FOOTBALL

«Rentre dans ton pays Murtezi»: quand la débilité et le racisme s’invitent le long des terrains

«Rentre dans ton pays Murtezi»: quand la débilité et le racisme s’invitent le long des terrains

À ce moment-là, Uran Murtezi ne se doutait pas encore de la tournure qu’allait prendre sa soirée. Loïc Ménagé

La fin de rencontre entre Longlier et Sart a été assez houleuse. La raison? Des propos d’un spectateur à l’encontre d’Uran Murtezi.

Précisons-le d’emblée, le club de Longlier n’est en rien responsable des mots qui ont été tenus par le spectateur présent samedi soir dans les tribunes longolardes. Mais Uran Murtezi ne risque pas d’oublier son voyage à Longlier de sitôt.

Il reste une poignée de secondes quand Uran Murtezi déboule sur le flanc droit. Découpé par Furdelle, l’attaquant sartois reste au sol et hérite du coup franc, juste devant les tribunes. Au moment où le Sartois s’apprête à le botter, après déjà quelques mots doux venus des gradins, un spectateur pète un câble. L’homme, âgé d’une soixantaine d’années, oublie de tourner sept fois sa langue dans sa bouche et lâche un bon gros: «Rentre dans ton pays Murtezi.»

Les propos, intolérables, n’ont pas laissé de marbre l’attaquant sartois. Furieux, le numéro 92 s’est retourné avant de fixer le supporter et de lui adresser sa façon de penser dans une manière, on s’en doute, pas très courtoise. Appelé par son juge de ligne, l’arbitre va dans sa poche et sort le bristol rouge à Murtezi qui décide de monter en tribunes pour s’expliquer. Retenu par plusieurs personnes, l’attaquant rentre finalement aux vestiaires. Une heure après la rencontre, seul dans sa voiture, Uran Murtezi ne comprenait pas. «Cela fait 28 ans que je joue au football, jamais je n’avais entendu cela, soupire-t-il. Et le pire, c’est que cette personne ose lâcher une phrase pareille alors que Longlier a deux joueurs de couleur dans son équipe. Je ne comprends pas. J’ai des origines kosovares, mais je suis né en Belgique. A son âge, je ne comprends pas comment cette personne peut tenir de tels propos. Devant quatre-vingts supporters en plus. Ma rouge? Je ne comprends pas. Le joueur qui vient me prendre par derrière passe à côté de moi et m’insulte. Je lui réponds et là, le juge de ligne appelle l’arbitre et je suis exclu. (NDLR: l’exclusion viendrait avant tout de sa réaction envers le supporter en question.) Ma première pensée? De l’incompréhension. Quand j’ai pris rouge, je suis monté pour le trouver. Pour lui dire ma façon de penser. Le mec, il pourrait être mon grand-père. Si je le frappe, je le tue. Après, il a voulu venir s’excuser. Mais vous croyez que je vais accepter des excuses d’une personne pareille? Alors qu’elle a répété les propos plusieurs fois en plus. C’est triste vraiment. Là, je suis dégoûté, j’ai la rage, je ne sais même pas si je vais continuer le football. Je ne sais même pas ce que l’arbitre va mettre dans son rapport. Et le pire, c’est qu’en plus, sur le terrain, nous sommes volés, nous ne méritions pas de perdre. Nous aurions dû obtenir un penalty, mais l’arbitre nous dit qu’il revient à la première faute, hors du rectangle. C’est n’importe quoi. Si je vais porter plainte? Je ne sais pas.»

Longlier condamne les propos

Du côté du staff longolard, les propos tenus par le spectateur ont été condamnés. «Que ce soit le staff ou les joueurs, nous ne pouvons pas accepter que des choses pareilles soient dites, indique Antonin Bissot. Nous condamnons fermement de tels agissements.»

Ah oui, on oublierait presque qu’un match de football s’est joué ce samedi. Sur le gazon, Longlier s’est imposé 3-2 grâce à des buts de Gagban, dans une forme olympique ce samedi, et de Lahrach. Pour Sart, les buts sont signés Burnotte (2-1) et Muse Murtezi (3-2).

Faymonville attend une lourde sanction

Après le match, Quentin Faymonville n’était pas content. Sur les propos tenus, mais également sur la réaction d’Uran Murtezi. «Si je comprends sa réaction? Non, je ne peux pas comprendre, dit le coach sartois. Uran sait qu’en faisant cela, il plante un couteau dans le dos de tous ses équipiers. Mais après, comment peut-on lutter contre de tels agissements? Nous sommes en pleine campagne anti-racisme et vous entendez des choses pareilles. Mais oui, Uran devait maîtriser ses nerfs.»

Quentin Faymonville attend de voir les suites qui seront données. «On voit bien dans le monde pro que les amendes données dans des cas pareils, ce n’est rien du tout, poursuit Quentin Faymonville. Si c’est pour donner une amende de 250€, cela ne vaut pas la peine. Ici, nous allons être punis car nous allons perdre le joueur pour plusieurs semaines. J’attends donc une sanction exemplaire pour le comportement du spectateur. Longlier pourrait par exemple écoper d’un huis-clos.»