TOURNAI

Le Tournai d’avant: le temps des diligences

La gare que nous connaissons fut inaugurée les 24 et 25 août 1879. L’opportunité est donc belle de remonter le temps et de se poser la question: «Et avant?»

Attelages fonçant bride abattue dans le désert des westerns; percherons ahanant dans les chemins pierreux et défoncés de nos campagnes, les images affluent. Images vraiment d’un autre temps?

Pas vraiment. Remontons deux siècles pour trouver une ville de. Tournay toujours enclose dans son armature moyenâgeuse, la charge des péniches limitée sur un Escaut tortueux et des industries textiles souffrant du manque d’infrastructures au sortir d’une période française morose..

La période hollandaise, bien que controversée (le Courrier de l’Escaut en est né en 1829) sera, sur le plan économique, un temps progressif de renouveau. Peut-être l’arrivée du premier train le 23 octobre 1842 en est-elle la plus sûre garante.

Tournai s’est dotée ainsi d’un moyen de transport qui offre bien des avantages et appelé à créer une toile d’araignée dont les fils conduiront là où veut aller le voyageur.

Bien présent et vivace, organisé et bon marché, il y a le service des Messageries.

Le voici avant le train, en 1838. Sous la responsabilité très officielle de M. Carbonelle-Nerinckx, «Maître de la Poste aux chevaux», sont assurées les destinations suivantes: Antoing, Ath, Bruxelles, Courtrai, Gand, Lannoy, Leuze, Lille, Mons, Pecq, Péruwelz, Saint-Amand, Templeuve. Départs, une ou plusieurs fois la semaine selon l’importance du bourg de destination, assuré en carriole, charrette ou voiture (rarement) depuis les grands hôtels ou des cafés possédant écuries, Selon ce qu’il a à transporter, le choix est large.

Contents, les voyageurs?

Presque vingt ans après le premier convoi ferroviaire, soit en 1851, les pataches, carrioles et voitures ne manquent pas (encore) de clients. Car les Messageries ont un très gros atout dans leur jeu, elles touchent de près les agglomérations, même les plus rurales, et les besoins des habitants. De plus, si le départ se fait bien à l’heure et au lieu fixé, il est d’autres arrêts sur le chemin.

Quand même, en 1851, il est d’autres destinations près des plus officielles. Voici les départs pour Avelgem, du Lion d’Or, à Saint-Jacques le samedi; pour Blaton, on part du Petit Ménage, 50-52, Vieux Marché aux Poteries ou du Duc de Bavière rue Tête d’Or ou du Bailli du Hainaut, rue Clercamps; vers Bruxelles, embarquement au Singe d’Or, rue Tête d’Or et pour Courtrai, au Vieux Picotin le lundi à 7 h; vers Lille, trois voyages/jour dont un à la Petite Nef, rue du Cygne 30. Tout près, à l’Enflé,, c’est pour Dottignies.

La liste est longue encore; elle témoigne assurément d’une vitalité retrouvée pour la ville.

Et ça coûtait?

Un tarif, incomplet, de 1864 indique prix et temps du trajet. En voici quelques exemples Antoing, 45', 60 centimes.; Frasnes, 2 heures, un franc; Lille, 3 heures, 1,25 fr; Pecq, 1 h, 75 centimes. Ces prix s’entendent pour un aller simple; curieux, certains retours se font de nuit!.

Le rapporteur ne s’en cache pas: ce n’était pas cher, bien moins que le train!

Celui-ci prendra sa revanche.