GÉNÉRATIONS SOLIDAIRES

VIDEO | Éviter que les plus fragilisés meurent en rue

L’antenne liégeoise d’Infirmiers de rue aide les personnes les plus vulnérables pour les réinsérer de manière durable dans un logement et dans la société.

Camille Delvoye et Fanny Caprasse n’ont pas froid aux yeux. Ces jeunes femmes de 26 ans inspirent le respect. Depuis avril 2019, elles soulèvent des montagnes avec leur complice Gaïd Prigent qui coordonne le projet.

Infirmières en santé communautaire, Camille et Fanny assurent la prise en charge médicale et un suivi intensif de sept patients dont une femme sans-abri qui n’ont plus aucun réseau familial ou d’aide. Ceux-ci souffrent de graves problèmes physiques et psychologiques. «On nous appelle les miss Lingettes, sourit Camille. Nous avons toujours des lingettes dans notre sac à dos de soins. Les personnes que nous soignons n’ont pas eu de chance dès la naissance et ont toujours vécu en institution. D’autres ont perdu leur emploi, leur logement. On y est vite, à la rue.»

Camille et Fanny entament en duo un suivi de longue haleine: «C’est un gros travail pour leur rendre l’espoir, pour leur montrer que quelqu’un se soucie d’eux, pour les amener à se laver, à se faire soigner. Et à définir un projet de vie. L’hygiène, c’est le premier pas.»

Au moins une demi-journée par semaine

Les infirmières accompagnent leurs patients dans toutes leurs démarches au minimum une demi-journée pour chacun, par semaine: dans un service pour aller prendre une douche, à la maison médicale, chez le psychologue, pour entreprendre les démarches pour toucher une indemnité, pour faire les courses.

«Nous avons choisi de ne pas faire de la “bobologie” mais de travailler sur un petit échantillon de personnes très malades et de les faire sortir de la rue. Leur assurer un toit est indispensable, explique Camille. Certains risquent de mourir sans prise en charge urgente.»

C’est un gros travail pour leur rendre l’espoir, pour leur montrer que quelqu’un se soucie d’eux.

Le taux de mortalité, est comme dans beaucoup de villes, très important en rue à Liège (plus de 800 sans-abri connus). Vingt-six personnes sont décédées en rue en 2019 malgré tous les efforts du réseau. «Nous voulons démontrer que cette méthodologie fonctionne même avec les cas les plus difficiles, explique Gaïd. Nous nous sommes appuyées sur la méthodologie dInfirmiers de rue à Bruxelles qui a sorti 150 personnes de la rue en 10 ans.» En un an, Fanny et Camille ont sorti cinq sans-abri de la rue sur leurs sept patients. Ils ont maintenant un logement tout en bénéficiant d’un suivi pour ne pas retomber. «John, un de nos patients en chaise roulante, allait mourir faute de soins. Il a repris goût à la guitare, il a tourné une vidéo. Par ailleurs, nous suivons environ 30 autres personnes plusieurs fois par mois.»

L’antenne liégeoise d’Infirmiers de rue vient ainsi renforcer le réseau existant et travailler en étroite collaboration avec le réseau social liégeois, les éducateurs de rue, le projet Housing First Liège mais aussi les maisons médicales et les hôpitaux de la région. Une mission vitale!

«Nous avons toujours été présentes...»

Camille et Fanny ont continué à travailler pendant le confinement quand les abris de jour et de nuit étaient fermés. L’association s’est appauvrie avec la pandémie: l’antenne a acheté et distribué aux personnes sans-abri des centaines de flacons de gel hydroalcoolique.

«Tout était fermé à Liège. Il n’y avait plus que des personnes sans-abri dans les rues. Nous ne pouvions pas les laisser mourir de soif et de faim. Nous leur avons acheté de l’eau et de la nourriture. Nous faisions de la prévention Covid et prédépistage par notamment une prise de paramètres. Nous leur avons toujours montré qu’ils n’étaient pas seuls. Nous réévaluons les besoins régulièrement.»