L’édito par Jean-Christophe HERMINAIRE

L'EDITO | «Aller à la Côte Belge tenait du défi de Koh-Lanta ce dimanche»

Il y avait eu, souvenez-vous, les «touristes frigobox». Personae non gratae à Knokke. Voici les «touristes des wagons».

Ceux qui voulaient atteindre la Côte belge ce week-end n’avaient pas intérêt à s’y rendre en train. Pour limiter l’affluence sur les plages, la gouverneure de Flandre occidentale exigeait que la SNCB restreigne les convois. Ostende voulait carrément fermer sa gare à la populace. C’est oublier que le chemin de fer est un «service public», qui a ses exigences de dessertes et de sécurité. François Bellot l’a rappelé.

Les contrôles des passagers furent renforcés. Mais même en voiture, gagner une plage tenait du défi de Koh-Lanta dimanche. L’après-midi, les voies d’accès à Bredene, au Coq ou à Wenduine ont été fermées. Seuls pouvaient passer les habitants de ces localités et les heureux propriétaires d’une seconde résidence. Blankenberge et Knokke-Heist interdisaient les «touristes d’un jour».

Les premières victimes de ces mesures radicales sont les jeunes, qui n’ont souvent d’autre choix que les transports en commun pour se rendre à la mer. Tous ceux, plus largement, qui n’ont pas les moyens de s’offrir un appartement à la mer, ou une semaine à l’hôtel.

Il est vain de discourir sur les responsabilités de la bagarre de bac à sable survenue samedi à Blankenberge. Des jeunes excités qui ne respectent aucune règle? Une police locale prompte à stigmatiser et incapable d’enrayer les débordements? Ce qui est sûr, c’est que des milliers de familles, de vacanciers peinards, paient cher le comportement de quelques fauteurs de trouble. Autre certitude: sur ces plages dont l’espace se réduit avec la montée des eaux, imposer aux marées humaines une distanciation efficace semble peu réaliste.

Ce coronavirus, et plus encore les restrictions qui visent à juguler la contagion, sont de redoutables révélateurs des fractures et des inégalités de notre société. Ce n’est pas la première fois que ce constat se vérifie. Pas la première fois, non plus, que l’explosion vient d’une jeunesse «des quartiers» qui supporte de plus en plus difficilement, sous la chaleur de l’été, des règles de confinement très (trop?) strictes. En ces temps de crise, apaiser les tensions, veiller au bien-être de toute la population, garantir l’équilibre des efforts exigés de chacun, sont de réels enjeux de santé sociale.

Aussi importants que d’éviter l’engorgement des hôpitaux.