POLITIQUE

Lalieux, Khattabi, Van der Straeten et Mahdi: qui sont les Bruxellois du Gouvernement De Croo?

Lalieux, Khattabi, Van der Straeten et Mahdi: qui sont les Bruxellois du Gouvernement De Croo?

Lalieux, Khattabi, Van der Straeten et Mahdi: les 4 Bruxellois au casting du nouveau Gouvernement fédéral emmené par Alexander De Croo. Belga

Le casting du Gouvernement fédéral Alexander De Croo est connu. Il embarque 4 figures politiques bruxelloises: 2 poids lourds, une revenante et une star montante.

Le casting du premier Gouvernement De Croo s’est dessiné durant cette nuit du 30 septembre au 1er octobre 2020. Il présente 4 figures bruxelloises: deux francophones et deux néerlandophones, dont 3 femmes.

Deux d’entre elles (Karine Lalieux et Zakia Khattabi) sont des poids lourds du monde politique de la capitale, mais aussi à l’échelle du pays. Côté néerlandophone, on remarque le retour de Tinne Van der Straeten et l’arrivée d’une star montante, Sammy Mahdi, Bruxellois établi à Vilvorde.

Karine Lalieux (PS, Bruxelles) enfin ministre

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Karine Lalieux, appelée à endosser la délicate charge de ministre des Pensions, de l’Intégration sociale, de la lutte contre la pauvreté et des personnes handicapées, a souvent fait figure de candidate sérieuse à des responsabilités ministérielles au cours des quinze dernières années mais elle aura dû attendre sa cinquante-sixième année pour y accéder.

Originaire d’Anderlecht, cette criminologue maître de conférences à l’ULB est engagée dans la lutte contre toutes les formes d’exclusion, mais c’est dans les dossiers économiques et dans la défense des services publics qu’elle s’investit au parlement, s’inscrivant dans les pas de Charles Picqué, ministre de l’Économie, au début de sa carrière.

Elle est en effet entrée en politique en 1999, année au cours de laquelle elle se présente pour la première fois à l’élection de la Chambre. Elle avait ensuite siégé pour la première fois au parlement, suppléant précisément Charles Picqué, nommé ministre dans le gouvernement fédéral.

À la Chambre, elle a marqué de son empreinte certains dossiers comme le service universel bancaire, le renforcement de l’accès au logement, l’observatoire des prix ou, sur un plan sociétal, le choix du nom de famille.

Avortement

Attachée à la défense de la laïcité, elle milite en faveur de la sortie de l’avortement du Code pénal. Au cours de la législature précédente, elle s’est frotté, avec d’autres députés de l’opposition, à la ministre de l’Énergie Marie Christine Marghem, notamment sur la prolongation des centrales de Doel 1 et 2.

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Karine Lalieux est connue pour ses prises de position en faveur du droit à l’avortement. BELGA

Présidente de la commission Infrastructure de la Chambre, elle a également présidé la commission spéciale sur les abus sexuels dans l’Église. Elle était actuellement membre de la commission d’enquête parlementaire Kazakhgate.

Parlementaire active, elle a régulièrement été citée au fil des législatures parmi les candidats à un poste de ministre ou de secrétaire d’État mais on l’a dit barrée par les oppositions entre les deux ex-hommes forts de la fédération bruxelloise du PS Philippe Moureaux et Charles Picqué.

Manneken Pis

La carrière de la future ministre des Pensions est également construite sur un ancrage local fort. Devenue échevine de la Propreté à la Ville de Bruxelles en 2006, elle a ajouté à cette compétence la Culture à partir de 2012. On la croise alors souvent, très enjouée, dans les cortèges de remise de costume à Manneken Pis. Elle hérita ensuite, en cours de mandature, du Tourisme, après la démission d’Yvan Mayeur, et l’accession au mayorat de Philippe Close au début de l’été 2017.

Depuis la fin de l’année 2018, elle gère la présidence du CPAS, une fonction que cette militante de gauche assumée se disait «très heureuse» d’exercer, quelques heures avant d’apprendre sa désignation comme ministre.

Le retour en grâce de l’insaisissable Zakia Khattabi (Écolo, Ixelles)

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Nommée ministre de l’Environnement et du Climat dans le gouvernement De Croo, l’ancienne coprésidente d’Écolo Zakia Khattabi affiche une forte personnalité qu’elle doit sans doute à ses origines sociales modestes dont elle s’est émancipée pour gravir les échelons.

