GÉNÉRATIONS SOLIDAIRES

Maison des jeunes de Champion: lutter contre la fracture numérique par du concret

Le M@kers Lab est le projet collectif technologique, numérique et solidaire de la Maison des jeunes et de la culture de Champion. Un espace liant toutes les générations pour ne plus se sentir démuni face à un écran.

«Ici, il n’est pas question d’entretenir un ghetto de jeunes. À la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Champion, nous accueillons des enfants, des adolescents, des adultes et des 3X jeunes dont notre aîné de 87 ans en pleine forme!», sourit la directrice Natacha Deprez. Du lundi au dimanche, entre 150 et 300 personnes de tous les âges participent à de multiples activités: vannerie, danse, espace gaming, hip-hop, tai-chi, répétitions de groupes musicaux, jeux de carte, théâtre, jeux de rôle, atelier impression 3D, stages. Ils bénéficient surtout de l’accueil et des projets collectifs participatifs qui accompagnent les jeunes vers une citoyenneté responsable, créative et solidaire. Ce public diversifié provient des villages de Vedrin, Bouge, Daussoulx, Boninne, Gelbressée, Marchovelette, Fernelmont, Champion, Namur et plus encore.

 

Les grands-parents n’ont plus envie d’être ignorants face à ces nouvelles technologies

 

Depuis un an, les aînés se pressent au M@kers Lab: «Nous avons reçu beaucoup de demandes de jeunes et de personnes âgées afin qu’ils apprennent à communiquer ensemble grâce aux divers réseaux sociaux. Les grands-parents n’ont plus envie d’être ignorants face à ces nouvelles technologies, raconte Natacha Deprez. Les moins de 16 ans sont fortement impliqués dans ce projet. Ils sont choqués par le fait que les grands-parents ne peuvent plus poser certains actes du quotidien car la technologie les dépasse.»

Un travail en réseau indispensable

La MJC a donc fait l’acquisition sur fonds propres de trois ordinateurs mis à disposition. Florian Valentin, animateur chargé de projets multimédia, coordonne le M@kers Lab: « Le vendredi matin, les personnes âgées viennent avec leur PC, leur téléphone ou leur tablette ou utilisent les ordinateurs sur place. Je les initie à l’outil informatique et réponds à leurs demandes: remplir leur fiche pension, utiliser le PC banking, se familiariser à Facebook, jouer au tiercé.»

Le mercredi après-midi, les jeunes accompagnent souvent leurs grands-parents. Les adolescents et adultes demandent aussi de l’aide à Natacha pour retravailler, avec eux, CV et lettres de motivation. «Notre objectif est que chacun puisse vivre en 2020 sans crainte face à un écran car la fracture numérique est de plus en plus importante.». Florian Valentin aimerait d’ailleurs donner des formations informatiques qualifiantes.

La MJC travaille en réseau avec des animateurs extérieurs, une équipe de bénévoles motivés mais aussi de nombreuses maisons de jeunes, la Maison de l’adolescent (la MADO) et bien d’autres associations à Namur.

L’équipe cherche à s’équiper d’ordinateurs et de tablettes supplémentaires pour pouvoir accueillir plus de public en même temps. Et fait des émules: le M@kers Lab a déjà inspiré deux maisons de jeunes de Toulouse. Et Natacha Deprez de conclure: «Le champ des possibles de cette MJ est énorme, c’est un tremplin!»

 

Du renfort aussi pour les parents

Pendant le confinement, il a été décidé de ne pas mettre l’équipe d’animation en chômage économique mais, au contraire, de «garder le lien avec notre public». La plateforme en ligne Discord s’est donc élargie avec un scénario de jeux de rôle mis en ligne par un animateur et revu avec les jeunes, les «papotes virtuelles sur canapé», la chanson du jour, les recettes de cuisine…

«Nous avons surtout aidé les jeunes et les parents qui avaient besoin d’assistance pour imprimer des travaux scolaires. La fracture numérique, on l’a vraiment sentie car de nombreuses familles n’avaient pas d’ordinateurs pour les enfants et les jeunes alors qu’ils étaient eux-mêmes en télétravail, confie Natacha Deprez, la directrice. Tous avaient besoin d’échanger. Enfin, Florian a aidé l’hôpital Sainte-Élisabeth en fabriquant des “adaptateurs”, une petite pièce à placer entre des masques et des filtres fournis par l’hôpital pour des respirateurs.»