CHRONIQUE

Taverne au pub, la Premier League par la petite lucarne: jeu, mensonges et vidéo

Taverne au pub, la Premier League par la petite lucarne: jeu, mensonges et vidéo

Bruno Taverne. Photo News

Bruno Taverne, M. Foot anglais de VOOSport, nous livre son regard sur la Premier League, une semaine après son déconfinement.

Le mercredi 17 juin, la reprise en Premier League est marquée par un fait absolument exceptionnel. L’équipe d’Aston Villa lutte pour son maintien et celle de Sheffield United pour une place européenne.

La Championship d’un côté et la Ligue des Champions de l’autre. Ce n’est pas rien et inutile de vous décrire les impératifs financiers pour les deux clubs.

Pour maîtriser ce premier débat, la fédération fait appel à l’arbitre anglais numéro 1 dans la hiérarchie actuelle: Monsieur Michael Oliver.

Cent jours d’absence de compétition mais sans mot et sans voix à la lecture des événements qui émaillent cette rencontre.

41e minute de jeu, le gardien d’Aston Villa, Orjan Nyland, intercepte un ballon et termine son extension derrière sa propre ligne de but. En anglais, cela s’appelle un goal. Dans le Project Restart cela s’appelle un bug d’envergure. A l’exception des joueurs de Sheffield personne ne réagit. L’arbitre regarde une montre censée lui indiquer que le ballon a bien franchi la ligne mais rien ne vibre. L’heure est à l’oubli. L’arbitre assistant, anciennement juge de ligne, ne bronche pas et le marquoir reste donc désespérément muet.

Humainement cela semble déjà inacceptable. Les arbitres ont reçu des yeux pour voir. L’assistance vidéo ne vient, normalement, qu’après. Il fut un temps, pas si lointain, durant lequel ce que ne voyait pas l’arbitre n’existait pas. Ils étaient nombreux à penser que l’assistance vidéo et la Goal Line Technology allaient régler tout cela.

Le regard de la VAR devait remplacer le regard vague de certains arbitres dans des situations de jeu particulières.

Et bien c’est raté!

Avec une assistance vidéo d’un tel niveau, même la main de Dieu peut encore sortir de la manche de Maradona et marquer les esprits d’un poing ferme.

Les Anglais firent les frais de cet acte mensonger en juin 1986 lors de la Coupe du Monde à Mexico. En football, certaines tricheries vous donnent une dimension divine. C’est une religion qui prend racine dans le mensonge.

Pourquoi Monsieur Oliver n’est-il pas parti consulter le gardien d’Aston Villa pour lui poser la question de confiance? Pourquoi le juge de ligne n’est-il pas intervenu? Pourquoi la Var est-elle restée muette? Pourquoi cette panne technique?

Sans la vision technologique l’arbitrage est-il devenu aveugle? Mais qui décide aujourd’hui?

Et ce n’est pas tout. Durant la pause, l’arbitre a bien reçu la confirmation officielle que le ballon avait bien franchi la ligne. Pourquoi ne pas revenir sur la décision en faisant avancer le marquoir.

La vérité ne devrait pas être limitée dans le temps d’une rencontre. Elle ne devrait jamais se limiter au temps, cela bloque l’espace.

Quand l’histoire a un rebond, ce sont les cellules d’hier et d’aujourd’hui qui vibrent. Une mémoire est toujours active.

A Villa Park, les filets ont bien tremblé. Le message était très clair mais les officiels n’ont rien entendu. Insoutenable minute de silence pour les supporters, joueurs et dirigeants de Sheffield. L’éthique sportive dépose d’entrée de jeu un genou à terre. A chacun ses règles mais il s’agira de bien choisir ses nouveaux combats. A défaut de visionnaires, le football va avoir besoin d’une vision éclairante.