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Au FIFF, le pouvoir de la musique sur l’image, la grâce du 3e personnage

Au FIFF, le pouvoir de la musique sur l’image, la grâce du 3e  personnage

Qu’une scène de musique live soit présente dans le film (ici Le Concert de Radu Mihaileanu) ou pas, la bande originale joue un rôle primordial dans le sens et l’émotion que transmet un film. Le Concert de Radu Mihaileanu

Dans son volet pro, le FIFF proposait le 3e personnage, expression empruntée à Fellini pour identifier la musique de film. Une opération réunissant compositeurs, producteurs et réalisateurs de films encore à l’état de scénarii. Pour inspirer les partitions. Rencontre avec quatre musiciens pour dresser les contours de l’irremplaçable B.O.

«Des arts complémentaires»

 

À 38 ans, Paschal Adans a repris des études à l’Imep, dans la ville dont il est originaire, dans la section informatique musicale, axée sur les bandes originales qui peuvent peupler les publicités, les jeux vidéo ou le cinéma. « Je suis musicien depuis tout petit. J’avais déjà un diplôme de pédagogie mais j’ai gravité dans ce monde sans pratiquer. Je composais dans mon coin sans me donner les moyens d’aller plus loin.»

Au FIFF, le pouvoir de la musique sur l’image, la grâce du 3e  personnage
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Dans le panel international du 3e personnage, Paschal est le seul non-professionnel. «Quelle chance que mon travail ait pu toucher les organisateurs. Je n’ai jamais travaillé comme le propose cet atelier. Nous n’avons pas d’images à disposition et devons nous baser sur le scénario d’un film même pas réalisé et les intentions données. Nous devons imaginer les images avant le son. Je n’ai pas de genre de prédilection, j’essaie de m’adapter: clavier, guitare ou pourquoi pas la flûte traversière, trop souvent absente. Pourtant elle a donné lieu à de grands compositeurs. Comme Alexandre Desplat (les films de Jacques Audiard, les deux derniers Harry Potter).»

Pour celui qui se décrit comme «un vieil étudiant », une bande originale doit dialoguer avec le film. «Ce sont des arts complémentaires. Il s’agit de raconter l’histoire en parallèle, sous un autre angle. La musique a une histoire propre. Et quand il y a des silences, il est important non pas de les combler mais de les accompagner. Une mélodie doit être évocatrice. Peut-être ai-je trop vu Forrest Gump mais quand j’en écoute un morceau d’Alan Silvestri, je revois parfaitement la scène auquel il se rapporte. »

«Je me joue mes propres BO»

 

S’il n’est pas repris dans la sélection du 3e personnage, les spectateurs du FIFF ont pu entendre la musique d’Adelin Deltenre (de la Villa 1900 à Waulsort) dans le court-métrage d’animation White Paradise de Xavier Istasse.

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« Je suis né dans un piano. Mon père faisait déjà ce métier. Dans notre maison de maître à Bruxelles, il y avait une douzaine de pianos, y compris sur les paliers. Durant mon apprentissage, je devais tous les tester, chacun ayant sa propre sonorité. » Grand fan de la musique de Thomas Newman (Meet Joe Black, notamment), «génie aux styles différents mais dont la griffe est toujours reconnaissable», Adelin n’a que peu composé pour le cinéma. «Avant le film de Xavier, j’avais une fois fait la bande originale d’un court-métrage… qui n’est jamais sorti. Par contre, j’ai travaillé sur des pubs pour Materne, Walibi… Cela représente beaucoup de temps pour quelques secondes de son. C’est très cadenassé, avec peu de place pour la créativité. »

Pris d’une inspiration improvisée, il arrive parfois que le pianiste de la Meuse regarde des films tout en en coupant la bande-son. « Je prends mon piano et je joue alors ma propre bande originale. Le piano est encore trop peu utilisé, je trouve, alors qu’on peut tout faire avec cet instrument, il peut remplacer un orchestre par sa large tessiture. Une bonne musique de film? On l’entend, elle est présente mais reste en arrière-plan, elle ne casse pas les images. Quand une histoire n’est pas fameuse, on a tendance à renforcer la présence des mélodies. Bon, pour une bataille de Star Wars, par contre, ça se justifie pleinement. »

«Une place dans l’animation»

 

