GEMBLOUX

Lonnie Meunier condamné à 23 ans

Lonnie Meunier condamné à 23 ans

Malgré la circonstance atténuante d’une carence affective, Lonnie Meunier a été lourdement condamné. ÉdA – Florent Marot

Le jury a tout rejeté des arguments de l’accusé: il l’a déclaré coupable de meurtre et lourdement condamné à 23 ans de prison.

Coupable! Vendredi, en début d’après-midi, les jurés ont dit la vérité judiciaire au procès de Lonnie Meunier, jugé depuis lundi devant la cour d’assises de Namur pour le meurtre de Marie-Claire Wauthier. Coupable du pire, mais sans l’avoir prémédité.

Dès le soir des faits, le 3 juin 2017, l’accusé, 30 ans, originaire de Chiny, niait toute intention criminelle, il s’agissait d’un accident. Au cours d’un jeu sexuel d’initiation au masochisme, et au périlleux plaisir de la privation d’oxygène, il avait dispensé à la victime un orgasme de trop. Tel un élève obéissant à sa maîtresse, l’apprenti dominant en bondage avait suivi les consignes à la lettre pour nouer les lanières noires aux poignets et aux chevilles de sa soumise de service, sauf que le code d’alerte signalant une détresse respiratoire lui avait échappé. La victime, disait-il, avait alors tremblé. Il avait paniqué, confondu un orgasme avec une convulsion agonique. La malheureuse en était morte, par suffocation et asphyxie. Ce huis clos dramatique s’était déroulé dans le studio de la victime, rue Gustave Docq, à Gembloux, dans une fourchette horaire suspecte, un samedi, entre 6 h et 8 h du matin, quand la ville dort encore.

Rapidement, Lonnie Meunier n’avait pas convaincu l’autorité judiciaire. Il s’était créé un récit pour masquer son crime, puis contredit. Il avait voulu assouvir un fantasme. Avait fait parler la morte. Avant de fuir, il avait bouté le feu au studio pour effacer ses traces. Mais sa narration innocente n’a pas résisté à la fine analyse des détails.

La confrontation des deux thèses, accidentelle par défaut de précaution et criminelle, a dominé ce procès atypique qui, vu le contexte, a voyagé (pudiquement) dans l’intimité des chambres à coucher des protagonistes pour questionner leurs préférences sous la couette. «La relation dominant/dominé, vous pratiquez?»

La veille, jeudi, l’avocat général et les parties civiles avaient ruiné le scénario de l’accident et, surtout, du jeu sexuel. Ils avaient pour eux les rapports des légistes et des psychiatres pour dénoncer un crime abject, une atteinte à la dignité de la victime assimilée à une experte en sadomasochisme.

Une femme à genoux

«Meunier est un être asocial au sens moral faible, narcissique et froid, à tendance psychopathique, qui manipule, ment et fait peu de cas de la souffrance d’autrui», avaient fait retentir dans la salle ces sondeurs de l’âme humaine. Les légistes, eux, avaient relevé des lésions et des ecchymoses gravissimes relevant de la strangulation manuelle. Du côté de l’avocat général, il n’y avait aussi aucun doute à avoir: «Cet homme a tué Marie-Claire Wauthier, il l’a étranglée sauvagement, emporté par un orage pulsionnel. Ce Lonnie Meunier, assis tête baissée, qui ne participe pas à son procès, me fait froid dans le dos».

Les parties civiles ont décrit sa surexcitation sexuelle, par la soumission de sa victime, tout offerte à ses penchants déviants, noyée dans ses ombres, mais aussi par sa mort, qu’il avait méprisée et souillée.

Ils soulignaient la triste fin de Marie-Claire Wauthier, financièrement précarisée au point de devoir vendre son corps et prendre des risques insensés avec des inconnus à travers de petites annonces.

La relation, biaisée, avait viré au rouge, à la rage, et aux souffrances indicibles d’une femme à genoux sur un lit de type clic-clac, prise au piège de liens entravant ses membres et d’une petite culotte enfoncée dans sa gorge l’empêchant de respirer et d’appeler au secours. Il l’avait gratuitement tuée, sans mobile apparent.

Jeudi, ses avocats s’étaient escrimés à défendre la crédibilité de l’accident malheureux. Ils étaient terrorisés à l’idée que le jury puisse se tromper, tant les explications fournies par leur client leur paraissaient criantes de logique et compatibles avec un jeu sexuel. Il fallait acquitter leur client du meurtre. À tout le moins, un doute raisonnable devait lui profiter, comme la loi l’a gravé dans le marbre.

À 15 h, les jurés ont mis fin au suspense. Coupable! Lonnie Meurtrier, sous ses airs de père de famille lisse, n’est plus le passif exécutant d’un jeu le dépassant, c’est un meurtrier ayant joué à fond la partition du cynisme.