BELGODYSSÉE 2020

PHOTOS & VIDÉO | Monde de la nuit: «Une question de survie»

Les boîtes de nuit sont à l’arrêt depuis plus de six mois. Les acteurs du secteur se sentent délaissés par les pouvoirs publics et demandent plus de soutien. Ils peinent à se reconvertir, mais aussi à se projeter dans l’avenir.

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage avec pour thème l’impact du coronavirus: les changements, temporaires ou structurels dans notre société. Cette semaine: Maël Arnoldussen.

La porte du Doktor Jack s’ouvre et dévoile une salle dont la capacité peut atteindre 1500 personnes. L’établissement de nuit festif situé à Braine-l’Alleud est doté d’un bar gigantesque, d’une piste de danse, de fauteuils et tables, d’éclairage adapté, d’une console de DJ… Une installation optimale pour festoyer. Pourtant, depuis le début du confinement, le Doktor Jack, mais aussi les autres clubs belges, a été contraint de fermer pendant plusieurs mois. Le directeur des lieux, Marc Susini, se dit méprisé par les pouvoirs publics et tire la sonnette d’alarme. «Il est tout à fait envisageable que plusieurs établissements ferment définitivement leurs portes», regrette-t-il.

Aujourd’hui, les boîtes peuvent se reconvertir en respectant les normes sanitaires en vigueur. «Pour le moment, ce n’est plus une discothèque, mais un bar», explique Marc Susini. Il enregistre cependant un chiffre d’affaires 45% plus bas qu’habituellement. Pour Peter Decuypere, expert en événementiel, la réaffectation des établissements de nuit festifs n’est pas viable sur le long terme. «C’est plutôt une question de survie, dans l’espoir d’au moins assumer les frais fixes alors qu’ils n’ont presque plus de rentrées d’argent».

Ceux qui travaillent dans l’ombre

À cela s’ajoute l’ensemble des personnes qui s’assure du bon déroulement des soirées. Les vigiles, les DJ’s, les équipes de nettoyage, les techniciens son et lumière sont aussi directement impactés par les mesures établies pour endiguer la propagation du COVID-19. «Mes employés touchent un chômage temporaire équivalent à 70% de leur salaire, mais pour vivre, ce n’est pas suffisant», confie Marc Susini.

Koen Galle, alias Kong DJ, qui évolue depuis de nombreuses années sur la scène house en Belgique, explique n’avoir jamais connu une pareille situation. «En 20 ans de carrière, c’est la première fois que l’on ne peut pas jouer pendant autant de mois.» S’il comprend les mesures établies par les autorités, il déplore le manque de reconnaissance envers leur profession. «Notre culture est underground et souvent on en est fier, mais aujourd’hui je vois des jeunes qui n’ont pas la possibilité d’apprendre le métier, mais aussi de jeunes entrepreneurs qui ont d’énormes difficultés à simplement subsister, avance Koen. Une réelle concertation entre le politique et notre secteur est plus que nécessaire aujourd’hui.»

Peu de perspectives

À ce jour, aucune date officielle n’a été fixée pour la réouverture des boîtes de nuit. Il est donc extrêmement difficile pour les tenanciers de ces établissements de se projeter dans le futur. «Il n’y a vraiment pas de perspectives d’avenir. On ne peut pas se dire: encore un peu de patience, encore un mois à tenir. Les boîtes seront les dernières à rouvrir», constate Peter Decuypere.

Les intervenants interrogés restent toutefois optimistes. «On trouvera bien une solution. Danser, être ensemble, ces pratiques sont ancrées dans notre société. Impossible de vivre sans ça», explique Kong DJ. Il ne parvient pas à s’imaginer un monde dans lequel faire la fête serait impossible.

Peu ou pas de fédération

Si le nombre de personnes qui travaillent dans les établissements de nuit festifs est important, trouver des chiffres en matière d’emploi s’avère difficile. «Il n’existe pas ou peu de fédération. Les boîtes ne sont pas associées», explique Peter Decuypere. Selon l’expert, il s’agit d’une des raisons principales qui explique pourquoi le secteur ne parvient pas à se faire entendre. «Ça n’a pas de sens que le Fuse contacte les autorités, ensuite le Kompass et après encore une autre boîte.»

Koen Galle partage le même avis, il estime que le secteur doit aujourd’hui se professionnaliser, mais aussi se rassembler. «Certains sont en train d’essayer de créer une fédération, notamment Lorenzo Serra qui a une grande expertise dans le milieu. C’est important.»

Qui est l’auteur de ce reportage?

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Maël Arnoldussen. -
Maël Arnoldussen

23 ans – Bruxelles

Issu d’un savant mélange wallon et bruxellois, je suis un jeune journaliste fraîchement diplômé de l’IHECS. Je travaille en tant que journaliste-pigiste à BX1. Je suis passionné par le journalisme audiovisuel, le tennis et la musique électronique.