POLITIQUE

Formation fédérale: les préformateurs veulent jeter l’éponge

Formation fédérale: les préformateurs veulent jeter l’éponge

Paul Magnette (PS) et Bart De Wever (N-VA), les préformateurs veulent rendre leur tablier. Photo News

Les préformateurs Bart De Wever (N-VA) et Paul Magnette (PS) ont constaté vendredi ne plus être en capacité d’avancer dans la mission qui leur a été confiée le 20 juillet dernier par le Roi, après une nouvelle (brève) rencontre avec les présidents des partis libéraux, apprend-on à bonne source.

Lundi, les deux hommes devraient proposer au souverain de rendre leur tablier, pour laisser la place à d’autres. Vendredi, on apprend même, de source bien informée, que le duo était prêt à jeter l’éponge dès le jour-même, mais que cela devra attendre lundi car le Roi n’était pas disponible dans l’immédiat.

«Lors des rencontres avec les libéraux, ceux-ci n’ont pas accepté de rentrer dans le fond des discussions, de parler de contenu, ils voulaient d’abord savoir quel était l’attelage envisagé». Cette exigence des libéraux de fixer la composition d’équipe avant de commencer à parler de contenu serait à l’origine du constat des préformateurs de l’impossibilité de poursuivre, indique une source proche du dossier.

PS et cdH restent «dispo» et regrettent l’échec, Verts et libéraux temporisent

«Il était déjà clair jeudi qu’il n’y avait pas de majorité pour soutenir le projet de Bart De Wever (N-VA) et Paul Magnette (PS)», entend-on vendredi auprès de certains partis. Le noyau de la note était en effet une sorte d’échange entre une réforme institutionnelle voulue par les nationalistes et une politique socio-économique défendue par les socialistes. Ce qui finalement ne convenait ni aux Verts, ni aux libéraux.

Du côté des Verts, on apprenait vendredi que la réunion qui était envisagée le jour-même avec les préformateurs n’aurait finalement pas lieu, alors que le duo Paul Magnette-Bart De Wever a quand même revu en matinée les présidents des partis libéraux. «On aurait donc dit que les préformateurs avaient finalement fait leur choix, en faveur des libéraux», explique une source chez Groen. Finalement, la brève et pénible rencontre a débouché chez les préformateurs sur le constat qu’il valait mieux s’arrêter là, qu’ils n’étaient plus en capacité de poursuivre leur mission.

Lundi, jour de leur rendez-vous au Palais, Paul Magnette et Bart De Wever devraient donc selon toute vraisemblance faire état de cet échec au souverain, et de leur volonté de passer la main.

Ni Verts ni libéraux ne s’expriment vendredi sur une possible mission qui leur serait confiée à l’avenir. «Nous restons disponibles», entend-on brièvement du côté de Groen et de l’Open Vld, qui ne vont pas plus loin. Une disponibilité qui est d’ailleurs également ré-affirmée par le PS vendredi, qui «regrette» l’attitude des libéraux dans les négociations et se dit toujours disposé à travailler à une solution pour le pays. Chez Écolo, on ne réagit pas.

Au MR, on reste sur la même ligne que le décisif communiqué vert-bleu de jeudi: «Le MR veut un gouvernement avec une majorité parlementaire rapidement. L’urgence économique et sociale sont les priorités. […] Il faut faire des compromis et les notes doivent évoluer. Pas les invectives», a réagi sur Twitter le président des libéraux francophones Georges-Louis Bouchez. La porte-parole du parti libéral précise: «la note n’a pas du tout évolué» dans le sens des libéraux entre la première réunion et vendredi, alors que les préformateurs ont ajouté un volet pour les Verts.

«On a le temps jusqu’au 17 septembre», tempère le président de l’Open Vld Egbert Lachaert au micro de la VRT, au JT de midi. «On sent qu’il y a une sorte de forcing», regrette-t-il. «On n’en est qu’aux préliminaires, pour une décision qui sera réellement prise en septembre, car c’est à ce moment-là qu’un vote de confiance au gouvernement Wilmès est au programme». Aux yeux du président de l’Open Vld, la «note» De Wever – Magnette était «trop socialiste», et «trop N-VA sur le plan communautaire». Pour lui, toutes les options sont désormais ouvertes, affirme-t-il.

En résumé, la note était imbuvable pour les Verts et les libéraux, qui par ailleurs ne semblent pas avoir apprécié que l’on tente de précipiter leur participation à des négociations sur une telle base. En coulisses, on entend aussi que l’on s’interroge sur la réelle volonté de Bart De Wever de faire réussir la mission, vu que dès le début il avait déclaré ne pas vouloir du MR.

Le président du CD&V, l’un des partis du «club des 5», Joachim Coens, «regrette» vendredi l’évolution des choses. «Le but était évidemment que cette mission réussisse».

Même son de cloche chez Maxime Prévot, président du cdH. Il exprime vendredi via Twitter des «regrets», «que chacun n’ait pas été capable de prendre de la hauteur pour débattre ensemble autour d’une table plutôt que par communiqués». «Tout était encore à écrire et rien n’avait donc encore été validé, y compris l’institutionnel», rappelle celui qui avait déjà insisté précédemment sur ce point.

Côté cdH, on reste aussi «dispo», comme le PS. «Le cdH se placera toujours du côté d’une solution pour sortir ce pays de ses multiples crises (sanitaire, socio-éco, climatique, budgétaire et politique)», résume son président. «Savonner les planches serait-il devenu un sport national? «, s’interroge-t-il au passage.

Certains, du côté du CD&V, laissent entendre vendredi que malgré les déclarations, on pourrait connaître un revirement ce week-end. «Il y a eu dans l’histoire des moments où l’on pensait qu’il n’y avait plus d’ouverture, avant le week-end. Le samedi et le dimanche, il y a moins d’attention médiatique», observe le député Jef Van den Bergh. Ce dernier ne comprend pas l’attitude des libéraux, dit-il. «Visiblement, il n’y avait pas de volonté de démarrer la discussion sur la base proposée. Ce n’étaient qu’un certain nombre de principes. Je ne peux me défaire de l’idée qu’il s’agissait plutôt d’une stratégie».

«Quelle soupe», a quant à lui résumé le député Sammy Mahdi (CD&V).