BELGIQUE

Nethys se sépare de Philippe Lawson

Nethys se sépare de Philippe Lawson

Nethys et ses dirigeants ont fait savoir dans un communiqué, ce mardi, qu’ils se séparaient de Philippe Lawson. BELGA

Les dirigeants de Nethys et Philippe Lawson ont décidé d’une séparation «à l’amiable».

Philippe Lawson, directeur des rédactions des Éditions de l’Avenir, et les dirigeants de Nethys, maison-mère de L’Avenir, ont décidé d’une séparation à l’amiable.

Les deux années passées à la direction des rédactions des Éditions de L’Avenir et de L’Avenir Hebdo n’ont pas été de tout repos pour Philippe Lawson qui les qualifie lui-même dans un communiqué «d’enrichissantes, mais épuisantes.»

Les Éditions de l’Avenir ont en effet été secouées par une lourde restructuration, dont le point de départ fut l’annonce en octobre 2018, par la direction, de sa volonté de supprimer 60 équivalents temps plein, sur un total de 280 travailleurs. Ce nombre avait été ramené en décembre 2018 à 45 équivalents temps plein, dont 31,74 au sein de la rédaction.

S’en sont suivis des mois de vives tensions entre les journalistes d’une part et la direction du journal d’autre part, qui ont vu notamment la publication d’une édition du journal symboliquement amputée de 25% de son contenu ou l’adoption par la rédaction d’une motion de méfiance à l’égard de Philippe Lawson.

Une médiation de l’Association des journalistes professionnels (AJP) avait finalement permis un accord social limitant le nombre de licenciements secs à quatre personnes et entérinant une réduction des effectifs de 43,09 équivalents temps plein. Finalement, trois licenciements secs avaient été décidés par la direction et dénoncés comme ciblés par les représentants de la rédaction.

Ancien journaliste à La Libre Belgique et à L’Echo, Philippe Lawson avait été recruté par Nethys pour apporter aux Éditions de l’Avenir «son expertise dans la transformation digitale et dans la stratégie éditoriale» et pour faire bénéficier le groupe «de son réseau».

Le départ de Philippe Lawson intervient alors que les Éditions de l’Avenir (L’Avenir et le Journal des Enfants) et les périodiques Moustique et Télé Pocket, propriétés de Nethys, sont en passe d’être vendus au groupe de presse IPM (La Libre Belgique, La Dernière Heure/Les Sports). Enodia a validé l'accord, qui doit désormais recevoir l'aval de l'Autorité de la concurrence.

Au sujet de son avenir professionnel, le journaliste indique tout au plus avoir «désormais envie de développer de nouveaux projets éditoriaux et d’évoluer dans un nouvel environnement».

Réaction de la SDR (société des rédacteurs) et de l’AJP (association des journalistes professionnels)

L’annonce par le nouveau management de Nethys du départ négocié « à l’amiable » de Philippe Lawson, ce mardi 4 août, amène plusieurs réflexions dans le chef des représentants de la rédaction.

1. Les journalistes des EDA réclamaient ce départ depuis très longtemps, à grand renfort de motions de défiance presque unanimes, votées lors d’assemblées générales. Le directeur des rédactions était dans les faits déjà absent depuis des mois et ne dirigeait plus les équipes rédactionnelles. Nous prenons acte d’une réalité déjà acquise de longue date.

2. Le parachutage d’un directeur des rédactions par les anciens dirigeants de Nethys, après avoir poussé vers la porte l’ancien rédacteur en chef qui avait le soutien de la rédaction, avait permis de ne pas respecter la charte d’indépendance rédactionnelle. Celle-ci impose, en effet, l’avis de la SDR avant la nomination d’un rédacteur en chef dont nous sommes toujours privés. Parachutage, en plus, d’un directeur des rédactions sans description de fonction claire. Ce qui n’a fait que créer le flou au niveau de l’organisation de la rédaction et qu’accroître le mécontentement au sein des journalistes.

3. Les tensions entre Philippe Lawson et les rédactions furent incessantes. Elles ont atteint leur paroxysme avec le licenciement par ce dernier de trois collègues, ceux-là même qui ont ensuite reçu un prix de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour une enquête intitulée « Comment Stéphane Moreau et Pol Heyse ont sabordé l’Avenir », paru en février 2019, au plus fort de la crise qui secouait le journal. Récompensant la qualité de leur travail et leur combat au profit de l’indépendance de nos médias. Combat qu’ils ont chèrement payé. À partir de ce moment, à l’issue d’une assemblée générale, les journalistes ont fait savoir aux anciens dirigeants de Nethys qu’il leur était définitivement impossible d’encore travailler avec M. Lawson. Et dans les faits, les rédactions n’ont plus travaillé avec lui.

4. SDR et AJP, au nom des journalistes, souhaitent à Philippe Lawson la meilleure suite de carrière possible.

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