Née de parents marocains, elle est passée par l’enseignement catholique avant d’obtenir une licence en travail social à l’ULB. Appartenant à cette génération multiculturelle dont la richesse participe de l’émergence d’une identité bruxelloise, elle apparaît aux yeux de certains comme insaisissable.

Volontiers libertaire, elle échappe en 2017 aux tentatives du président du cdH Benoît Lutgen de créer un front de la gouvernance au détriment d’un PS qui serait peu enclin à se départir des affaires. Ce sera un fait marquant de son avènement politique et de l’émergence de l’alliance avec les socialistes bruxellois et DéFI.

Eprise de liberté, Zakia Khattabi est aussi attachée à l’égalité, et à ce titre au sort des minorités, jeunesse précarisée, femmes, personnes issues de l’immigration. Ces causes jalonnent son parcours dans l’associatif, au Centre pour l’Égalité des chances, elle qui fut avant cela chercheuse et employée à la politique scientifique.

Vaches maigres

C’est en 2009 qu’elle est élue pour la première fois, au parlement bruxellois par le truchement duquel elle rejoint l’assemblée de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et le Sénat, où les médias la découvrent, active, en commission de la Justice. Elle y gagne ses galons, devenant cheffe de groupe, en 2012.

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Zakia Khattabi avait quitté la coprésidence d’Écolo en 2019. Elle y représentait les verts depuis 2015. BELGA

Au pouvoir dans les Régions, Écolo participe à la sixième réforme de l’État mais est convié à rester dans l’opposition au fédéral en 2011. S’annoncent des années de vaches maigres pour Écolo, sorti de toutes les majorités en 2014 après une lourde défaite électorale. Zakia Khattabi devient députée à la Chambre.

On la dit en délicatesse avec Jean-Marc Nollet, qui paie sa participation aux responsabilités à Namur. Pourtant, une fois de plus, elle étonne, en le poussant à reprendre en main le groupe écologiste à la Chambre, consciente des qualités dont dispose l’élu carolo. En 2018, elle le choisit, encore une fois, à ses côtés à la coprésidence du parti, que vient de délaisser Patrick Dupriez.

Vague verte

C’est qu’entre-temps, Zakia Khattabi a pris de l’envergure. Avec Patrick Dupriez, elle reprend le parti moribond en 2015, alors qu’elle n’a pas 40 ans. Le tandem conduira les écologistes à la vague verte d’octobre 2018, singulièrement en Région-Capitale, et notamment à Ixelles où Zakia Khattabi a été conseillère communale. Celui qui la lança en politique, Christos Doulkeridis, y devient bourgmestre. À la Ville de Bruxelles se met en place une coalition PS-Écolo-DéFI annonciatrice de celle qui émergera à la Région.

Réélue avec près de 30.00 voix de préférence à la Chambre le 26 mai 2019, Zakia Khattabi participe aux négociations pour la formation du gouvernement bruxellois après une fin de campagne difficile pour les Verts, malmenés après un faux pas de la candidate Zoé Genot, accusée de clientélisme communautaire, et des attaques régulières du MR.

L’année suivante, les libéraux ne soutiennent d’ailleurs pas la candidature de Zakia Khattabi au poste de juge à la cour constitutionnelle. Mi-mai 2020, le Sénat la rejette définitivement, au terme d’une saga qui aura duré plusieurs mois. Zakia Khatabbi prend acte de cette décision et réitère son engagement politique au parlement. Début septembre, elle affirme ne pas être candidate à un poste ministériel avant, finalement, de rejoindre le gouvernement De Croo.

Tinne Van der Straeten (Groen, Koekelberg), le retour après 10 ans

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Tinne Van der Straeten, députée Groen, conseillère communale dans la commune bruxelloise de Koekelberg, devient la nouvelle ministre de l’Energie, dans l’équipe d’Alexander De Croo. Aux dernières élections, elle avait collecté 10.938 voix de préférence, soit le second meilleure score sur la liste Ecolo-Groen à Bruxelles. L’énergie faisant partie de ses dossiers de prédilection, c’est tout naturellement qu’elle récupère ce portefeuille en montant pour la première fois dans un gouvernement.

Âgée de 42 ans, elle a été avocate, comme une autre nouvelle figure féminine de l’exécutif, la CD&V Annelies Verlinden. C’est pourtant les langues et cultures africaines qu’elle a étudiées à Gand, avant d’être collaboratrice scientifique à l’UCLouvain. Bilingue, elle a ensuite poursuivi sa carrière à la KULeuven.

