MIGRATION

Un an après son coup de force, Carola Rackete, capitaine du Sea-Watch, dénonce un bilan migratoire européen honteux

Un an après son coup de force, Carola Rackete, capitaine du Sea-Watch, dénonce un bilan migratoire européen honteux

Carola Rackete est désormais connue internationalement après avoir forcé un barrage de police maritime italienne et accosté de force à Lampedusa avec migrants à bord. AFP

L’Union européenne présente toujours un bilan honteux en matière de décès de migrants en mer Méditerranée, selon Carola Rackete, la capitaine allemande du navire humanitaire Sea-Watch 3 qui avait accosté de force à Lampedusa avec 40 migrants à bord l’an dernier, le 29 juin 2019.

La jeune Allemande avait accosté de force fin juin dans la petite île de Lampedusa, ignorant l’interdiction décrétée par le ministre de l’Intérieur italien d’extrême droite à l’époque, Matteo Salvini.

Elle avait été placée aux arrêts domiciliaires et présentée à un juge en juillet qui avait décidé de la libérer estimant que la jeune femme avait fait simplement son devoir en sauvant des vies humaines.

Un an plus tard

M. Salvini n’est plus en poste «mais rien n’a vraiment changé au sein de l’UE ni aux frontières externes de l’UE en ce qui concerne la migration par voie maritime, déplore la capitaine dans une déclaration marquant l’anniversaire de sa confrontation avec les autorités italiennes et citée par l’agence dpa. «Si il y a eu du changement, c’est une déterioration de la situation en cours d’année», signale-t-elle.

Elle fait notamment référence à l’incident du weekend de Pâques, au cours duquel 51 migrants et cinq corps sans vie ont été découverts dans la zone de secours maltaise et renvoyés illégalement vers la Libye.

Plusieurs pays pointés

Elle accuse «différents Etats européens - dont l’Espagne, Malte, l’Italie, les Pays-Bas et l’Allemagne - de continuer à empêcher et surveiller les missions maritimes et aériennes». Selon Mme Rackete, des personnes continuent de se noyer en mer Méditerranée «parce que l’UE souhaite qu’elles se noient pour que cela effraie ceux qui veulent tenter la traversée».

Elle soutient la campagne contre l’agence européenne de contrôle des frontières, Frontex, qu’elle décrit comme exécutrice de «la politique frontalière raciste des Etats européens». «Si le mouvement #BlackLivesMatter aux USA demande que les départements policiers soient définancés, nous devons aussi demander de définancer Frontex en Europe», argue-t-elle, utilisant le hashtag #DefundFrontex pour décrire le mouvement.

«Marginaux»

Un porte-parole de Frontex a fait référence à celui-ci comme «une absurdité de groupes marginaux» assurant que l’agence européenne aide à «sécuriser les frontières pour des centaines de milliers de personnes à travers l’Union européenne». «Le respect des droits de l’Homme est au coeur de ce nous entreprenons», a-t-il souligné.

Le nombre de passages frontaliers illégaux détectés sur les principales routes migratoires européennes a rebondi en mai par rapport au creux record du mois précédent dû à la pandémie, selon Frontex mi-juin. Le nombre total de passages frontaliers illégaux en mai est estimé à 4.300, et sur les cinq premiers mois de 2020 à 31.600, soit 6% de moins qu’à la même période l’année dernière, a indiqué l’agence dans un communiqué.

Méditerranée: première route migratoire vers l’Europe

La Méditerranée orientale est redevenue la route migratoire la plus active vers l’Europe avec 1.250 détections de passages frontaliers illégaux en mai, soit huit fois plus qu’en avril, précise Frontex. En Méditerranée centrale, le nombre de migrants en situation irrégulière a augmenté en mai de 40% par rapport au mois précédent pour atteindre environ 1.000. Le nombre de migrants arrivant en Europe par la route de la Méditerranée occidentale en mai a presque quadruplé par rapport à avril, passant à plus de 650. Sur les cinq premiers mois de l’année, le nombre de migrants s’y est élevé à plus de 3.700, soit moins de la moitié par rapport à l’année précédente.