TOURNAI

Le Tournai d’avant: naissance de l’école de la Justice

Le changement, ils le veulent radical, complet, n’excluant la disparition de chacune des formes habituelles, sociales, économiques, politiques dans la ville. «Ils», ce sont les révolutionnaires français qui, emportés par leur élan, font de Tournai un immense chantier qui charrie d’abord leurs idées puis les faits.

Dans ces domaines très divers et fort complets, il est quand même un secteur qui est oublié, celui de l’instruction. Les chroniques que nous livra le chanoine Albert Milet, grand spécialiste de l’époque, ni le Conseil de Régence ne relèvent aucune directive à ce sujet.

Un simple avis du 22 germinal rappelle cependant l’un des principes chers à la Révolution puisque «l’Administration du Département de Jemappes considère que l’instruction publique est le premier besoin des hommes libre et seul moyen de régénérer les mœurs». Cet avis ne concerne cependant que des mesures éventuelles avant l’organisation de l’École Centrale.

Or, la suppression des institutions religieuses -15 décembre 1792 par l’Assemblée Nationale à Paris prive les écoliers de leurs maîtres et l’on peut penser que ces années de troubles seront pour eux des vacances inopinées.

Réaction publique

Quelle qu’en soit l’importance, l’instruction demeure sous le boisseau jusqu’au changement de régime. C’est à partir de 1915 et donc sous régime hollandais qu’on reparle d’écoles., D’abord des grandes, académie, collège, école de médecine puis, enfin, des petites infrastructures dont font partie les jésuitesses.

La Régence – ainsi s’appelle l’autorité communale à cette époque – délibère souvent, les 9 avril et 28 août 1818 que suivent les arrêtés des 27 novembre et 2 décembre suivants.

Ce n’est cependant que le 13 octobre 1819 qu’un arrêté stipule, en 9 articles, «qu’il sera établi dans le local dit des Jésuitesses, une école gratuite pour 500 enfants pauvres».

Deux bâtiments, rue Madame et rue Dewasmes (qui n’était pas impasse alors) abriteront les classes pour 200 filles et 300 garçons, «tous âgés de plus de huit ans, vaccinés ou avoir eu la petite vérole». Les paroisses auront le droit de présenter 250 élèves dans des proportions précises: Saint-Brice, 50, La Magdelaine, 20, Saint-Nicolas, 10..

Outre les principes de la religion les axes de l’enseignement seront orientés vers la lecture, l’écriture, l’orthographe et les éléments de l’arithmétique. Des notions d’histoire et de géographie y furent ajoutées mais l’innovation vient d’une classe ouverte de 12 h 30 à 13 h 30 «où ne sont admis que les enfants travaillant en fabrique dans la journée».

Au fil des décennies, il fallut bien admettre que l’immeuble des Jésuitesses avait fait son temps.

La belle école

La disparition de l’esplanade de la citadelle laisse d’énormes terrains libres dont la ville profite pour y élever, dans des rues nouvelles, prison, hospice, gendarmerie, hôpitaux et.. l’école n° 2.

Le terrain de 40 ares 65 est acheté 33 000 francs le 14. octobre 1898. Les intentions de la Régence sont claires, cette école doit être un exemple, elle sera double, 4 classes de filles et autant pour garçons – avec habitation du directeur. Les devis, modifiés par la Députation permanente en 1900, acceptés l’an suivant sont finalement soumis à adjudication par voie d’affichage dès le 25 mars 1901.

Coût prévu: 168 488,47 francs revus à 183 834 francs avec adjudication à MM. Delhaye et Duveillez. Les travaux débutent le 20 juin 1901, les mobiliers et objets didactiques sont adjugés en 1904.

L’école de la Justice s’ouvre et est toujours là, pour instruire et éduquer.