VERVIERS

Une lettre aux 20 élus pour ne pas commettre «l’irréparable»

Une lettre aux 20 élus pour ne pas commettre «l’irréparable»

Jules Voisin signe une lettre ouverte à vingt élus verviétois. ÉdA Philippe Labeye

Avocat verviétois et ancien bâtonnier, Jules Voisin signe une lettre ouverte à vingt élus verviétois afin que lundi ils ne commettent pas l’irréparable et ne prennent pas le risque d’une sanction du Conseil d’État qui pourrait invalider les décisions prises par la nouvelle majorité. Il propose aussi une consultation populaire.

Voici l’intégralité de la lettre, signée par l’avocat verviétois et ancien bâtonnier «mais surtout citoyen viscéralement attaché aux valeurs éthiques», Jules Voisin:

«Pendant plusieurs mois, de façon récurrente, la presse s’est fait l’écho des difficultés relationnelles qui semblaient exister entre le Collège et le Conseil communal de Verviers, d’une part, et le CPAS, d’autre part.

Les «dérapages» furent étalés au grand jour.

Pour régler certains différends, qui avaient pour objet la légalité même d’actes posés par le CPAS, le Ministre de tutelle fut même amené à intervenir.

Tous les destinataires de la présente lettre ont alors partagé le même constat: il convenait de rétablir des relations harmonieuses afin que la gestion de la Ville ne soit pas impactée par l’ambiance délétère induite par de tels conflits.

Tous ensemble, vous avez identifié l’origine des problèmes et vous avez, tous ensemble, réfléchi à la meilleure façon de les régler.

Dans la mesure où vous avez constaté que quelques membres de la majorité ne partageaient pas nécessairement votre analyse, vous avez alors songé à consolider cette majorité.

C’est ainsi que les membres de la majorité qui dirigeait la Ville depuis les dernières élections ont accepté la main tendue par le CdH. qui, dans un esprit constructif, a offert de contribuer à assainir la situation en rejoignant la majorité en place.

Tous ensemble, majorité existante et CdH., vous êtes arrivés à un accord que vous avez coulé dans une «motion de méfiance constructive collective et adoption d’un nouveau pacte de majorité» que vous avez déposée le 7 juillet 2020 en mains de Madame la Directrice générale afin qu’elle soit soumise au vote et adoptée par le Conseil communal.

L’adoption de cette motion ne devait poser aucun problème puisque vous étiez 20 à l’avoir signée et que vous représentiez la majorité des membres de vos formations politiques respectives.

Tous les problèmes semblaient donc réglés

C’est alors qu’une instance, totalement étrangère à la Ville de Verviers, est intervenue et a fait savoir que l’accord que vous aviez conclu ne lui convenait pas!

Il s’agit du Parti socialiste qui décida de mettre l’USC et la Fédération Socialiste de Verviers «sous tutelle»

Ce n’était évidemment pas la Ville de Verviers et ses organes représentatifs qui étaient ainsi mis «sous tutelle» et cette intervention extérieure n’était donc pas de nature à affecter, de quelque façon que ce soit, l’accord que vous aviez conclu.

Vous avez donc présenté à la population, via la presse, les nouveaux partenaires constituant la nouvelle majorité.

Toutefois, quelques-uns, sous la pression de cette «tutelle» mise en place par un parti politique (rappelons que cette «tutelle» est sans pouvoir aucun…) n’ont pas hésité à renier leur parole et leur signature!

Aujourd’hui, c’est quasiment l’ensemble des signataires qui s’apprêtent à suivre ce lamentable exemple…

Le signal donné à l’électeur, au citoyen, est absolument catastrophique puisqu’il revient à dire que, pour un élu, la parole donnée et sa signature sont sans valeur…

Qui, parmi vos électeurs ou vos concitoyens, pourrait agir de la même façon sans risquer de devoir en rendre compte devant les tribunaux…?

Leurs élus seraient-ils en quelque sorte «au-dessus des lois»?

Je fais appel à votre sens de l’honneur, au respect que vous devez avoir de votre signature, au devoir de loyauté qui doit vous guider, afin que vous ne poursuiviez pas dans une voie qui ne peut que vous déshonorer et contribuer à creuser le fossé entre les citoyens et le «monde politique».

En l’espèce, ce revirement aboutirait à une conséquence d’autant plus inacceptable que deux personnes, aux côtés desquelles vous vous étiez engagés (et qui n’auraient évidemment pas agi si vous ne les aviez pas assurés de votre soutien loyal), à savoir la bourgmestre et un échevin, risquent bien de perdre le mandat que les électeurs leur avaient donné.

Vous êtes tous des «mandataires publics».

À cet égard,, il faut rappeler que si «mandataires» il y a, cela signifie qu’il y a aussi des «mandants».

C’est de ces mandants, vos électeurs, que vous tenez les fonctions qui sont les vôtres et en leur nom que vous les exercez.

Pouvez-vous croire un seul instant qu’ils pourraient admettre que vous bafouiez ainsi les valeurs de loyauté, de respect de la parole et de l’engagement découlant d’une signature?

Si vous en doutez un tant soit peu – et si vous ne pouvez vous résoudre à exécuter l’accord que vous avez librement conclu –, alors je vous demande plutôt que de commettre l’irréparable, de solliciter l’avis de vos électeurs en organisant une consultation populaire.

Ce serait sans doute la seule façon de vraiment respecter ceux qui vous ont fait confiance en leur rendant la parole et, en définitive, de sortir honorablement de cette déplorable situation tout en évitant le risque inconsidéré de voir le Conseil d’État sanctionner, en les déclarant nulles et de nul effet, les manœuvres que vous vous apprêtez à déployer pour contourner le but poursuivi par le Code de la Démocratie Locale.

Je veux encore croire que vous agirez pour assurer le respect de ces valeurs essentielles (loyauté, respect de la parole donnée et des engagements souscrits), contribuant de la sorte à rétablir le lien de confiance qui doit absolument exister entre les électeurs et leurs représentants.»