GREZ-DOICEAU

Noyade d’un enfant à Ottignies-LLN: six minutes de détresse absolue

Noyade d’un enfant à Ottignies-LLN: six minutes de détresse absolue

Des peines de prison avec sursis ont été requises mardi suite à la noyade d’un élève de 2e maternelle lors d’un cours de natation. olgasparrow – stock.adobe.com

Des peines de prison avec sursis ont été requises mardi suite à la noyade d’un élève de 2e maternelle lors d’un cours de natation.

Le tribunal correctionnel a pris une audience entière, mardi, pour examiner les circonstances de la noyade d’un élève de 2e maternelle de l’école communale de Grez-Doiceau. C’était le 17 janvier 2019, à Ottignies, à l’occasion d’un cours de natation.

Des images de vidéosurveillance ont été projetées en début d’audience. On y assiste au cours de natation qui se déroule normalement, à ceci près que l’enseignante chargée de surveiller les élèves depuis le bord du bassin quitte son banc pour aller téléphoner dans les vestiaires. Il s’agissait de régler un problème d’organisation d’un voyage scolaire prévu le lendemain.

Dans l’eau, le maître nageur organise des exercices. Les enfants, par deux, traversent la largeur de la piscine sur le dos, avec une «frite» qui les aide à flotter. Le maître nageur les accompagne jusqu’à mi-parcours puis, quand ils s’approchent du bord opposé, s’occupe des deux suivants.

La jeune victime a été déséquilibrée en approchant du bord et sa «frite» lui a échappé alors que le moniteur avait déjà le dos tourné. L’enseignante est dans les vestiaires en train de téléphoner, et deux accompagnantes de l’école sont au bord du bassin mais discutent entre elles sans prêter attention aux élèves dans l’eau. La prof revient, s’approche de son banc puis finalement, va discuter avec les autres.

D’après les calculs de la présidente, la victime est restée près de six minutes en détresse, dont trois minutes et demie au fond de l’eau, inanimée. Ce n’est qu’à l’arrivée d’un deuxième groupe, après que le maître nageur ait raccompagné le premier, qu’elle est découverte.

Le maître nageur aura le réflexe qui sauve: après avoir sorti l’enfant de l’eau, il est parvenu à le ranimer. Après trois jours passés au soin intensif, le petit garçon a survécu. Aujourd’hui, il va bien physiquement mais reste extrêmement marqué sur le plan psychologique. Il a peur de rester seul, voit le danger partout, pense à la mort pratiquement en permanence. «Il y a une négligence grave et caractérisée de la part de trois adultes qui devaient surveiller les enfants. C’est tout simplement scandaleux», a tonné le ministère public en visant l’enseignante et les deux accompagnatrices.

Pour la première, elle a requis la peine maximale prévue pour la prévention de coups et blessures involontaires par défaut de prévoyance ou de précaution, c’est-à-dire six mois de prison. La substitut ne s’est pas opposée à un sursis. Pour les deux accompagnantes, elle a requis quatre mois avec sursis.

Le maître nageur, qui travaillait dans l’eau avec les autres enfants et ne disposait pas d’une vue d’ensemble sur le bassin, est jugé moins impliqué dans l’erreur commise. C’est lui aussi qui a sauvé l’enfant. Il pourrait s’en tirer avec la suspension du prononcé.

Trois mois avec sursis ont été requis contre la directrice de l’école. Elle n’était pas présente mais, selon le parquet, elle n’a pas appliqué une circulaire exigeant qu’un accompagnant ait un brevet de sauvetage. Le jugement sera rendu le 27 octobre.

 

 

?Une très vive émotion des deux côtés de la barre

 

Les parents de la victime estiment que ce qui s’est passé est scandaleux, les prévenus étaient tous en larmes en s’excusant.

Après avoir visionné les images du drame qui sont à la limite du supportable, la maman de la petite victime a raconté, mardi devant le tribunal, les coups de fils contradictoires qui se sont enchaînés lors de l’annonce du drame, les embouteillages pour se rendre à l’hôpital, l’attente durant plusieurs heures sans pouvoir voir l’enfant, le pronostic réservé des médecins, les séquelles psychologiques actuelles de son fils… C’est toute la vie d’une famille qui a basculé le 17 janvier 2019.

De l’autre côté de la barre, se disant tous désolés, les prévenus ont aussi pleuré en s’excusant auprès des parents et expliquant leur version des faits. Le maître nageur, secoué mais travaillant toujours dans cette fonction, estime qu’il a fait ce qu’il a pu. Il redouble d’attention aujourd’hui durant ses cours et son avocat a demandé son acquittement au bénéfice du doute.

L’enseignante, qui a 35 ans d’expérience et ne conteste pas sa responsabilité, a précisé qu’elle était suivie psychologiquement et qu’elle «n’arrivait pas à s’en sortir» depuis l’accident. «Moralement, elle est beaucoup plus punie que vous ne pourrez le faire dans votre délibéré», a plaidé son conseil devant le tribunal, suggérant une suspension du prononcé.

Quant aux deux accompagnatrices qui n’ont rien vu parce qu’elles discutaient entre elles, elles ont été affectées à d’autres fonctions par la commune. Elles n’ont aucun antécédent judiciaire et la suspension du prononcé a été plaidée par leur conseil.

C’est un acquittement qui a été demandé en revanche par la défense de la directrice de l’école. D’après ses conseils, ce n’est pas à elle qu’on peut reprocher de n’avoir pas appliqué les dispositions d’une circulaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles mais bien au pouvoir organisateur, c’est-à-dire à la commune…