MANIFESTATION CONTRE LA 5G À BRUXELLES

La 5G par la stratégie du choc

La 5G par la stratégie du choc

Une rupture technologique qui changera la société, sans qu’elle ait pu donner son avis. sdecoret – stock.adobe.com

L’opposition à la 5G a été exacerbée par la «stratégie du choc» appliquée pendant le confinement, analyse le politologue Pierre Delvenne.

«Contre la course en avant, la destruction de la nature et le gaspillage des ressources, pour la protection de notre santé, une société décente et la préservation du climat, parce que la 5G est inutile et nuisible.»

Ce samedi, le Collectif stop5G. be répétera ce message lors de la manifestation qu’il organise à Bruxelles. Cette réticence face à ce nouveau réseau sans fil, qualifié de véritable rupture technologique, agite de nombreux pays européens. Même si aucune étude scientifique n’a tranché la question avec certitude, c’est l’argument de dangerosité pour la santé qui revient le plus souvent. La question de l’impact environnemental, moins discutable, est aussi mise en avant. La 5G impliquera probablement une plus forte consommation d’énergie mais augmentera aussi la consommation de matières comme les métaux rares (pour les antennes et les nouveaux smartphones). Chez nous, l’opposition à la 5G a été exacerbée par l’absence de débat démocratique sur le sujet et l’installation par Proximus d’un réseau 5G light (en réalité des antennes 5G mais utilisant les fréquences autorisées) en plein confinement.

Pierre Delvenne, vous êtes politologue à l’ULiège et vous avez étudié la quesion des rapports entre technologies et société. L’opposition à la 5G, c’est une opposition aux technologies?

C’est un débat qui est ancré dans une histoire plus profonde que celle de la 5G, celui sur les ondes et champs magnétiques. Il précédait même l’arrivée des téléphones portables mais n’a fait que s’amplifier avec l’arrivée du wifi et puis de la 2G, la 3G, etc. Ce sont des technologies qui, comme le nucléaire, sont très polarisantes et ce n’est donc pas facile d’avoir un débat apaisé sur la question.

Le début du déploiement de la 5G en pleine période covid ne l’a-t-il pas encore exacerbé?

L’agenda de Proximus a en effet été malheureux. Installé une 5G, même light, au pic de l’épidémie, alors que les gens ne pouvaient se réunir dans l’espace public, a alimenté les accusations selon lesquelles Proximus (et d’autres entreprises) voulaient confisquer le débat public autour de la 5G et avancer dans le déploiement pour créer une irréversibilité. Le timing était excessivement mal choisi.

Une erreur ou un choix délibéré?

Je ne pense pas que la volonté était de confisquer le débat démocratique, mais dans les faits c’est ce qui s’est passé. Proximus, même si je ne sais pas s’il y avait une volonté très réfléchie à ce sujet, a employé la “stratégie du choc”. C’est-à-dire avancer très vite pour créer une irréversibilité et faire en sorte que tous les acteurs qui pourraient être contre sont mis devant une politique du fait accompli.

Avec l’impossibilité d’un retour en arrière?

C’est effectivement difficile quand des antennes ont déjà été installées, que les infrastructures ont été adaptées et que les pouvoirs publics ont commencé à l’accepter. On a vu la même chose avec l’office national qui gère les déchets radioactifs qui a voulu faire une consultation de la population sur le stockage des déchets radioactifs en plein confinement. Avec en retour les mêmes accusations concernant l’illusion d’un débat démocratique. Car il n’y a aucun débat contradictoire possible puisque tout le monde, y compris les médias et les politiques, sont focalisés sur le coronavirus. Et les citoyens sont interdits de rassemblement et de manifestation.

Cette stratégie du choc fonctionne-t-elle toujours ou est-ce une sorte de quitte ou double pour celui qui l’applique?

En termes d’effet, oui, souvent ça fonctionne. En termes d’image et de réputation c’est très mauvais. Il faudra voir comment la communication est gérée après, ce ne sera alors peut-être qu’un mauvais moment à passer.

N’est-ce pas une faute du politique de ne pas avoir joué son rôle d’arbitre en mettant sur pause ces dossiers de la 5G et des déchets nucléaires en attendant un moment plus serein pour en débattre?

Cela aurait été plus raisonnable, mais je ne parlerais pas de faute car c’est un choix politique. Et il a été assumé avec des arguments que l’on peut aussi entendre. Mais ce timing, où tout était focalisé sur la crise sanitaire, était tellement peu opportun que le risque était de se mettre à dos toute une partie de l’opinion publique. Qui n’était pourtant pas forcément séduite par les théories du complot, ni foncièrement opposée à la 5G. Le problème est qu’il y a très peu de volonté politique pour mettre en débat public ces choix technologiques qui sont pourtant des choix de sociétés en ce qu’ils façonnent durablement nos modes de vie.