D’Agalev à Groen

Entre-temps, elle a rejoint les Jeunes d’Agalev en 2002. En 2003, à 24 ans seulement, elle est troisième sur la liste Agalev pour le Sénat, l’un des exemples de volonté des verts flamands de donner davantage de place aux jeunes et aux femmes. Elle n’est pas élue cette année-là, ni l’année suivante quand elle est candidate aux élections européennes.

Elle devient en revanche vice-présidente du parti, désormais baptisé «Groen!». Elle s’insurgera régulièrement contre une politique migratoire jugée inhumaine, exigeant des critères de régularisation plus clairs.

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Tinne Van der Straeten est revenue à la politique fédérale après le scrutin de 2019. Mais elle occupe un poste communal à Koekelberg depuis 2006. BELGA

Devenue élue locale en 2006, elle sera aussi échevine à Koekelberg en 2018 et 2019, en charge de la Mobilité et des Travaux publics.

Elle fait entre-temps son entrée à la Chambre, de 2007 à 2010. Elle n’y revient qu’en 2019, ce qui l’amène à rendre son mandat d’échevine. Mais pas avant d’avoir contribué à ce que la commune de Koekelberg déclare l’état d’urgence climatique, une première.

La sortie du nucléaire

A la Chambre, elle se spécialise ces derniers mois sur les questions d’énergie, se faisant entendre sur la nécessité de maintenir la sortie du nucléaire prévue dans la loi et celle d’investir sans attendre dans le développement des énergies renouvelables.

Elle a récemment été l’une des architectes du Mécanisme de Rémunération de Capacité (CRM), qui doit permettre la sortie du nucléaire et est actuellement scruté en profondeur par la Commission européenne.

Sammy Mahdi (CD&V, Vilvoorde), le «Barack Obama de l’Aldi»

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Jusqu’il y a peu inconnu du grand public côté francophone, le jeune trentenaire Sammy Mahdi (32 ans) fait sa grande entrée sur la scène gouvernementale, en intégrant l’équipe d’Alexander De Croo en tant que secrétaire d’État à l’Asile et la Migration.

Le «Barack Obama de l’Aldi», comme indiquait encore mercredi sa propre description sur le réseau de microblogging Twitter, est une étoile montante du CD&V. En décembre dernier, lancé dans la course à la présidence de son parti alors qu’il était déjà président des Jeunes CD&V, il ne s’était incliné que de peu (46,8% des voix) face à Joachim Coens.

Bruxellois habitant désormais Vilvorde, dans le Brabant flamand, il y est conseiller communal depuis les dernières élections locales. Dans cette commune, dirigée par le bourgmestre socialiste Hans Bonte, règne une coalition sp.a – Groen – Open VLD – CD&V, soit une alliance de tous les partis flamands de la Vivaldi fédérale. Sammy Mahdi a récemment aussi intégré la Chambre des représentants, y reprenant le siège de Koen Geens en mars dernier en tant que premier suppléant.

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Le Bruxellois Sammy Mahdi, désormais établi à Vilvorde, a loupé de peu la présidence du CD&V face à Joachim Coens. BELGA

Son père a fui l’Irak

Ancien étudiant de sciences politiques et de droit international, fils d’un homme ayant fui l’Irak, il n’a réellement débuté en politique qu’en 2014, quand il était devenu collaborateur parlementaire au parlement flamand. En 2017, il a été désigné par ses pairs à la présidence des Jeunes CD&V, un mandat durant lequel il s’est montré actif.

Il a également su se frayer un chemin dans l’univers des médias, avec une chronique dans le quotidien De Morgen et une participation à l’émission «De slimste mens ter wereld», le show télévisé qui avait popularisé Bart De Wever dans le nord du pays. Les téléspectateurs retiendront entre autres l’image de… son chien, Pamuk, une énorme boule de poils restant sagement à ses côtés sur le plateau.

À l’automne dernier, il était le plus jeune des sept candidats à la présidence de son parti. La survie de la formation démocrate chrétienne flamande devait passer par une opération ambitieuse de renouveau, expliquait-il. Même perdue, cette élection à la présidence du CD&V a servi sa visibilité, y compris côté francophone où il a ensuite eu l’occasion de s’exprimer dans les médias sur la saga de la formation gouvernementale.