CRISE CLIMATIQUE

Camille et Solal réveillent les consciences écologiques: «On y est pour rien, et pourtant nous devenons complices»

Avec «Réveillons-nous», le collectif artistique Pensée Sauvage bouscule les codes et émeut la toile. Dans un clip aussi beau que piquant, Camille Étienne et Solal Moisan déconstruisent l’habituel sermon qui accompagne la crise climatique pour en faire jaillir une œuvre originale, qui déculpabilise autant qu’elle responsabilise. Un nouveau souffle pour une lutte qui, au sortir du coronavirus, s’est nourrie d’une nouvelle dimension.

Pour Camille Étienne et Solal Moisan, le confinement n’a pas rimé avec enfermement. Ces deux jeunes (22 et 24 ans) activistes écologiques du mouvement français On Est Prêt ont profité de l’occasion pour interroger leurs croyances et titiller leur créativité. Entourés par le hasard de ce même confinement de leurs colocs parisiens et - surtout - artistes, ils ont créé un clip vidéo au résultat aussi rafraîchissant que bouillonnant.

Et ce projet qui n’avait au départ aucune ambition autre que celle «de laisser une trace» est rapidement devenu viral grâce au retentissant écho des réseaux sociaux (plusieurs millions de vues et des centaines de milliers de partages en quelques jours à peine).

«On pensait que la vidéo tournerait essentiellement entre nos potes, sourit Camille, auteure du projet baptisé Pensée Sauvage. Mais jamais on avait imaginé que cela aurait un tel impact. On voulait juste laisser une trace de ce confinement sous l’angle de l’écologie... »

L’art au service du message

Tourné aux aurores et à plus de 2 500 mètres d’altitude, le clip «Réveillons nous» offre donc un savant mélange d’art(s) et de conscience écologique. Une façon originale de renforcer le poids du second grâce à la légèreté du premier.

«Car on s’est aussi rendu compte que quand on fait les choses avec le cœur, cela touche inévitablement d’autres personnes. Combien de personnes vont pleurer devant un rapport des experts internationaux du GIEC? Par contre, le pouvoir de l’art permet de créer des émotions et de les mettre au service d’un message, souligne Camille. Nous sommes là en tant que passeurs. Pour créer un déclic, un réveil, une émotion, peut-être une colère. Cette expérience nous a en outre permis de décloisonner l’écologie

Déculpabiliser et responsabiliser

Au-delà de la dimension artistique qui lui confère cette autre dimension, le contenu du message partagé par Camille et Solal bouscule également les codes du genre.

Plus question ici de pointer du gros doigt les fautifs à l’origine de la crise. Ni de culpabiliser celui qui - comment l’en blâmer d’ailleurs - prétend que ce n’est pas à lui de réparer une faute qu’il n’a pas commise.

«Ce n’est pas notre faute. On n’était pas là», insiste d’ailleurs Camille dans le clip. Avant de nuancer: «Mais on est les derniers à pouvoir faire quelque chose. On y est pour rien, et pourtant nous devenons complices

«On s’est laissé endormir»

«Le confinement nous a permis de prendre conscience du pouvoir que l’on a quand on ne fait rien, poursuit la jeune femme. Rester chez soi et ne rien faire a permis de sauver des vies. Or, ce pouvoir de l’inaction est très grand. Ne rien dire, ne rien faire, c’est en quelque sorte une façon d’agir face à un phénomène

Et cette idée qui consiste à responsabiliser autant que déculpabiliser transpire durant les dix minutes de «Réveillons nous»: «C’est de notre faute, parce qu’on s’est laissé endormir, doucement, à coups de fake news en intraveineuse. On a pris goût au confort. On s’est assoupi, bercé avec du progrès dans nos divans.»

«Des privilégiés qui ont une responsabilité»

Car ce message fort, «envoyé à cette génération Y, un appel à un espoir lucide, un optimisme constructif, à l’action de tous pour un demain avec plus de sens», s’adresse en priorité aux privilégiés.

«Nous sommes ces privilégiés, reprend Camille. Et en tant que privilégiés de ce monde, nous avons tout eu, on s’est amusé. Or, aujourd’hui, ce n’est pas nous qui sommes les plus touchés par la crise écologique. Nous avons donc, qu’on le veuille ou non, cette responsabilité. C’est notamment le cas avec les marches pour le climat: nous pouvons nous permettre de rater l’école pour aller marcher parce que, justement, nous avons la chance d’aller à l’école

Et le message est clair: «devenez acteurs du changement». «Il est temps de débrancher les écrans et de rallumer les cerveaux, assène encore Camille dans le clip. Comme à des enfants, on nous a raconté des histoires, on nous a dit qu’on était trop petit, que c’était déjà foutu. Montrons-leur qu’on a grandi

Et après?

Quant à la suite, Camille et Solal sont bien décidés à suivre leur instinct, comme ils l’ont fait pour produire cette première vidéo.

«On sait que c’est éphémère, sourit encore Camille. Les chances de connaître autant de succès avec notre prochaine vidéo sont minimes. Mais on n’a pas voulu tomber dans le piège de créer quelque chose d’identique dans le simple but d’avoir du succès. On a donc eu envie de continuer à suivre notre instinct, comme nous l’avions fait pour cette première vidéo. Quitte à être moins consensuel, plus radical. Nous voulons continuer à mélanger les arts, au service d’un message. Un message de justice sociale et écologique à destination du grand public.»

+ Lien vers la page Facebook du projet: Pensée Sauvage

Voici notre toute première vidéo sur Pensée Sauvage. On est tout stressé de vous la montrer. On espère que cette drôle...

Publiée par Pensée Sauvage sur Vendredi 29 mai 2020