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BELGIQUE

Luna crée… avec de la peau de poisson

Saviez-vous que la peau de poisson est résistante? Luna Walleyn l’utilise pour créer des produits faits avec 100% de déchets. Nous l’avons interrogée sur son activité.

C’est de sa grand-mère que Luna Walleyn dit avoir reçu le don de créer des vêtements.

À 25 ans, cette étudiante termine des études de commerce et veut se lancer dans la création.

«J’aime le cuir animal. Mais quand j’en porte, c’est toujours du vintage (des vêtements anciens). Ça me dérange moins si c’est du recyclage, de la seconde main.»

Utiliser la peau des poissons pour en faire du cuir n’est pas une nouveauté. «La peau des poissons est plus résistante que celle des mammifères car, contrairement à celle des mammifères, elle possède des fibres croisées. C’est comme si celles-ci étaient déjà tissées, elles sont donc plus résistantes même si la peau est plus fine.»

Luna crée… avec de la peau de poisson
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Comment transforme-t-on de la peau en cuir?

«Il faut écailler les peaux, les nettoyer et les faire tremper dans un tanin naturel. Le trempage se fait dans un liquide qui contient principalement du chêne et du mimosa. La peau perd son odeur de poisson. La couleur se fixe, elle ne changera plus sauf si on utilise de la teinture. Après cela, il faut sécher le cuir et le travailler afin qu’il reste souple. On le passe dans une presse avant de l’étirer.»

Le trempage dans le tanin permet aussi de rendre le cuir imputrescible (il ne pourrira pas).

Luna récupère les peaux au Mabru (le marché matinal de Bruxelles). «Quand les poissonniers ont prélevé une partie de la chair des poissons, ils me gardent les peaux les plus grandes. Je préfère le saumon. J’ai testé d’autres poissons comme le cabillaud par exemple mais au moment de l’écaillage, il se déchire.»

Transformer la peau en cuir prend un mois de travail. Luna a donc fini par renoncer à cette étape. Elle fait confiance à une peausserie française. «Je lui envoie les peaux et elle me les renvoie terminées. Pour travailler le cuir, j’ai testé beaucoup de machines. Je me forme à la maroquinerie, à la confection manuelle d’objets en cuir, mais je veux trouver le moyen de mécaniser la démarche.»

Des ratés?

«J’ai customisé des baskets. Je devais tester des colles, vérifier que le cuir de poisson fixé sur les baskets résisterait à la pluie, au vent… J’ai aussi dû trouver les bonnes manières de réaliser les découpes. Donc oui, il y a forcément des ratés! Mais c’est ça devenir une entrepreneuse: on essaie d’ouvrir 20 portes et seulement deux s’ouvrent! C’est ainsi que l’on avance.»

À quoi veux-tu arriver?

«Je veux arriver à faire des produits à partir de 100% de déchets. Mais je veux en faire quelque chose de supérieur, d’élégant et de durable. Je me suis fabriqué une coque de smartphone et je peux ainsi tester la résistance du cuir.»

Quand BOBO Brussels sera-t-elle une marque?

« En avril 2021. Je dois trouver un lieu hors de chez moi pour créer et fabriquer. J’ai reçu un prix de la Fondation pour les Générations futures. Et je sais que mes objets seront de qualité, éventuellement colorés, avec une finition cuir lisse, mate ou nubuck. Bobo, c’était le surnom de ma grand-mère. C’est un petit clin d’œil au don qu’elle m’a transmis!»

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