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Tchantchès et son grand nez violet

Le 25 août 760, à Liège, naquit Tchantchès, apparu miraculeusement entre deux pavés. Cet enfant étrange n’aimait pas l’eau et ne voulait boire que du peket, un alcool fort de la région.

Chose étrange, son nez grandissait plus vite que le reste de son corps et prenait une couleur violacée.

Il était si laid qu’il était moqué et mis à l’écart. À l’âge de 10 ans, il endossait le rôle de saint Macrawe: il accepta d’être promené, tout barbouillé de suie, sur une chaise à porteurs, suivi de tous les gamins du quartier. Il connut un grand succès et fut apprécié de tous.

Un jour, alors qu’il se promenait, il reconnut Roland, neveu de Charlemagne, et l’archevêque Turpin. Il se mêla à leur conversation. Turpin, séduit, le présenta à l’empereur.

Lorsque Charlemagne décida de partir en guerre contre les Sarrazins (nom donné à l’époque aux peuples musulmans), en Espagne, sans emmener Tchantchès, car il n’était pas un guerrier, Tchantchès se fâcha tout rouge, son nez devenant violet: il n’était pas un froussard!

Charlemagne accepta finalement que Tchantchès puisse les accompagner.

Celui-ci fut surpris de la longueur du voyage et de l’apparence des Sarrazins, que leur peau fût si noire. Il allait leur apprendre ce qu’était l’esprit des Liégeois! Comme bouclier, il revêtit sa chemise bleue, et comme casque, sa casquette noire. Les trompettes sonnèrent, la troupe se mit en marche. Tchantchès se plaça en tête, aux côtés de Roland. En le voyant, un chef ennemi se moqua de lui et lui fit signe qu’il allait lui couper le nez. Le Maure (nom donné aux habitants d’Afrique du Nord, à l’époque) fonçait sur Tchantchès qui, arrêté, cracha dans ses mains, regarda son adversaire lever le bras et lancer son coup de sabre. Plus rapide que la lame, Tchantchès s’était baissé et redressé aussitôt pour saisir l’ennemi par les épaules et lui donner un coup de tête dans l’estomac, ce qui l’envoya dans l’autre monde. Était-ce son nez béni qui valait à notre ami de rester invincible? Rien ne lui résistait. Bientôt, l’armée ennemie fut décimée et les derniers survivants prirent la fuite. Tchantchès et Roland furent joyeusement accueillis par Charlemagne et Turpin.

Depuis ce jour, il fut considéré comme un des meilleurs soldats de l’empereur.

Plus tard, lors de la bataille de Roncevaux, Tchantchès et Roland se battirent comme des lions face aux Sarrazins. Puis, n’ayant plus rien à faire, Tchantchès laissa Roland finir le combat seul et s’endormit. Soudain, au son d’un cor, il se leva d’un bond et trouva Charlemagne devant le cadavre de son neveu.

Sa tristesse fut immense. Selon la coutume de l’époque, il enleva sa casquette et s’arracha des poignées de cheveux, puis promit que Roland serait vengé. Il accompagna Charlemagne à Saragosse et fut le premier à franchir les murailles de la ville. De retour à Aix-la-Chapelle avec toute la cour, Tchantchès reprit sa vie et retourna à Liège. Il mourut à l’âge de quarante ans et fut enterré à l’endroit même où se situe aujourd’hui son monument.

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