Claude Henrot, le plus Reds des Hutois, savoure ce 19e titre

Claude Henrot, le plus Reds des Hutois, savoure ce 19e  titre

Claude Henrot a savouré ce 19e titre. Heymans

Le Hutois est une bible du football mais aussi un amoureux fou de Liverpool dont il connaît tout. Voyage vers Anfield.

Il est, n’ayons pas peur des mots, une légende du journalisme régional et fut longtemps le seul statisticien de la presse francophone. Aujourd’hui à la retraite après une carrière que beaucoup aimeraient avoir au moins pour moitié, le Hutois Claude Henrot n’en reste pas moins un suiveur passionné du football international.

Passion, le mot est d’ailleurs faible pour qualifier le culte qu’il voue à Liverpool, champion d’Angleterre pour la première fois depuis 30 ans ce jeudi. Depuis 2014 et la fin de ses activités professionnelles, il est ainsi devenu responsable de la communication du fan-club officiel de Liverpool, le seul en Wallonie. «Cela me prend une trentaine d’heures par semaine, sourit le sémillant septuagénaire. Je visionne tous les matchs que je raconte comme un journaliste sur notre site internet et je collecte des stats pour notre fan-club. J’adore ça comme les 650 autres mordus qui composent notre club.»

Jeudi, Claude, on s’en doute, n’a rien raté de la 8e défaite de City à Chelsea qui sacrait Liverpool. « J’ai suivi le match des Citizens qui consacrait indirectement Liverpool comme tout le monde à la T.V., dit Claude. Je ne rate de toute façon rien. Je me rends sur place dès que je peux, en moyenne 2 à 3 fois par saison. J’aurais évidemment aimé être là-bas pour ce moment historique, mais la pandémie en a décidé autrement. Dommage car vivre ça dans la parade, ça aurait été terrible. Tant pis: j’irai la saison prochaine… »

Les souvenirs se bousculent dans la tête de Claude, intarissable dès qu’on parle de son club de cœur. «Je me souviens très bien du jour où je suis tombé amoureux de Liverpool, avance-t-il. C’était en 1964 lors d’un Liverpool-Anderlecht . J’avais vu le match à la T.V. Avec une victoire des Reds 3-0. Et une ambiance indescriptible. À ce moment-là, on ne chantait pas dans les stades ou, en tout cas, ce n’était pas généralisé. Mais, là, je voyais 28.000 personnes dans le kop reprendre le répertoire des Beatles. J’en ai eu la chair de poule et je me suis dit qu’un jour, j’irais là-bas. Aller à Liverpool, à l’époque, c’était quelque chose d’unique comme aller à La Mecque…»

La venue, quelques mois plus tard, des Reds au Standard dans le cadre de la Coupe des Coupes allait finir par le convaincre pour de bon. «J’ai fait le match retour et c’est ce jour-là que j’ai découvert Anfield et son ambiance, avoue Claude Henrot, encore ému près de 60 ans plus tard. J’ai découvert en live cette atmosphère mais aussi la mentalité locale. J’ai vite quitté le groupe de Belges avec lequel j’étais arrivé pour découvrir l’intérieur du club avec les vrais supporters. Cette ambiance n’a rien à voir avec celle des Anglais. Liverpool, tout le monde vous le dira, c’est une île dans l’île. On sent que les ancêtres sont des Irlandais en bonne partie. Les gens vous disent spontanément bonjour et vous demandent comment vous aller. Je me sens comme chez moi là-bas. J’ai d’ailleurs fini sur une scène où on a chanté la Brabançonne pour moi. J’ai aussi eu ma tête en première page du Liverpool Écho, le magazine du club. J’étais presque plus connu là-bas qu’ici… (rires).»

