GOUVERNEMENT FÉDÉRAL

Ces gens de chez nous qui pilotent l’exécutif fédéral

Ces gens de chez nous qui pilotent l’exécutif fédéral

Georges Gilkinet © ÉdA – Jacques Duchateau © ÉdA – Jacques Duchateau

Nos régions sont bien représentées au sein du nouveau gouvernement fédéral. Portraits.

Dermagne (PS, Rochefort): l’engagement

Pierre-Yves Dermagne n’a pas encore 40 ans. Il les aura juste avant le Nouvel An. Son expérience est communale, provinciale, régionale. Elle peut lui servir au fédéral. Et même si l’actualité semblerait le faire mentir, il dit souvent ceci: «J’envisage la politique comme un engagement, pas comme une carrière».

Quand le PS a été éjecté de la majorité wallonne en 2017, le Rochefortois venait de boucler six mois au poste de ministre des Pouvoirs locaux et du Logement. Cette fois, il est en place depuis toute une année. On progresse… Le Rochefortois en rirait lui-même. Il rit souvent. C’est son arme secrète.

En 2017, revenons-y, il n’a donc été ministre que six mois. «Mais ça m’a semblé être douze voire dix-huit mois, tant ça a été intensif», réagit-il alors. Très loin d’imaginer la suite.

Le 13 septembre 2019, le voilà de retour au cabinet des Pouvoirs locaux, dans le gouvernement Di Rupo. Une heure à peine après sa prestation de serment, le nouveau ministre wallon n’a encore ni cabinet ni personnel. Mais il n’aura pas une minute de plus, avant de s’attaquer au dossier Nethys.

Il est avocat. On le dit brillant. Ça aide, incontestablement, pour ne pas perdre le fil dans le labyrinthe qui se présente à lui. Il est en tout cas déterminé à aller jusqu’au bout. Ça va durer quatre mois. Dans la majorité comme dans l’opposition, tout le monde saluera son engagement dans ce dossier.

Il prend les compliments avec beaucoup de naturel. Les critiques avec modestie. Il écoute, aussi. En politique, si ce n’est pas tout, c’est déjà beaucoup.

Gilkinet (Écolo, Assesse): travailleur opiniâtre

Il a la dégaine d’un jeune premier mais l’homme a de la bouteille. Celui qui soufflera ses cinquante bougies en janvier 2021, connaît bien les couloirs de la Chambre des représentants. Il y siège depuis 2007, soit depuis 13 ans. C’est ainsi qu’il a dû demander une dérogation aux statuts du parti pour entamer son troisième mandat. C’est que l’homme a acquis de l’expérience.

Bosseur, il ne se ménage pas dans son travail au sein des commissions. Et il n’attaque pas toujours les plus simples: finances, budget, affaires sociales…

Licencié en communication et ancien journaliste à la télévision communautaire namuroise, Canal C, Georges Gilkinet s’est beaucoup investi aussi dans les commissions spéciales ou d’enquête. On l’a vu dans celle qui s’est penchée sur le crash du groupe Dexia, ou plus récemment et plus particulièrement dans la sulfureuse commission d’enquête renommée «Kazakhgate». Là, il n’a jamais lâché ce dossier qu’il maîtrisait et l’a essoré jusqu’à la dernière goutte. Ce qui lui a valu, parfois, des grands doigts de ses pairs gênés aux entournures mais aussi une assignation en justice de la part d’un des protagonistes.

Chef de groupe à la Chambre avec Kristof Calvo, ce père de famille habite Assesse (Namur) où il préside aussi le conseil communal. Un travailleur opiniâtre.

Clarinval (MR, Bièvre): sans avoir l’air d’y toucher

Il est comme ça. Sans avoir l’air d’y toucher, il a fait sa place, très vite. Et il y reste. David Clarinval a d’abord été le plus jeune bourgmestre de Belgique, quelques jours avant de fêter ses 25 ans. Avec son diplôme de sciences économiques et nourri au biberon du MR comme attaché parlementaire, le voilà à la tête de la commune de Bièvre (sud de la province de Namur). Il goûte à l’échelon provincial où il devient chef de groupe. Une fonction qu’il retrouvera quelques années plus tard à la Chambre. Parce que David Clarinval, 44 ans aujourd’hui, ne s’arrête pas en chemin et devient très rapidement député fédéral en 2007 pour remplacer Sabine Laruelle.

Il y fait ses classes et, en 2017, on le retrouve comme chef de groupe en remplacement de Denis Ducarme. Mais cet ancien joueur de foot provincial a un bon placement sur le terrain parce qu’en 2019, suite à un remaniement ministériel où Sophie Wilmès devient Première ministre, c’est lui qui reprend son portefeuille du budget. Deux mois plus tard, le voilà aspiré vice-premier suite au départ de Didier Reynders.

Ici, on pouvait craindre que dans le nouveau casting son nom disparaisse des tablettes à cause de l’enquête ouverte par la tutelle régionale pour un éventuel conflit d’intérêts dans l’attribution de chantiers par «sa» commune à la société familiale de construction métallique. Mais David Clarinval, marié et père de deux enfants, a la confiance du président Bouchez.

Dermine (PS, Charleroi), la surprise de Magnette

Ce sera dans une autre dimension mais ce sera en quelque sorte le même job pour Thomas Dermine. La surprise du chef Paul Magnette (même si son nom circulait un peu il y a quelques jours), sera chargée de la Relance (post-crise sanitaire) au titre de secrétaire d’État.

Le trentenaire (34 ans) originaire de Charleroi, comme son mentor, s’est fait connaître du grand public (un peu et surtout dans le Hainaut) en dirigeant la start-up d’utilité publique chargée du plan CATCH (Catalysts for Charleroi) dont l’objectif est d’accélérer la… relance économique de l’ancienne cité minière.

Nommé début 2020 à la tête de l’Institut Émile Vandervelde, le centre d’étude du parti socialiste, le jeune carolo disait pourtant ne pas vouloir brûler les étapes quand on lui demandait s’il marchait dans les pas de Paul Magnette. Pour le coup, c’est quelques étapes de montagne (électorales notamment) qu’il vient de bypasser.

Ingénieur de gestion (Solvay) et de sciences politiques (ULB) et titulaire d’un master en politiques publiques à la Harvard Kennedy School of Government, à Boston, le jeune homme est incontestablement brillant. Mais en passant de fonctions d’éminence de l’ombre à l’exposition d’une arène politique où il risque d’être très attendu vu le contexte économique pour le moins délicat, il devra montrer une autre dimension encore. Atout maître dans son jeu, il bénéficie de la confiance de Paul Magnette avec qui il a participé de bout en bout aux négociations pour l’accord de gouvernement.