LIGUE 1

Le football français traverse «la crise la plus grave de son histoire»

Le football français est au bord de l’explosion. Le diffuseur principal de la Ligue 1 a demandé le report d’un versement de 172 millions d’euros à la LFP ainsi qu’une renégociation du contrat. De leur côté, les clubs, inquiets, attendent leur argent.

Le contexte

Pour rappel, lors de l’été 2018, Mediapro, un groupe audiovisuel espagnol contrôlé par des fonds d’investissement chinois, avait évincé Canal + dans la course aux droits TV du foot français pour la période 2021-2024. Le montant du contrat avec la LFP (Ligue de Football Professionnel) était record: 780 millions d’euros. Une somme astronomique qui, déjà à l’époque, posait question et avait suscité quelques inquiétudes.

Avec la crise du coronavirus, le football français avait déjà tremblé vu son interruption forcée. La saison de Ligue 1 2019/2020 avait été stoppée définitivement, mais heureusement pour les clubs, Mediapro avait honoré la première échéance liée aux droits TV début août. Un soulagement pour les clubs qui ne peuvent se passer de cette manne financière. En fait, c’est même devenu une nécessité. Toute l’économie du football s’est bâtie autour de ces droits TV. S’ils ne sont pas reversés aux clubs, c’est toute la pérennité du système qui vacille.

Sauf que le soulagement aura été de courte durée. Début octobre, Mediapro annonce ne pas pouvoir payer le deuxième versement de 172 millions d’euros. Le patron de Mediapro, Jaume Roures, s’est alors engagé dans un bras de fer avec la Ligue, réclamant un délai de paiement, qui lui a été refus, et souhaite une renégociation à la baisse des droits, que le groupe sino-espagnol exploite par le biais de sa nouvelle chaîne Téléfoot.

La réponse de la Ligue n’a pas tardée. Dans un courrier adressé mercredi aux clubs et consulté par l’AFP, Arnaud Rouger annonce avoir «mis (Mediapro) en demeure de régler les échéances des 1er et 5 octobre». La LFP, qui s’était déjà endettée au printemps avec un prêt garanti par l’État de 224,5 M EUR pour compenser l’arrêt prématuré du Championnat pour cause de crise sanitaire et alimenter la trésorerie des clubs, va donc s’endetter une nouvelle fois.

«Un scandale»

Selon la lettre d’Arnaud Rouger, la Ligue a «obtenu une offre de financement compétitive» et prévoit d’effectuer un premier versement aux clubs vendredi, puis un autre «dès la perception des fonds empruntés, probablement à la toute fin octobre».

L’échéance non payée par Mediapro devait en effet être reversée le 16 octobre aux clubs, dont les droits TV sont la principale source de revenus (36% pour la L1 en 2018-19 selon la DNCG, gendarme financier du foot français).

Faute de quoi certains risqueraient de ne pas pouvoir payer leurs joueurs dans les temps.

«Il y a évidemment un certain nombre de clubs qui peuvent se trouver en grande difficulté», a souligné le président lyonnais Jean-Michel Aulas mercredi, se disant «inquiet».

Et les doutes sur le sérieux financier de Mediapro ne cessent de grandir. La compagnie, qui avait 727 M EUR de dettes fin 2019, a vu la note de son propriétaire Joye Media dégradée par l’agence Moody’s, à B3, ce qui correspond à un «haut risque» de non-remboursement ou de retard dans les remboursements de crédits.

Évidemment que le football français traverse la plus grave crise de toute son histoire

Jeudi, l’entraîneur marseillais André Villas-Boas a dit n’avoir «jamais vu ça». «Moi aussi je rêve d’une maison de millionnaire à Beverly Hills, mais je ne fais pas de proposition de 20 millions. Si tu n’as pas d’argent, ne fais pas de proposition pour les droits du foot français, c’est un scandale», s’est emporté le Portugais.

Le football français traverse «la crise la plus grave de son histoire»
Jacques-Henri Eyraud (archive). AFP
Son président, Jacques-Henri Eyraud, craint que le football francais, ne traverse «la plus grave crise de son histoire». «Le moment est empreint d’une vraie gravité, et nous sommes tous inquiets. La situation est inexplicable», explique le président de l’OM.

«Quand vous louez un studio ou un deux-pièces pendant trois ans, vous ne vous retournez pas vers votre propriétaire au bout de deux mois en disant que le loyer est trop élevé et qu’il faut le renégocier… On a une vraie incompréhension et il va falloir prendre des décisions», a-t-il expliqué à RMC.

Réponse «inacceptable»

La réponse de Mediapro dans cette procédure «a été totalement inacceptable au regard des incertitudes financières pour les clubs», détaille le directeur général exécutif.

«Soit une issue favorable est trouvée avec Mediapro, soit ce n’est pas le cas, et il faudra envisager la reprise du contrat par d’autres opérateurs», menace-t-il, tout en précisant avoir activé par ailleurs «la garantie donnée par la société mère du groupe Mediapro», le fonds chinois Orient Hontai Capital.

«La médiation en cours bloque le recours à la caution», a néanmoins précisé à l’AFP une source proche du dossier. «La LFP est en train de traverser ce que vivent beaucoup de TPE (très petites entreprises, NDLR) et de PME en France, avec un fournisseur qui ne paye pas.»

Auquel cas les droits TV pourraient être remis aux enchères, avec le risque d’obtenir une enveloppe nettement plus faible de Canal + ou BeIn Sports, les autres diffuseurs majeurs en France.

Cela pourrait avoir des conséquences en cascade pour les clubs, qui ont déterminé leur masse salariale en fonction du contrat avec Mediapro et sont déjà fragilisés par l’assèchement, crise sanitaire oblige, des recettes de billetterie.