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DÉCRYPTAGE | Soupçons d’espionnage: l’appli chinoise TikTok bientôt bannie des États-Unis?

DÉCRYPTAGE | Soupçons d’espionnage: l’appli chinoise TikTok bientôt bannie des États-Unis?

Malgré le succès grandissant de TikTok, Donald Trump étudie la possibilité de bannir l’appli chinoise. tashatuvango - stock.adobe.com

Véritable phénomène numérique de ces derniers mois, l’application chinoise TikTok se retrouve dans le viseur des États-Unis pour des soupçons d’espionnage.

Dopée par le confinement, l’application Tik Tok s’est invitée sur les smartphones de millions de personnes ces derniers mois et compte désormais plus de 800 millions d’utilisateurs à travers le monde.

Durant le mois de juin, l’application chinoise a décroché la palme des applis «non-gaming» avec plus de 87 millions de téléchargements selon Sensor Tower. «La pandémie de coronavirus a amené un grand nombre de personnes à se tourner vers leur téléphone portable pour se divertir et rester connecté avec le monde extérieur», explique le site spécialisé.

Très prisée par les jeunes ados pour ses vidéos autour de l’humour, de la danse et de la musique, l’application s’est démocratisée ces derniers mois et attire des personnes plus âgées. Des stars de l’ancienne génération comme Arnold Schwarzenegger ou des politiciens comme Emmanuel Macron et Elio Di Rupo ont également franchi le pas récemment.

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Mais cette croissance exponentielle ne fait pas que des heureux. Aux États-Unis, on se méfie de cette plateforme chinoise, dans un contexte de tensions économiques entre Washington et Pékin.

Mardi dernier, le président américain Donald Trump a affirmé qu’il étudiait la possibilité de bannir l’application chinoise TikTok. «C’est quelque chose que nous étudions», a-t-il déclaré dans un entretien avec l’animatrice Greta Van Susteren.

Des déclarations qui font écho à celle de Mike Pompeo, chef de la diplomatie américaine, qui avait affirmé que Washington examinait l’interdiction de plusieurs applications chinoises, dont TikTok, sur fond de soupçons d’espionnage.

«TikTok et WeChat ne sont pas des applications innocentes»

Ce week-end, c’est l’un de ses conseillers du président américain qui a demandé une «action forte» à l’encontre de TikTok, et d’une autre appli chinoise appelée WeChat. «Ce ne sont pas des applications innocentes», a-t-il déclaré en conférence de presse.

Interrogé par la chaîne Fox News, Peter Navarro a affirmé que ces deux applications envoyaient toutes leurs données «vers des serveurs en Chine, directement chez les militaires chinois, le parti communiste chinois, et les agences (officielles) qui veulent voler notre propriété intellectuelle».

Des propos qualifiés par la Chine de «ridicules et étroits d’esprit», qui désigne les États-Unis comme «le véritable empire du piratage au monde». Et pour cause, le réseau social Facebook a été souvent épinglé par le passé pour utilisation abusive des données personnelles de ses utilisateurs.

Deux chercheurs en sécurité ont toutefois révélé avoir pris l’application TikTok en flagrant délit d’espionnage sur des appareils Apple. Selon le magazine Forbes, l’application chinoise aurait profité d’une brèche pour enregistrer les e-mails confidentiels, les mots de passe ou encore les fiches financières de ses utilisateurs.

Les employés d’Amazon priés «par erreur» de supprimer TikTok

Tous ces soupçons inquiètent les entreprises américaines. Vendredi, le géant américain de la distribution en ligne Amazon a envoyé une note à ses salariés, leur demandant de supprimer TikTok pour pouvoir continuer à accéder à leurs e-mails depuis leur téléphone mobile. Un porte-parole du groupe a réagi plusieurs heures plus tard, affirmant que ce mail était parti «par erreur» et qu’il n’y avait «aucun changement de politique à l’égard de TikTok».

«Amazon a annoncé cela et a fait marche arrière, ce qui montre le pouvoir du parti communiste chinois sur les entreprises américaines, et c’est là problème», a déclaré l’économiste Peter Navarro.

Une appli bannie par le Parti démocrate et interdite en Inde

La banque américaine Wells Fargo a également demandé à ses salariés l’ayant installée sur leur téléphone professionnel de la désinstaller. Les équipes de la campagne démocrate pour l’élection présidentielle américaine ont également été priées de l’utiliser avec beaucoup de prudence, depuis un téléphone différent.

En Inde, la plateforme TikTok a été interdite au nom de la sécurité nationale à la fin du mois de juin. Ce blocage est un revers majeur pour TikTok, extrêmement populaire auprès des jeunes Indiens, qui constituent une grosse part de ses utilisateurs mondiaux.

Le patron américain de TikTok accusé d’être une «marionnette»

Egalement suspendue à Hong Kong, la plateforme a souvent dû se défendre de ses liens avec la Chine, où sa maison mère possède une application similaire, sous un autre nom: Douyin. «Nous n’avons jamais fourni de données sur les utilisateurs au gouvernement chinois et nous ne le ferions pas si cela nous était demandé. TikTok est dirigée par un PDG américain, avec des centaines d’employés et de cadres (...) ici aux États-Unis», a déclaré un porte-parole du groupe.

Peter Navarro a d’ailleurs accusé le patron américain de TikTok Kevin Mayer, ancien responsable des plateformes de streaming de Disney, d’être une «marionnette américaine».

Alors TikTok va-t-elle subir le même sort que Huawei, privée des services de Google pour cause d’espionnage industriel? Affaire à suivre...

Chantage sexuel, hypersexualisation et... antisémitisme

Réseau social des ados et pré-ados, TikTok est également devenu le repère de certains prédateurs sexuels, qui profitent de leur nombre d’abonnés pour demander des photos dénudées à des mineures.

Déjà dénoncé en 2018 par le youtubeur «Le Roi Des Rats», le chantage sexuel présent sur la plateforme a donné naissance au hashtag #Balancetontiktokeur.

Mais cela n’arrête pas certaines jeunes utilisatrices. À tout juste 13 ans, Brianna Buchanan a décidé d’arrêter l’école pour faire de TikTok son métier. Maquillée à outrance sur chacune de ses publications, cette jeune américaine prend des poses suggestives incompatibles avec son jeune âge. Une hypersexualisation qui suscite l’inquiétude.

TikTok est l’un des vecteurs les plus rapides de transmission de ‘memes’ se moquant de l’Holocauste

Dans le même temps, l’algorithme de TikTok a récemment suscité la polémique pour avoir contribué au succès d’un hymne nazi. Repris par un ado britannique, ce chant antisémite est devenu viral en quelques jours, comme le rapporte la BBC. Utilisé dans de nombreuses vidéos, l’hymne comptabilisait plus de 6,5 millions de vues avant que celles-ci soient supprimées du réseau social.

Considéré par un membre de l’ONG Campaign Against Antisemitism comme «l’un des vecteurs les plus rapides de transmission de ‘memes’ se moquant de l’Holocauste», TikTok s’est pourtant défendu d’être un foyer de contenus racistes. «Nous ne tolérons aucun contenu qui comprend des propos haineux, et le son en question, ainsi que toutes les vidéos connexes, ont été supprimés.»