Province

Exterminé au 19e siècle, le majestueux hibou grand-duc est revenu en province de Luxembourg

(6/8). Exterminé au XIXe par l’homme pour être un leurre de chasse, le hibou grand-duc a effectué un retour extraordinaire en 1982.

Majestueux, il est le plus grand rapace nocturne au monde et ne verrait sans doute pas d’inconvénient à se faire appeler «votre majesté». Déployées, ses ailes font 1,9 m d’envergure, et ses yeux perçants feraient décamper les plus braves. Le hibou grand-duc est, selon Didier Vangeluwe, ornithologue renommé de l’IRSNB (Institut royal des sciences naturelles de Belgique) un animal emblématique.

Exterminé fin du XIXe siècle par l’homme, il a effectué un retour exceptionnel en 1982: aujourd’hui, 170 couples ont fait de notre belle Wallonie leur maison. C’est à l’Allemagne que nous devons ce retour.

Funèbre disparition

«L’histoire de sa disparition est tristement remarquable. Pour comprendre, il faut d’abord savoir que le grand-duc mange d’autres rapaces et des corneilles, très chassés à l’époque, qui, seuls, n’ont aucune chance face à lui. Quand ils voient un grand-duc, ils l’attaquent et le poursuivent en groupe; l’attaque est leur meilleure défense. Ils le chassent.» Sauf qu’au 19e siècle, les chasseurs ont bien compris la parade. «Ils ont exterminé les grands-ducs pour les empailler et les utiliser comme leurre de chasse. Voyant, le grand-duc au sol, les corneilles et rapaces fonçaient sur lui, et se faisaient ainsi tirer plus facilement par les chasseurs.»

Pis, il existait à l’époque un commerce de grands-ducs empaillés (et même articulés, pour les «modèles haut de gamme). «Il n’y avait, à l’époque, aucun problème de chimie agricole, de pollution massive. Il a uniquement disparu à cause de ce qui n’est même pas la chasse, mais de l’extermination».

Alors que de rares individus survivent encore, le dernier couple reproducteur est observé à La Roche-en-Ardenne en avril 1913. Ce sera la dernière fois.

170 couples en 40 ans

Après l’abandon de ces pratiques barbares, il deviendra une espèce protégée, mais restera absent: 69 ans, exactement. Son retour était est inespéré.

En Allemagne, d’intenses programmes de réintroduction relâchent plus de 1 400 individus sur tout le pays dans les années 60. Vingt ans plus tard, certains vont alors traverser la frontière, direction la Wallonie. En 1982, victoire: il est officiellement de retour.

«Deux couples nicheurs se sont installés dans la vallée de l’Amblève (province de Liège). Depuis, il n’a fait que progresser. Fin juillet 2020, on a compté 170 couples nicheurs en Wallonie! Il faut reconnaître qu’il n’est plus vu comme un nuisible, et qu’il y a un énorme respect des chasseurs des législations sur les espèces protégées.»

De mémoire d’ornithologue, il n’y avait jamais eu une telle population chez nous.

«En province de Luxembourg, il n’y en a que 5 ou 6 (couples). Ils préfèrent les falaises aux forêts, où les proies sont trop petites. C’est un grand rapace qui aime les espaces dégagés. Ensuite, le grand-duc ne construit pas son nid; il se love dans les anfractuosités des falaises. Il cache ses petits avec soin».

Disparu et réapparu à cause et grâce à l’homme, le hibou grand-duc à la même histoire que beaucoup d’animaux. «Il est également la preuve que quand on fait quelque chose pour la nature, cela fonctionne. Il ne faut cependant pas se reposer sur ses lauriers; s’il son expansion est rapide, son extinction pourrait l’être tout autant.»

Le grand-duc est, finalement, la seule noblesse de notre belle province. Notre monarchie à plumes ne mériterait-elle pas les meilleurs égards?

 

FICHE D'IDENTITE

Nom scientifique : Bubo bubo.
Classification : oiseau, rapace nocturne. C’est un superprédateur (tout en haut de la chaîne alimentaire).
Statut : protégé.
Taille : 59-73 cm. Envergure des ailes : 160-188 cm.
Poids : 1,5-3 kg. La femelle est 1/3 plus lourde et plus grande que le mâle.
Longévité : 20 ans.
Alimentation : « Il est dit “opportuniste” ; il mange de tout en fonction de ce qu’il trouve ». Mammifères (lapins, hérissons, renards), oiseaux (dont rapaces : buses, faucons, chouettes), batraciens, reptiles. « Attention, ce n’est pas une machine à tuer ! Il sait juste s’adapter ».
Chez nous : toute l’année. Rapace sédentaire.
Nid : sur une falaise, parfois au sol (forêts).
Nombre d’œufs : 1 à 4
(1 nidification/an).
Prédateurs : adulte, il n’en a pas. Ses petits peuvent être attaqués au nid par les ratons laveurs.

 

Où le trouver?

Il niche dans les falaises, ne sortant souvent que la nuit : il est  donc rare de l’apercevoir. Il n’y a, de plus, que 5 ou 6 couples dans notre province. « Contrairement aux idées reçues, il voit aussi bien le jour que la nuit et pourrait très bien chasser la journée ; il le fait dans d’autres pays. Mais c’est un animal extrêmement intelligent, qui choisit les conditions les plus propices : la nuit, il n’a pas de compétition avec d’autres espèces, et il est beaucoup moins dérangé ». Et visiblement, il n’aime pas les photos…