéciale de Paris, Metin Karasular soupire, rouspète, gémit, hausse les épaules et frappe la barre avec ses mains, l’air accablé et mécontent. «Je sais, je ne suis pas parfait», lâche-t-il d’une voix rauque.

A l’époque, «je faisais du business, des jeux, je buvais, et j’ai toujours trompé ma femme alors que je suis marié», confesse ce Belge d’origine turque, silhouette trapue, sourcils épais et cheveux poivre et sel.

Mais «avoir une idéologie comme ça, tuer des gens innocents, moi je ne mange pas de ce pain-là», insiste ce passionné de poker, déjà condamné à 13 reprises en Belgique, notamment pour trafic de stupéfiants.

Propriétaire d’un garage à Charleroi, Metin Karasular est accusé d’avoir participé à la recherche de pistolets et de fusils d’assaut pour Amedy Coulibaly, qui lui a rendu visite à plusieurs reprises accompagné de son bras droit, Ali Riza Polat.

Selon les enquêteurs, un premier stock d’armes a été acheté via cette filière en août 2014. Mais ces armes, jugées «pourries» par Coulibaly, ont été renvoyées auprès de trafiquants de Charleville-Mézières liés à Karasular, où certaines ont fini dans la Meuse.

D’autres armes ont-elles été acquises auprès de ce réseau, puis utilisées durant les attentats? L’enquête n’a pas permis de le déterminer avec certitude, mais un sérieux faisceau d’indices le laisse penser.

Une liste d’armes et de munitions avec leurs prix, rédigée selon une expertise par Polat, a ainsi été retrouvée dans le garage de Karasular; un lieu de trafic décrit par la police belge comme «crasseux» et dépourvu de toute «comptabilité».

Karasular a par ailleurs acheté une Mini Cooper à Coulibaly, acquise via un crédit à la consommation au nom d’Hayat Boumeddiene, compagne du tueur de l’Hyper Cacher, figure clé du jihadisme féminin et grande absente du procès. Une vente qui aurait pu servir à financer les attentats.

«On va brûler ensemble»

Comment Karasular a-t-il connu Coulibaly et son entourage? Face à la cour, Metin Karasular, qui s’était rendu lui-même à la police en découvrant début 2015 que Coulibaly était l’auteur de l’attentat, avance des explications peu vraisemblables.

«Monsieur Polat s’est présenté dans mon garage, sa voiture était en panne. J’ai fait réparer sa voiture: pour moi une personne qui tombe en panne, c’est normal, si on peut aider», assure ce Kurde proche du PKK, qui nie toute vente d’armes.

«Je n’aime pas les armes. Je ne sais même pas c’est quoi un détonateur, et la kalachnikov, je l’ai vue à la télévision», insiste ce père de six enfants, décrit comme «vénal» et baratineur par la police belge.

Pourquoi alors la liste d’armes retrouvée dans son garage, insiste le Premier assesseur? «Je vous jure que cette liste, je l’ai jamais vue», râle Karasular, évoquant l’hypothèse qu’Ali Riza Polat soit venu la déposer dans son garage à son insu.

«La porte était toujours ouverte», explique l’accusé, qui évoque également la responsabilité de son ex-associé, avec lequel il est en froid. «C’est la plus grande pourriture que j’aie connue de toute ma vie, mais très intelligent!».

Face aux juges d’instruction, Metin Karasular avait fini par reconnaître avoir vendu des armes. Un «mensonge», assure-t-il désormais, justifiant ces propos par sa soif de «vengeance» contre deux autres accusés, Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez, qui l’avaient impliqué.

«Ils veulent me brûler et bien on va brûler ensemble», raconte le quinquagénaire, avant de se lancer dans de nouvelles tirades nébuleuses. «Je suis dans la mer. Si je peux m’accrocher à un serpent pour remonter à la surface, je m’accroche».

Dans le box face à lui, Ali Riza Polat manifeste son impatience: «j’en peux plus de ce fils de pute». L’avocate générale, elle, s’efforce de suivre le fil de ses déclarations. «Ca part dans tous les sens. Quand est-ce qu’on doit vous croire?», demande-t-elle.

Nouveau soupir de l’accusé. «On essaie de tout me mettre sur le dos», s’agace le quinquagénaire, disant ne pas vouloir être associé aux «terroristes». «Moi, je n’aime pas ces gens-là. Qu’ils crèvent, ce sont des chiens!»