À L’HEURE LOCALE

Manger local: «Un choix citoyen»

Manger local: «Un choix citoyen»

Lorsque tout nous échappe, pourquoi ne pas trouver du sens au moins là? À table, en famille, dans nos assiettes? NDABCREATIVITY – stock.adobe.com

Environnement, économie, santé, nos choix quotidiens en matière d’alimentation touchent à toutes les sphères de notre société. Quels sont les prochains enjeux de la consommation locale?

En collaboration avec l’Apaq-W

Pendant le confinement, nombreux ont été ceux qui ont découvert et valorisé les commerces qui les entouraient. Cette solidarité envers les petits producteurs a donné un nouvel éclairage aux enjeux de la consommation locale. Quelques mois plus tard, la crise sanitaire est toujours présente – envers et contre tous – mais la vie continue.

L’école a repris, le travail aussi, comme tout ce que nos sociétés pressées nous imposent dans une course perpétuelle contre la montre. Les bonnes habitudes prises ces derniers mois ne sont pourtant pas à jeter, et les raisons de les conserver sont plus légitimes que jamais…

Redonner du sens à son assiette

Lorsque tout nous échappe, pourquoi ne pas trouver du sens au moins là? À table, en famille, dans nos assiettes? Par nos choix quotidiens, des actes aux conséquences environnementales, sociales et économiques sont posés. “Manger local ce n’est pas anodin, c’est un choix politique plein de sens” avance Yves Vandevoorde, Coordinateur à la Fédération unie des éleveurs et agriculteurs.

Dans un monde où des produits de tous les continents parviennent dans nos assiettes, il faut pouvoir se reconnecter à sa consommation, à la nature et à la provenance de notre alimentation.” Tout ça passe d’abord par un rapport de proximité et de confiance avec nos agriculteurs, eux qui souffraient déjà bien avant que le coronavirus ne passe par là. Ces acteurs, qui jouent pourtant le premier rôle dans notre alimentation, ressentent le manque de reconnaissance que subit la filière depuis des années.

 

Manger local ce n’est pas anodin, c’est un choix politique plein de sens

 

Un schéma agricole familial

L’agriculture wallonne est l’une des plus durables et exigeantes au monde. Résiliente et liée au sol, elle ne suit pas les schémas du secteur agroalimentaire international. Si la superficie des exploitations américaines ou françaises peut atteindre des centaines d’hectares, la moyenne belge planche à 56 ha.

Des productions dites à taille humaine, qualitatives et ultra-contrôlées, qui doivent impérativement être maintenues en vie selon Marianne Streel, présidente de la Fédération Wallonne de l’Agriculture. “À l’échelle du pays, consommer local c’est consommer près de chez soi, et ça veut déjà dire beaucoup.” Les opportunités ne manquent pas pour consolider notre tissu de production agricole et agroalimentaire, et tout démarre dans notre assiette. L’enjeu est de taille pour la filière, pour notre santé, pour l’environnement et pour nos sociétés.

Réfléchir sa consommation

Pour consommer local, pas de formule mathématique. Il s’agit d’abord de comprendre ce que l’on mange et sa provenance. Désactiver le mode automatique, abandonner les plats préparés, s’attaquer aux fourneaux et découvrir le goût des saisons. Car une fraise en automne, elle ne peut pas être bonne!

Manger local: «Un choix citoyen»
CCABT
En mangeant local, on n’a que ce que la terre nous donne au moment où elle le donne. Nos corps d’ici sont faits pour ça, mais ils sont aussi faits pour manger diversifié. Yves Vandevoorde constate que de nombreux consommateurs découvrent alors de nouveaux morceaux de viande chez leur boucher: “Il n’y a pas que le steak dans la vie, la carbonade c’est très bon aussi”.

La position s’inscrit du coup dans une démarche écologique. Choisir des morceaux parfois moins nobles, différents de ce que les marques internationales proposent, mais toujours qualitatifs et bruts pour que tout serve dans la carcasse. Apparaît alors un lien évident avec les objectifs de durabilité auxquels souscrit un nombre croissant de consommateurs. En achetant des produits locaux plutôt qu’issus de l’importation, les transports et émissions de gaz à effets de serre liés s’en trouvent évidemment limités.

 

 

 

Grande surface ou petit commerce?

Manger local: «Un choix citoyen»
alicja neumiler – stock.adobe.com
Cela peut surprendre, mais acheter local dans sa grande surface habituelle, c’est possible. Pas besoin de changer complètement ses habitudes donc, puisque tout commence lors des courses. Le plus important est de lire les étiquettes.

Pour Marianne Streel, c’est aussi un combat qui se fait du côté des organisations: “On se bat pour forcer toujours plus les industries à clarifier et à tracer la provenance de leurs produits”. De cette façon, une information univoque permet au consommateur de différencier clairement un produit régional, d’un aliment importé, et donc de privilégier des aliments cultivés ici.

Vente à la ferme: un métier en croissance

À un niveau encore plus local, les petits producteurs sont de plus en plus nombreux à investir la filière de la vente directe pour tenter de retrouver un rapport de confiance avec le consommateur.

Réduire le nombre d’intermédiaires, transformer et proposer soi-même son produit à la vente, c’est la solution que ces passionnés ont trouvée pour capter une plus grande plus-value sur leur produit.

Prix juste et juste prix

Manger local, ça coûte vraiment plus cher? C’est une question qui mérite une réponse nuancée. La qualité de l’artisanat reste l’argument principal du manger local, même s’il peut se traduire par un prix plus important. L’expérience montre toutefois que les produits vendus en circuits courts ne sont pas forcément plus chers que les produits comparables importés. Par ailleurs, l’achat en circuit court est compatible avec une valeur fondamentale qui n’est autre qu’une juste rémunération du producteur.