MONDE

Des journalistes russes arrêtés pour leur soutien à un ex-collègue inculpé

Plusieurs journalistes russes ont été interpellés par la police lundi à Moscou lors d’une action en soutien à Ivan Safronov, ex-journaliste respecté devenu conseiller de l’agence spatiale Roskosmos, inculpé de «trahison» au profit des Occidentaux.

Emprisonné dans le centre de détention provisoire de Lefortovo à Moscou dans l’attente de son procès, M. Safronov a été formellement inculpé lundi de «haute trahison» par la justice, a indiqué à l’AFP son avocat Ivan Pavlov, ajoutant que l’ancien journaliste «clame son innocence». Il encourt jusqu’à 20 ans de prison.

Un groupe de journalistes et de soutiens à Ivan Safronov se sont rassemblés lundi devant l’institution carcérale pour apporter leur soutien à leur ancien collègue, portant des pancartes et des t-shirts appelant à sa libération, a constaté un journaliste de l’AFP, qui a vu la police interpeller au moins quatre d’entre eux.

Selon l’ONG spécialisée OVD-info, parmi les personnes arrêtées se trouvent des journalistes de divers médias russes, dont le quotidien des affaires Kommersant ainsi qu’une membre du syndicat des journalistes.

«Je connais Ivan Safronov […] je ne crois pas une seule seconde aux accusations qui sont portées contre lui et j’estime qu’il s’agit d’une vengeance pour son travail journalistique», a déclaré à l’AFP Gleb Tcherkassov, qui a travaillé avec lui de 2010 à 2019.

SItuation catastrophique en Russie pour les journalistes

La situation des journalistes en Russie «devient pire, avec de moins en moins de médias indépendants et il est difficile de trouver du travail dans un endroit où l’on ne sera pas censuré», a souligné pour sa part Tatiana Felguengauer de la radio Echo de Moscou.

Ivan Safronov, 30 ans, considéré comme l’un des meilleurs journalistes du pays dans les questions militaires et spatiales lorsqu’il travaillait pour deux quotidiens russes de référence, a été arrêté début juillet par les services de sécurité et accusé d’avoir transmis des «secrets d’État» à des «services de renseignement étrangers».

Son avocat Ivan Pavlov a estimé que les accusations portées contre son client étaient «incompréhensibles». «Il n’est pas clair, selon la version des enquêteurs, par qui Ivan a été recruté, quelles informations il aurait transmis, comment, à qui ou quand», a-t-il relevé auprès de l’agence Interfax.

Ses anciens collègues estiment pour leur part que l’ancien journaliste fait l’objet d’une vengeance pour ses articles souvent embarrassants pour l’armée russe.

Poussé à la démission de Kommersant en 2019, il était devenu en mai 2020 conseiller du directeur de Roskosmos, Dmitri Rogozine.