«Dans BO, il y a le mot ‘original’. S’il faut se mettre au service du projet, il faut aussi que la composition nous appartienne. Dans cet atelier qu’est le 3e personnage, j’ai hâte d’entendre les musiques des autres. Chacun a une interprétation qui lui est propre. »

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Originaire d’Ottignies, Virginie Tasset vit désormais à Bruxelles. Avec son piano, elle a toujours adoré accompagner les arts de la scène, le théâtre, les spectacles jeune public. Puis le cinéma d’animation (et pas qu’à destination des enfants) l’a attirée. « C’était un autre rapport encore aux images, sur lesquelles on compose. Peut-être l’animation donne-t-elle plus de place à la musique. Au moment de la création, les dessins ne sont pas aboutis mais la trame existe.

J’ai ainsi travaillé avec trois réalisatrices étudiant à la Cambre. Le dernier en date, c’est La Légende du Printemps de Lou Vérant, qui raconte comment le soleil se réveille. Avec du vent, des feuilles, de quoi nourrir les idées sonores. Parmi les réalisateurs, j’ai l’impression que certains arrivent plus facilement que d’autres à exprimer de quelle émotion, de quel rythme ils ont envie. »

Venue du classique, Virginie aime aussi les percussions, le violoncelle, les instruments en vrai (quitte à les retoucher ensuite à l’ordinateur), l’organique et la matière. « J’apprécie les BO de films d’aventure, quand la musique prend de la place. Mais qu’elle soit en retrait, ça a du bon aussi.»

Actuellement, la compositrice fait des allers-retours entre chez elle et Dinant. Un beau projet se met en place. «Le carillonneur de la Collégiale, Fabrice Renard, m’a contactée en vue de concrétiser une pièce pour carillon. Finalement, l’harmonie du Conservatoire de Dinant, la Chorale de l’Unamur et des percussions ont rejoint le projet. À taille urbaine, nous interpréterons Rond(e) de Sorcières de Léïla Duquaine. Je n’ai pas encore composé mais j’ai les mélodies en tête. » Rendez-vous en 2022.

«Coltrane et ambiance arabe»

 

Accompagnant Jean-Luc Fonck dans les folles aventures de Sttellla et co-fondateur du label Team 4 Action (qui développe les projets d’artistes comme Noa Moon, Fred and the healers ou encore Bj Scott), le Carolo d’origine Christian Martin est bien connu sur la scène belge.

Au FIFF, le pouvoir de la musique sur l’image, la grâce du 3e  personnage
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À son arc, il a trouvé une flèche pour toucher le 7e Art. «La Belgique, c’est un petit marché, il faut pouvoir se diversifier. C’est amusant de passer de l’un à l’autre. D’autant plus que les compositeurs belges qui ne font que de la musique de film, ça doit se compter sur les doigts de deux mains. Allez, trois.» Outre dans des publicités tous azimuts, le guitariste/bassiste a trouvé ses marques dans le domaine du documentaire, plutôt aux claviers.

«Si travailler sur un film est différent de mes autres projets, le documentaire et la fiction se ressemblent. Il ne faut pas confondre un reportage, comme on en voit un JT où une musique est plaquée sur les images, et le documentaire. Ces productions sont souvent scénarisées. Le réalisateur arrive avec une idée et tourne assez longtemps que pour pouvoir la mettre en images. Le docu, c’est du cinéma d’auteur.» Admirateur d’Elfman, Williams ou encore Morricone, Christian aime aussi les musiques mélancoliques. Celles d’Ozark, série malsaine de Netflix, pour le moment.

Mais le désormais Bruxellois multiplie les partitions dans tous les genres. «Je n’ai pas de griffe mais je pense qu’on met inconsciemment quelque chose à soi, dans la construction harmonique plus que dans le style ou le son. En général, mon boulot pour l’audiovisuel m’entraîne assez loin de ce que je suis. J’ai ainsi dû prendre le saxo pour faire du jazz à la Coltrane, une fois; ou créer une ambiance arabe. berbère pour Le thé ou l’électricité (Magritte du meilleur documentaire 2013).

Chaque fois, c’est un challenge. J’ai rarement carte blanche. Et quand je l’ai, comme dans le 3e personnage, je ne vais pas forcément là où les réalisateurs veulent que j’aille. La bonne BO reste celle sans laquelle le film ne tient pas, les séquences n’ont plus de sens.»