CYCLISME

Romain Feuillu, ancien maillot jaune sur le Tour, flingue Wout Van Aert et son équipe: «On voit bien qu’il y a un truc»

Romain Feuillu, ancien maillot jaune sur le Tour, flingue Wout Van Aert et son équipe: «On voit bien qu’il y a un truc»

Wout Van Aert qui mène un train d’enfer dans les cols: une image qui ne plait pas à tout le monde. Photo News

Éphémère maillot jaune sur le Tour de France 2008, l’ancien sprinteur français Romain Feuillu remet en question les performances de Wout Van Aert en montagne et appelle à «ouvrir les yeux», laissant ainsi planer de lourds soupçons de triche chez le coureur belge.

À moins d’être grand connaisseur de l’histoire du cyclisme hexagonale ou exégèse du Tour de France, le nom de Romain Feuillu ne vous dira probablement rien.

Ce sprinteur français a pourtant marqué la petite reine de son empreinte en s’emparant, le 7 juillet 2008, du maillot jaune de leader de la Grande Boucle, au terme d’une étape remportée par Samuel Dumoulin et dont l’arrivée était jugée ce jour-là dans la ville de Nantes.

Souffrance dans les cols

Si le rêve jaune n’aura duré au final qu’un petit jour, le palmarès de Romain Feuillu affiche tout de même quelques victoires intéressantes dans les courses d’un jour.

À son aise lorsqu’il s’agissait de frotter dans les sprints massifs, le natif de Chateaudun a par contre abondamment souffert au moment de mouliner en montagne, notamment sur les cinq tours de France auxquels il a participé: 3 abandons, une arrivée hors-délais et une 150e place finale à près de 5 heures du vainqueur, Nibali, en 2014.

Même Chris Froome n’était pas aussi extraordinaire que Wout Van Aert! Là, on voit bien qu’il y a un truc…

Interrogé par le quotidien Sud-Ouest suite à plusieurs tweets aussi caustiques qu’interrogatifs à l’encontre du Team Visma - Jumbo et, plus particulièrement, le Belge Wout Van Aert, le Français dégaine: «Ceux qui connaissent le vélo savent bien que ce n’est pas normal. Un garçon comme Wout Van Aert, un puncheur, un sprinteur, est aussi capable de rouler sur des cols pendant plusieurs minutes et faire exploser tous les grimpeurs très loin de l’arrivée et de continuer à rouler. Il y a quelque chose qui ne va pas. Même Chris Froome n’était pas aussi extraordinaire que Wout Van Aert! Là, on voit bien qu’il y a un truc…»

Le cyclo-cross, terre de «sprinteurs»?

S’il ne prononce pas le mot de dopage, le coureur français ne laisse pour sa part pas de place au doute: «Avec le recul que j’ai, je sais bien que lorsqu’une équipe domine à ce point une course, il y a quelque chose derrière…»

Un sprinteur qui fait exploser des purs grimpeurs: voilà quelque chose qui n’est pas chose aisée. Sauf que, comme le notifie très justement Pierre Carrey dans Libération, «C’est ce coureur belge, hâtivement catalogué “ sprinteur ”, qui a éliminé Bernal dans la montagne.»

Il apparaît en effet un peu simplet de cantonner un triple champion du monde de cyclo-cross à la simple étiquette de sprinteur. Julian Alaphilippe ou Jakob Fuglsang, eux aussi produits du cyclo-cross sans y connaître les mêmes succès que le Belge, en sont la meilleure preuve. Et la nouvelle pépite britannique du cyclo-cross Tom Pidcock, tout récent vainqueur du Baby Giro et ardemment courtisé par les meilleures équipes du World Tour, ne fait que renforcer cette idée.

De la jalousie?

Mais Van Aert n’est pas le seul à prendre pour son grade. Les Slovènes, dominateurs sur ce tour avec Primoz Roglic et Tadej Pogacar, sont eux aussi dans le viseur de Feuillu: «On sait que c’est un petit pays de deux millions d’habitants, qui n’a pas eu de palmarès immense sur le Tour, et qui arrive tout d’un coup à placer deux coureurs aux deux premières places du Tour! Il faut aussi se souvenir du passé récent en matière de dopage de ce pays

Ça m’embête à côté qu’on dise que les Français ne sont pas au niveau

De son propre aveu, Romain Feuillu n’a rien à gagner en évoquant clairement de tels soupçons. Mais peut-être son esprit patriotique est-il, finalement, simplement piqué au vif? «Surtout que ça m’embête à côté qu’on dise que les Français ne sont pas au niveau, etc. Nous, enfin de ce que je sais, on respecte les règles du jeu, les discours des managers d’équipes françaises ne sont plus ceux d’avant parfois. À une époque, c’était: “ Ne vous faites pas choper ”. Aujourd’hui, c’est: “ On ne joue pas, point! ”».

Voeckler exige une enquête de «la science»

Mais il n’est pas le seul à souffrir de la forme extraordinaire de l’équipe néerlandaise, en particulier de la pépite belge Van Aert. Thomas Voeckler, qui avait lui-même bluffé tout le monde en montagne lors du Tour 2004, puis, surtout, en 2011, a exigé en plein direct sur les antennes de France TV que «la science» se pencher sur les performances de notre compatriote.

Comme les Sky avant l’équipe néerlandaise, le schéma popularisé (ou pas) auprès de la nouvelle génération par l’équipe US Postal de Lance Armstrong - un train d’enfer dans les cols pour dissuader toute attaque - passe donc mal auprès de certains observateurs, ceux-ci se réfugiant alors, avec un langage à peine codé, dans de lourds soupçons de dopage. Des soupçons qui, s’ils se sont avérés dans le cas de l’Américain quintuple vainqueur du Tour avant d’être déclassé, n’ont jusqu’ici jamais été traduits par des tests positifs dans le chef des coureurs de l’équipe néerlandaise, pas plus que ceux de l’ex-équipe Sky, aujourd’hui baptisée Inéos-Grenadiers.