Au point, d’ailleurs, de faire partie des privilégiés. «À cette époque, à mesure de mes pérégrinations, j’ai bien connu Peter Robinson, l’ancien secrétaire des Reds, narre Henrot. Personne n’allait voir du foot anglais à ce moment. Et donc, on me reconnaissait facilement. Robinson m’a ainsi offert à l’une ou l’autre reprise des tickets en tant qu’invité pour des matchs sold out. Un jour, il m’a croisé et il m’a dit: ‘Tu veux rencontrer quelqu’un du noyau?’, chose impossible aujourd’hui. J’ai alors demandé à voir Bill Shankly, un manager historique (NDLR: triple champion d’Angleterre avec Liverpool). Il m’a à son tour demandé qui je voulais voir dans ses joueurs. Il m’a permis de rencontrer mes deux vedettes préférées de l’époque. J’en ai fait une photo qui a été la une du programme qu’on distribuait dans le stade la semaine suivante. Dingue. »

Le temps file quand il est dévoré par le feu de la passion. Mais revoilà Liverpool champion. «On devait déjà l’être la saison passée, soupire Claude. J’en ai été malade. Mais il y a eu cette frappe de Kompany qui offre le titre à City l’an passé. Le mal est à présent réparé. Liverpool peut ainsi signer une «triple crowned» avec, pour la première fois, la Champions League, le titre de champion du monde des clubs et ce sacre en Premier League. » Chatouillez un statisticien du foot et il vous prouve qu’il n’a rien perdu de ses réflexes…

Javaux : « Liverpool, c’est Gerrard »

Le bourgmestre d’Amay est un fan inconditionnel de Liverpool dont il est tombé amoureux dans les seventies.

Ceux qui le connaissent le savent : Jean-Michel Javaux est un fan inconditionnel des Reds.« Mais j’étais assez calme jeudi car j’étais seul à la maison devant mon écran, avoue le bourgmestre d’Amay.Je pestais aussi car je devais y être au départ.J’avais réservé six semaines de rang un bad and breakfast en face du stade.Je stressais car on l’a souvent raté ces dernières années. Il y a eu comme une malédiction.L’an passé, c’était la frappe de Kompany, quelques années avant, cette glissade de Steven Gerrard qui offre la victoire à Chelsea dans un match de fin de saison et le titre à City. Hier, j’ai eu peur.Mais ouf, cette fois, on est champion… »

Steven Gerrard est d’ailleurs pour beaucoup dans la passion de Javaux pour les Reds.Une passion qui s’est accentuée ces dernières années.« J’adore le mec qui fut un joueur incroyable mais aussi un gars d’une humilité terrible, explique Javaux.J’ai eu l’occasion de le rencontrer, réalisant un rêve, quand le Standard a défié Liverpool en Ligue des Champions en 2010. Je lui ai parlé quelques minutes et j’ai adoré.J’aurais aimé garder un souvenir mais mon pote qui filmait notre conversation a filmé…mes pieds (rires). »
Le déclic dans la passion de Javaux, c’est Kevin Keegan, autre joueur légendaire des Reds.

« À l’époque (NDLR : de 1971 à 1977), il portait des Patrick, une marque de chaussures que je mettais du coup aussi à mon tour, rigole Jean-Michel.Il était charismatique et humble. J’ai aussi vécu en Érasmus à Hull, qui était à quelque 100 km d’Anfiled dont je pouvais aller voir les matchs. Par la suite, je suis devenu tellement fan de Liverpool que je les supportais même en finale de l’ancienne Coupe des Champions face à Bruges en 1978. Ce que j’aime dans ce club, c’est qu’on n’y fait pas de différence sociale entre les supporters.Tu vas là et tu parles à tout le monde, simplement.C’est un milieu populaire dans le bon sens du terme. J’ai déjà vu des matchs à Arsenal mais là, on tombe sur des supporters qui regardent le match en tribune en bossant sur leur ordi.Puis, Liverpool, je trouve, montre à quel point le foot peut être puissant et véhiculer des messages forts.Le club fait par exemple beaucoup pour lutter contre le racisme via Mohamed Salah ou Sadio Mané. Puis, là-bas, les légendes ont leurs places avec toutes leur portrait.C’est ça, les clubs de tradition… »