TOURNAI

Le Tournai d’avant: en classe avec les jésuitesses

L’enseignement a largement défrayé la chronique de ces derniers mois. On ne peut s’en étonner, l’instruction, avec en sus, quelques notions d’éducation, étant à la base de toute élévation dans les structures sociales de nos pays.

L’école, durant bien des siècles, fut l’apanage du clergé même si l’on nous a seriné que c’était Charlemagne et ses Missi Dominici qui les avaient créés.

L’on sait que Odon était l’écolâtre de l’école de la cathédrale et il est certifié par les historiens que, s’il a fondé l’abbaye Saint-Martin, ce fut «pour échapper à la vie trop mondaine que ses étudiants, tous de famille très aisée, lui imposaient».

Il serait vain de vouloir suivre les Bons Enfants, le collège des Hibernois et bien d’autres, voici une école qui fera la transition entre ce temps dirigé par le clergé et la venue de l’enseignement public.

Pour les pauvres filles

Dans la rue de la Hugerie ou des Hugiers s’étaient regroupés dès le XIIIee les menuisiers (un exemple que l’on retrouve avec la rue des Chapeliers ou celle des Carliers). Mais l’implantation du domaine de la famille noble De Werchin (l’un de ses membres, Jean, fonda la Chartreuse de Chercq en 1374) fit changer, cette dénomination dans les habitudes des habitants: ce fut la rue de Madame la Sénéchalle, la charge de Sénéchal du Hainaut étant héréditaire dans cette famille.

C’est dans cette rue aux attraits très modestes que s’établirent les Jésuitesses dans une maison que venaient de quitter les Jésuites..

L’initiative d’une école, à implanter là où ses premiers confrères s’étaient logés, vint d’un jésuite, un certain Mortagne, qui, en 1569, engagea un certain nombre de jeunes filles dévotes - – condition sine quoi non – à se consacrer à l’instruction de la jeunesse indigente féminine. Elles sont quinze, ne sont pas des religieuses qui, sous l’autorité de Quinte Monnier d’Antoing, enseigneront aux pauvres filles des paroisses de Saint-Piat et Stain-Pierre tout en se prêtant à l’ensevelissement des morts qu’elles portent à l’église.

Le contenu de leurs leçons ne nous est pas parvenu; dans doute devait-il se limiter à l’essentiel sur les plans de la lecture, de l’écriture, de l’arithmétique afin de gérer au mieux leur futur foyer.

L’administration communale, chargée avec le recteur des Jésuites de la surveillance et de la gestion de l’établissement se rendit assez vite compte «que la maison ne présentait pas les dispositions convenables pour l’usage qui en était fait». En 1680, un nouvel édifice est projeté avec ce devis «On fait savoir par les chefs au thrisés par les Consaux qu’ils exposent au rabais et moins disant la massonnerie des bastimens et édifices à ériger aux écoles des filles dittes Jésuitesses..» Suivent les clauses ou cahier de charges très précis.

Josse de la Wincq devint au 7 mai 1680, l’adjudicataire d’un immeuble comptant quatre places à chaque niveau, y compris les caves.

La charpente fera l’objet d’un autre devis; il nous apprend que «les bois seront de vifs chesne, sciés à vif arreste sans aubier préjudiciable». Tout y est précisé comme en témoigne la toiture «sera fait en tuilles bonnes, bien jointes par un mortier fait de deux parts de sable et d’un de chaux».

L’école fonctionna à la satisfaction générale, jusqu’à la révolution française. Elle fut vers 1819, on le verra, convertie en école primaire communale..