EUPEN

Assassinat de Joseph (Juppi) Lenaerts: les mensonges de Kathrin Hilpert

Assassinat de Joseph (Juppi) Lenaerts: les mensonges de Kathrin Hilpert

Coaccusée avec son fils Christian Karkuth, qui a avoué avoir asséné les coups de hache mortels, Kathrin Hilpert n’a cessé de varier sa version, durant l’instruction. BELGA

Le récit des semaines avant et après l’assassinat montre les versions différentes avancées par Kathrin Hilpert.

Véréna Reul, la juge d’instruction qui a été désignée dans le cadre du meurtre de Joseph Lenaerts a été entendue en tant que témoin, mardi par la cour d’assises de Liège. Les deux accusés, Kathrin Hilpert et son fils Christian Karkuth, poursuivis pour l’assassinat de Joseph Lenaerts, ainsi que la victime étant germanophones, le procès se tient à Eupen.

Il ressort de son audition que tout au long de l’instruction, Kathrin Hilpert a menti: «Elle a été entendue par la police à 13 reprises et ses versions n’ont pas cessé de varier. Les déclarations de son fils, Christian Karkuth, sont, elles, restées constantes.»

Tout au long de la matinée, les enquêteurs sont revenus sur les différents éléments de l’enquête.

D’abord, la police scientifique, qui est intervenue sur les lieux du crime, le 3 février et qui a procédé à différents relevés et constatations.

Le corps de la victime a été retrouvé nu, allongé sur le ventre, sur le lit et un sac-poubelle en plastique de la ville d’Eupen sur la tête.

De nombreuses traces de sang ont été découvertes à différents endroits du petit appartement. La violence de la scène ne fait pas de doute au vu des nombreuses projections de sang constatées sur les murs, les plafonds et différents éléments du mobilier.

Les enquêteurs ont ensuite procédé à un récit chronologique. En 2016, Joseph Lenaerts a bénéficié d’une donation d’or pour une valeur d’environ 80 000 euros ainsi que 40 000 euros d’argent liquide. En 2017, Kathrin Hilpert s’est mise à la recherche d’un bâtiment à partir duquel pourrait être organisé un trafic de drogue. Pour financer cela, elle a retiré 7 000 euros du compte bancaire de la victime. Le projet n’a pas vu le jour et deux des fils de l’accusée ont alors commis des cambriolages dans l’Eifel allemand, en vue de renflouer le compte bancaire de Joseph Lenaerts.

En octobre 2017, la victime s’est vu attribuer une somme de 38 900 euros dans le cadre de la vente du camping de ses parents. Le mois suivant, Kathrin Hilpert a intensifié ses recherches en vue d’acquérir une ferme en Allemagne de l’est et, quelques semaines plus tard, en décembre, est apparue la première intention homicide. Kathrin Hilpert a envisagé d’empoisonner son compagnon avec des médicaments. Fin décembre, elle a organisé et financé, depuis le compte de Joseph Lenaerts, la venue en Belgique, le 3 janvier, de son fils, Christian Karkuth qui était alors en Grèce.

Le 5 janvier, les deux accusés ont tenté d’acheter une arme à feu mais leur projet a échoué. Kathrin Hilpert a alors acheté des somnifères et a organisé l’alibi de ses fils Patrick et Tobias, qu’elle a envoyés à l’étranger pour qu’ils ne soient pas en Belgique lorsque le corps serait découvert.

Les 6 et 7 janvier, les enquêteurs constatent une forme de manipulation de Christian Karkuth par sa mère. Elle lui a présenté un nouveau projet de famille, dans lequel il serait inclus.

Durant la nuit du 8 au 9 janvier, Joseph Lenaerts a été assassiné à coups de hache par Christian Karkuth et le 9 janvier, mère et fils ont quitté la Belgique en direction de l’Espagne.

Le 24 janvier, Kathrin Hilpert était de retour sur les lieux du crime. Elle y a récupéré notamment la hache, des vêtements tachés de sang ainsi qu’une bouteille de whisky. Ces objets ont ensuite été jetés dans un lac près de Montjoie, dans l’Eifel allemand.

L’analyse et le suivi des comptes bancaires de la victime ont permis de déterminer qu’entre le 2 et le 17 janvier, 37 900 euros avaient été retirés ou virés depuis le compte de la victime.

Il ressort également de l’enquête que Kathrin Hilpert a menti à plusieurs reprises notamment lorsqu’elle a affirmé avoir reçu un message de Joseph alors que ce dernier était déjà mort. Si elle a d’abord indiqué que ce message devait avoir été envoyé par son fils Christian, elle a reconnu en être l’auteur quand il a été prouvé que son fils, à l’époque en prison, n’aurait pas pu envoyer ce message.

Plus tard, elle a expliqué que son fils aurait tué Joseph pour détruire sa vie comme elle avait détruit la sienne.

Enfin, l’accusée s’est positionnée en tant que victime en avançant le fait que son compagnon se montrait violent à son égard et la contraignant à des relations sexuelles non désirées. Une information contredite par une amie de l’accusée, qui affirme que le couple était harmonieux et que jamais Kathrin Hilpert n’avait fait état de tels comportements.

D’autres experts sont entendus ce mardi après-midi.