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PHOTOS| Au Delta de Namur, le Crayat de Félix Roulin trouve un nouveau jour

La sculpture dite monumentale de Félix Roulin a retrouvé son écrin au Delta. Tout en allant voir la Sambre de plus près.

Certains la voient comme une vertèbre. Elle avait été «démise» lors des travaux qui ont transformé la Maison de la Culture en Delta mais il lui tardait de revoir le Grognon, de regagner sa place. Ou presque.

Les passants et curieux trouveront désormais le Monument CGER sur les quais de Sambre, en bas des escaliers et dans l’axe de la porte de Sambre et Meuse. Un sens de la composition voulu par l’architecte Philippe Samyn.

Installée en 1965 sur l’esplanade de l’ancien bâtiment, la structure a été conçue creuse et en cuivre étamée. Á l’occasion du centenaire de la Caisse Générale d’Épargne et de Retraite (la CGER, disparue en 1999, avalée par Fortis), il a été baptisé Monument CGER mais les Namurois l’ont très vite surnommé le «Crayat». Ce qui n’était pas pour déplaire à son créateur local qui voyait en ce mot une référence au déchet métallique.

Le temps des récents travaux, durant trois ans, la sculpture avait trouvé sa place à l’entrée du campus provincial. La semaine dernière, un camion-grue a embarqué cette charpente cuivrée pesant environ 600 kilos pour la conduire près de la Sambre. Devant la Halle al’chair, la grue a pris le relais pour transporter, sans encombre, cette abstraction sur les dernières centaines de mètre. La manœuvre n’est pas passée inaperçue.

Tout comme les points d’accroche originels de la structure, attaqués par l’œuvre du temps. Loic Brumener, gestionnaire du projet Delta pour Thomas & Piron, explique: «Si la sculpture était indemne, les plaques de fixation en acier n’étaient plus étanches et étaient mangées par la rouille. Il a donc fallu les remplacer. »

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EdA - Florent Marot

Le week-end passé Félix Roulin est d’ailleurs venu sur place pour donner sa bénédiction concernant le remplacement des pièces. Pour le reste, après soudure et coulage de béton, l’œuvre était prête à être déharnachée pour ce jeudi. Ce qui devait être l’affaire de quelques heures aura pris quelques jours, finalement.

Si le restaurateur Derek Biront de la Société Metafos, lui, a procédé au nettoyage de la création plus que sexagénaire, celle-ci a tenu le choc des âges. Bernadette Bonnier, directrice du service culture de la province, commente: «Elle a pris de la patine au cours du temps mais est restée intacte. »

«Il ne manquerait pas un bout?»

Pourtant, quelques observateurs de la première heure, à coups de photos rétrospectives, se sont demandé si la sculpture n’aurait pas perdu un bout dans l’aventure. Il n’en est rien. L’œuvre de Roudin est insaisissable. « Il n’y manque rien du tout, rit Bernadette Bonnier. De profil ou de face, on n’a jamais la même vision de cette sculpture. Quant aux endroits où elle est évidée, elle permet un beau mariage entre le paysage et l’art. Son nouvel emplacement va permettre aux nombreux promeneurs du bord de Sambre de la découvrir sous un nouveau jour. »

 

Enjambée et confluence

En 1965, Félix Roulin était dans sa période d’abstraction complète, explique son fils David.

«Pas sûr qu’il faille chercher un sens, il n’y a pas de symbolique. Mais pourquoi ne pas y voir à l’oeuvre les notions de confluence et d’enjambée. La sculpture, auto-portante avec ses tôles soudées, était juchée sur trois pieds, on pouvait donc passer en dessous.

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EdA

Je crois beaucoup au fait que les gens puissent la toucher, en être proche. Encore plus sur les quais de Sambre.

Dimanche, lorsque j’ai été sur place avec mon père, un Namurois, assis sur un banc, nous a dit:’Quand elle était sur le parvis, je ne l’aimais pas cette sculpture. Ici, je l’aime bien’..»