À L’HEURE LOCALE

Manger local: «Mettre un visage sur les produits»

Manger local: «Mettre un visage sur les produits»

Bien souvent, les commerces de circuits courts ne se limitent d’ailleurs pas à proposer simplement des produits à la vente. EdA Mathieu Golinvaux

Depuis quelques années, les possibilités pour acheter des produits en circuits courts se sont multipliées, notamment parce que les consommateurs sont demandeurs.

En collaboration avec l’Apaq-W

Coopératives, commerces de proximités, magasins à la ferme, marchés, groupements d’achats et même grandes surfaces, les solutions pour consommer local se sont multipliées et diversifiées de manière importante ces dernières années.

S’il est difficile de mettre sur un même pied les différentes démarches – certaines sont militantes en plus d’offrir un service aux consommateurs, beaucoup d’autres n’ont pas cette optique – malgré tout, le message majeur et la philosophie principale derrière la majorité d’entre elles sont généralement les mêmes: rapprocher le consommateur et le producteur et offrir une rémunération juste à ces derniers.

 

Dès le début, au cœur de notre projet, il y avait une dimension sociétale en termes de relocalisation de l’économie, mais aussi de valorisation des producteurs à un prix convenable pour eux. C’est paradoxal mais ces gens qui nous nourrissent ont aussi souvent pas mal de difficultés à nouer les deux bouts.

 

Manger local: «Mettre un visage sur les produits»
Frank Mestdagh ÉdA Mathieu Golinvaux
Précurseur dans le domaine, Frank Mestdagh, cofondateur du magasin namurois D’Ici ouvert en 2013, confirme d’ailleurs d’emblée cette idée. «Dès le début, au cœur de notre projet, il y avait une dimension sociétale en termes de relocalisation de l’économie, mais aussi de valorisation des producteurs à un prix convenable pour eux, glisse le Namurois. C’est paradoxal mais ces gens qui nous nourrissent ont aussi souvent pas mal de difficultés à nouer les deux bouts. »

S’il y a quelques années les termes «produits locaux» et «circuit court» étaient quasiment absents du vocabulaire des consommateurs lambda, les choses ont bien changé désormais. «La courbe des consommateurs qui franchissent nos portes est elle aussi en augmentation chaque année, ajoute Frank Mestdagh. Il y a une sorte d’effet boule de neige, on sent que les gens veulent de plus en plus connaître ce qu’il y a derrière ce qu’ils achètent. »

Manger local: «Mettre un visage sur les produits»
Bertrand Delvaux ÉdA Mathieu Golinvaux
Bien souvent, les commerces de circuits courts ne se limitent d’ailleurs pas à proposer simplement des produits à la vente. Ils veulent conscientiser l’acheteur à l’origine de son produit, mais aussi créer (ou recréer même) un lien entre le producteur et le consommateur. «Démontrer à ces derniers qu’il y a un visage derrière chaque produit qu’ils achètent, insiste Bertrand Delvaux, co-coordinateur de la coopérative Paysans-Artisans qui diffuse des produits issus des circuits courts dans le Namurois également. L’idée peut aussi être inversée. Les gens sont curieux de savoir comment est-ce que l’on fabrique tel ou tel produit. Comment est-ce que le producteur travaille. Etc. Ils veulent de plus en plus de transparence. »

Producteur au bout du fil

«On remarque que les gens nous posent de plus en plus de questions sur nos produits, confirme encore Frank Mestdagh. Régulièrement quand je suis dans le magasin, un client m’interpelle pour connaître l’origine de tel ou tel produit. Je peux quasiment lui passer en direct le producteur au bout du fil. Il y a donc une proximité très chouette et enrichissante pour tout le monde. »

 

Régulièrement quand je suis dans le magasin, un client m’interpelle pour connaître l’origine de tel ou tel produit. Je peux quasiment lui passer en direct le producteur au bout du fil.

 

Outre la proximité, les clients sont également souvent à la recherche d’une plus grande qualité. «On est tellement habitué à la qualité supérieure de nos produits que l’on oublie parfois de le mentionner, sourit le coordinateur de Paysans-Artisans. Même s’ils viennent en général pour le projet global, les gens sont également à la recherche de plus de qualité, d’un meilleur goût, mais aussi de plus de fraîcheur. »

Depuis quelque temps, Frank Mestdagh et Bertrand Delvaux notent que la clientèle qui franchit les portes de leurs établissements respectifs évolue. «On sent un rajeunissement et elle est de plus en plus diversifiée. Des parents qui ne veulent plus donner de mauvaises choses à manger à leur famille», précise le premier. «Les gens veulent vérifier qu’en utilisant les circuits courts, ils suscitent un changement, complète le second. Et ils sont généralement fiers d’expliquer qu’ils consomment chez nous. »

 

Les gens veulent vérifier qu’en utilisant les circuits courts, ils suscitent un changement. Et ils sont généralement fiers d’expliquer qu’ils consomment chez nous.

 

 

Une demande des consommateurs

Même si elles continuent de proposer à la vente une bonne partie de produits venus d’ailleurs, les grandes surfaces ont, elles aussi, ouvert peu à peu leurs rayons aux produits issus de circuits courts. «Cela fait partie de la stratégie commerciale de tous les magasins et des différentes chaînes pour la simple raison que ce sont les consommateurs eux-mêmes qui le demandent», justifie Nathalie De Greve, responsable de la politique produit et de la durabilité chez Comeos, la fédération du commerce et des services.

 

L’origine des aliments devient de plus en plus importante pour les consommateurs. En 2020, 52% des consommateurs attachaient plus d’importance à l’origine des aliments, pour seulement 40% en 2014.

 

Selon une enquête commanditée par Comeos, un consommateur sur cinq dit en effet qu’il opte plus souvent pour les produits locaux. «Et encore plus maintenant depuis la crise du coronavirus, reprend Nathalie De Greve. L’origine des aliments devient de plus en plus importante pour les consommateurs. En 2020, 52% des consommateurs attachaient plus d’importance à l’origine des aliments, pour seulement 40% en 2014. Nos supermarchés ont de plus en plus de chaînes d’approvisionnement exclusives, avec des contrats directs avec des producteurs pour éviter toute une série d’intermédiaires. Cela permet aussi de mieux rémunérer ceux-ci.»

Pour la fédération, les supermarchés sont d’excellents promoteurs des aliments locaux. «C’est pourquoi nous avons développé une brochure qui s’adresse directement aux producteurs locaux, précise la responsable. Celle-ci leur permet de savoir comment ils peuvent facilement vendre leurs produits dans les supermarchés autour de chez eux.»

 

Le consommateur belge est convaincu du savoir-faire et de la qualité des produits agricoles belges et prend aussi beaucoup en compte l’aspect environnemental.

 

Certains pointeront le paradoxe de mettre côte à côte des produits locaux et d’autres qui sont issus de l’autre bout du globe. «Mais cela fait partie de la mission des supermarchés, estime Nathalie De Greve, c’est-à-dire rencontrer la demande des consommateurs et leur offrir un large choix. De temps en temps, les clients veulent varier l’origine de leurs produits. Cela reste toutefois très marginal. Le consommateur belge est convaincu du savoir-faire et de la qualité des produits agricoles belges et prend aussi beaucoup en compte l’aspect environnemental.»