GÉNÉRATIONS SOLIDAIRES

VIDÉO | Institut pour Sourds et Aveugles (IRSA): «le handicap ne peut pas être un frein à la solidarité»

VIDÉO | Institut pour Sourds et Aveugles (IRSA): «le handicap ne peut pas être un frein à la solidarité»

«C’est très important pour nous de changer le regard sur la vieillesse. Les élèves se sentent utiles.» D.R./Alex

Des élèves malentendantes et porteuses d’un handicap préparent des produits de soin zéro déchet pour ensuite procurer des soins de bien-être aux personnes âgées du home voisin.

«Mon objectif, depuis 30 ans que j’enseigne à l’IRSA, c’est de donner confiance à mes élèves, qu’ils se sentent capables d’apprendre et de travailler malgré leur handicap», confie d’emblée Sylvianne Marmoy. En constatant que l’option «aide logistique en collectivité» était réduite à une image de section nettoyage/repassage peu gratifiante, cette enseignante très investie a imaginé un projet solidaire qu’elle a proposé à ses élèves dès le début de l’année scolaire, en octobre dernier.

Alexandra, Maïmouna, Lamya et d’autres jeunes filles de 17 à 22 ans, malentendantes et porteuses d’un handicap mental léger, se sont lancées avec joie. En se formant auprès de Bruxelles Environnement, elles ont appris à confectionner de produits de soin naturels en mode zéro déchet. «Nous les avons testés sur les élèves et les enseignants d’abord pour être sûres que cela conviendrait à la peau fragile des personnes âgées. J’en ai profité pour sensibiliser mes élèves à la surconsommation.»

Chaque vendredi après-midi (avant le confinement), elles se sont rendues dans le home voisin pour y procurer des soins de bien-être aux personnes âgées. Les seniors se sont parfois montrés un peu méfiants et les jeunes filles intimidées. Mais les contacts ont fait s’envoler les appréhensions de part et d’autre. « Nous nous rendions dans la salle commune, ou dans les chambres selon les besoins, explique l’enseignante. Les personnes âgées faisaient la file maintenant en demandant quand sera leur tour.»

Changer le regard sur la vieillesse

«C’est très important pour nous de changer le regard sur la vieillesse. Les élèves se sentent utiles. Le toucher est important pour ces jeunes filles et pour les personnes âgées.»

Ce projet se décline aussi au travers des autres cours. Lors des cours de français, les élèves étudient les matières premières, les recettes des produits. Lors des cours de math, elles apprennent à calculer les prix de revient et les proportions. Et en éducation sociale, elles étudient la psychologie des personnes âgées, les trajets à réaliser pour se déplacer vers la maison de retraite. Plusieurs élèves de l’école se rendent, en effet, en stage, dans d’autres maisons de repos.

D’autres élèves souhaitent déjà rejoindre le petit groupe dès la rentrée scolaire. «J’ai financé moi-même l’achat des produits bio et des huiles essentielles, explique Sylvianne Marmoy. Ensuite, les élèves ont proposé aux enseignants et aux parents des autres élèves d’acheter des produits pour pouvoir financer l’achat des matières premières via une campagne d’affichage dans l’école. Nous aimerions nous équiper de coussins de relaxation à amener à la maison de repos. Plus que jamais après les mois que nous venons de vivre, confinés, le handicap ne peut être un frein à la solidarité!»

250 lettres écrites aux maisons de repos

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D.R./Alex
Pendant le confinement, Sylvianne Marmoy a maintenu le contact avec ses élèves via WhatsApp. Elle leur a proposé d’écrire aux résidents du home voisin de l’IRSA mais aussi à trois maisons de repos en grande difficulté à Bruxelles. «Nous avons envoyé 250 cartes postales, dessins et petits mots aux maisons de repos. Nous avons aussi confectionné des journaux avec des petits articles, des photos de vacances, des recettes de cuisine. Un élève aveugle m’a envoyé une photo de lui et de son chien en promenade. Une autre élève s’est photographiée en cuisinant et en aidant sa maman à faire des gaufres. Ils ont adoré le concept.»

Pour que les personnes âgées se sentent moins seules, l’enseignante leur a déjà annoncé qu’elle reviendrait avec ses élèves dès que possible pour continuer à leur procurer des soins de bien-être.

«J’ai reçu pas mal de retours et de remerciements des maisons de retraites avec des photos de résidents qui lisaient le journal. Quand les élèves l’ont appris, ils étaient très heureux.»