TOURNAI

Le Tournai d’avant: la gare brûle

Les Tournaisiens ont très vite adopté «leur» gare. Il est vrai que tous les services y bénéficient d’un encadrement remarquable, rare à l’époque.

Mais la Ville veut la rendre plus attrayante, soignant les détails. Ainsi, le 6 décembre 1879, paraît le règlement communal concernant les voitures de place; ces taxis d’alors nombreux près de la station. Le cocher surtout sont visés: «il chargera malles, paquets et bagages des voyageurs à l’exception des meubles mais s’il les accepte, pas de surplus de prix»; «tout cocher pris avant 11 h du soir n’a droit qu’au tarif de jour même s’il arrive après minuit»; «Tout cocher détourné de son chemin est censé avoir été pris à l’heure».

Les prix? En ville, voiture à un cheval, entre 7 h et 23h0 1,25 francs pour une ou deux personnes, 1,50 pour trois ou quatre.

Course au-delà des boulevards, 1,50 ou 2 frs selon le nombre, un ou deux, trois ou quatre.

La nuit, les tarifs sont à peu près doublés.

La Halle aux draps est devenue une Bourse et, le 30 mars 1911, le minisitre des chemins de fer Broqueville refuse au bourgmestre Stiénon du Pré un train dit «de Bourse» le mercredi afin que «ces messieurs qui jouent à la Bourse de Bruxelles puissent y aller et revenir avec le meilleur confort».

Elle brûle!

Premier malheur pour cette superbe gare «le mardi 5 mars 1912, l’aile droite abritant le service des voies et travaux, les instruments et bureaux du téléphone et du télégraphe sont la proie des flammes. Causé par un court circuit (NDLR: c’est ce qui est supposé), le sinistre activé par un vent soufflant en tempête s’est étendu à travers la toiture puis, le vent ayant tourné, vers le bâtiment central dont l’horloge éclate à 14 h précises. Dix minutes après, toute la toiture du dôme s’abîme à son tour sur l’aide droite où le chevalet métallique portant les fils du téléphone, y cause plus de dégâts encore» (en plus petit, la flèche de Notre-Dame de Paris).

Les pompiers ont lutté d’arrache-pied pour circonscrire l’incendie, c’était chose faite à 16 h.

La gare sera restaurée très vite, avec plus de sobriété, notamment au pavillon central.

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Les Tournaisiens ont très vite adopté «leur» gare. Il est vrai que tous les services y bénéficient d’un encadrement remarquable, rare à l’époque.

À part le vol des deux statues du travail manuel et intellectuel pour en faire des canons, la gare ne souffre pas de la Grande Guerre. Les Allemands l’utilisent pour le transport de matériel, de tropes ou rapatrier les blessés dans les hôpitaux militaires; tels Tournai et Rameignies-Chin.

Le trafic ne sera interrompu que quelques jours afin de débarrasser les voies des poutrelles du pont Morelle que, comme les autres ponts, les troupes en retraite ont dynamité.

Le mois maudit

Le 16 mai 40, une pluie de bombes incendie la ville. Hasard ou une stratégie réfléchie, la gare n’est pas touchée alors qu’à cent mètres tout brûle Durant quatre ans, les convois militaires et civils circulent.

Mais le 16 mai 1944, c’est la première avalanche. Les bombes explosives pleuvent et visiblement, c’est la station et les voies qui sont visées. Visées mais atteintes seulement après cinq retours des bombardiers américains jusqu’au 24 août car l’US Air Force, voguant très haut, utilise le «Carpet bombing» ou bombardement en tapis, évidemment imprécis. Gare, voies, marquise sont en miettes; pis, 106 personnes y ont perdu la vie.

La reconstruction vise d’abord à remettre les voies en service; quant au bâtiment, c’est en 1951 et 1952 qu’Eugène Dhuique, beau-fils de Beyaert, s’y consacre. L’extérieur ne sera guère touché mais la disposition intérieure change en vertu d’une nouvelle vision des services. Ainsi, la salle d’attente de deuxième classe devient un garage pour vélos.

Elle évolue pour mieux servir.