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Nouvelles manifestations aux États-Unis, le ton martial de Trump contesté

Nouvelles manifestations aux États-Unis, le ton martial de Trump contesté

AFP/ROBERTO SCHMIDT

Après une autre nuit de troubles, pillages et affrontements avec la police dans les villes américaines, les manifestations antiracistes ont repris mardi aux États-Unis, où le ton martial de Donald Trump, déterminé à restaurer l’ordre en recourant si besoin à l’armée, fait de nouvelles vagues.

Huit jours après la mort à Minneapolis de George Floyd, un homme noir asphyxié par un policier blanc, la vague de colère historique contre le racisme, les brutalités policières et les inégalités sociales qui secoue les États-Unis ne connaît pas de répit.

Plusieurs milliers de manifestants, noirs et blancs, se sont retrouvés pour protester pacifiquement à Manhattan, près du siège de la police new-yorkaise, en scandant «George Floyd, George Floyd» ou encore «Black Lives Matter!» («la vie des Noirs compte»), cri de ralliement contre les violences policières visant les Afro-Américains.

«Ce n’est pas seulement un homme innocent tué. Ce n’est pas seulement la brutalité policière», s’insurge un étudiant en histoire de l’art qui préfère taire son nom. «Le simple fait que si vous n’êtes pas blanc vous ne vous sentez pas respecté dans ce pays, c’est frustrant, c’est rageant», poursuit-il en réclamant des changements structurels.

«Le battre en novembre»

Un peu plus loin, Nat Hooper, un libraire noir de 27 ans, dénonce la menace de Donald Trump de déployer l’armée pour mater la rue.

«Il faut le battre en novembre», lance-t-il, alors que la question raciale fait irruption dans la bataille pour la Maison Blanche à cinq mois de l’élection présidentielle. «La plupart d’entre nous manifestent pacifiquement, nous voulons seulement du changement.»

Si Minneapolis, épicentre de cette nouvelle flambée de colère, a passé une nuit relativement calme, les troubles ont continué de se propager pour la septième nuit consécutive, touchant au moins 140 villes américaines, avec des centaines d’arrestations et plusieurs blessés dans les rangs des forces de l’ordre comme des manifestants.

A New York, plusieurs grands magasins de la célèbre 5e Avenue, au cœur de Manhattan, ont été pillés lundi soir. Le couvre-feu nocturne instauré lundi a été prolongé jusqu’à dimanche, et son entrée en vigueur avancée à 20H00.

Les pillages ont été jugés «inexcusables» par le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo. Tout en critiquant le maire et la police, il a refusé de mobiliser la Garde nationale, comme l’ont fait d’autres villes et comme le réclame Donald Trump.

Dans une allocution musclée, le président des États-Unis avait annoncé lundi soir le déploiement de «milliers de soldats lourdement armés» et policiers à Washington pour mettre fin «aux émeutes» et «aux pillages». Et il avait appelé les gouverneurs à «dominer les rues» tout en menaçant d’envoyer l’armée «pour régler rapidement le problème à leur place» s’ils n’agissaient pas selon ses directives.

Juste avant son discours, les forces de l’ordre avaient dispersé à coups de gaz lacrymogènes de nombreux manifestants des abords de la Maison Blanche pour permettre ensuite au président de se rendre à pied devant une église emblématique dégradée la veille.

«Domination» et «force écrasante»

Des manifestants ont néanmoins bravé le couvre-feu nocturne instauré dans la capitale fédérale, où des incidents ont encore été rapportés et où la police a arrêté plus de 300 personnes.

Mardi, le milliardaire républicain a estimé que Washington n’avait connu «aucun problème la nuit dernière», et a assumé le positionnement de «président de la loi et de l’ordre» affiché la veille.

«Beaucoup d’arrestations. Tout le monde a fait du bon boulot», s’est-il réjoui, avant de vanter la «force écrasante» et la «domination».

La maire de Washington Muriel Bowser a protesté contre l’envoi des militaires «dans les rues américaines contre les Américains», une attaque reprise par de nombreux gouverneurs démocrates.

Car la crise, dans un pays déjà extrêmement divisé, prend une tournure de plus en plus politique.

Le candidat démocrate à la présidentielle du 3 novembre, Joe Biden, a accusé mardi Donald Trump d’avoir «transformé ce pays en un champ de bataille miné par de vieilles rancunes et de nouvelles peurs».

Lors d’un déplacement à Philadelphie, il a promis de «guérir les blessures raciales qui meurtrissent notre pays depuis si longtemps».

Face aux protestations, qui interviennent dans des États-Unis où les inégalités sociales et raciales sont déjà exacerbées par la pandémie de Covid-19, Donald Trump est resté silencieux jusqu’ici sur les réponses aux maux dénoncés par les manifestants.

Et n’a que très brièvement évoqué la «révolte» des Américains face aux conditions de la mort de George Floyd.

Cet homme de 46 ans est décédé le 26 mai en répétant «I can’t breathe» («Je ne peux pas respirer»), gisant par terre, menotté et avec le cou sous le genou d’un policier, dont les collègues sont restés passifs.

Les autopsies ont confirmé que la mort était due à la pression létale au niveau de son cou.

L’auteur de la bavure, l’agent Derek Chauvin, a été licencié par la police puis arrêté et inculpé, sans que cela calme les esprits.

Le Pentagone tente de se distancier de Trump

Nouvelles manifestations aux États-Unis, le ton martial de Trump contesté
AFP/Brendan Smialowski
Accusé de se faire utiliser par Donald Trump à des fins politiques, le Pentagone cherchait mardi à se distancier du président américain après des propos polémiques du ministre de la Défense Mark Esper et le déploiement de renforts militaires autour de la Maison Blanche.

Dans un pays où les militaires sont vénérés, le chef du Pentagone Mark Esper a semé l’inquiétude en déclarant lundi que les forces de l’ordre devaient «dominer le champ de bataille» pour rétablir l’ordre, alors que des centaines de milliers d’Américains protestent contre les brutalités policières, le racisme et les inégalités sociales exacerbées par la crise du Covid-19.

M. Esper et le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, se sont par ailleurs affichés aux côtés de M. Trump lorsqu’il s’est rendu à pied lundi soir devant l’église Saint John, bâtiment emblématique proche de le Maison Blanche, dégradé la veille en marge d’une manifestation.

M. Esper était au premier rang des responsables de l’administration, près de Donald Trump, quand celui-ci s’est fait photographier devant l’église avec une bible à la main, quelques minutes après la dispersion brutale, à coups de matraques et de gaz lacrymogène, de manifestants qui protestaient pacifiquement près la Maison Blanche.

Le général Milley a été filmé marchant en tenue de camouflage derrière M. Trump. Des images vite reprises par la Maison Blanche dans une vidéo aux accents électoraux.

Tout ceci a semé la consternation dans l’opposition démocrate et parmi d’anciens responsables militaires.

«L’Amérique n’est pas un champ de bataille. Nos concitoyens ne sont pas l’ennemi», a tweeté un ancien chef d’état-major américain, l’ex-général Martin Dempsey.

Un haut responsable du Pentagone a assuré qu’en parlant de «champ de bataille», M. Esper n’avait pas d’arrière-pensée, et qu’ancien militaire lui-même, il s’exprimait juste dans un «jargon militaire».

Quant à la présence du général Milley derrière le président américain lors d’une sortie de la Maison Blanche visiblement politique, elle aurait été involontaire, a ajouté ce haut responsable ayant requis l’anonymat.

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Le président leur a dit «qu’il voulait voir les troupes déployées à l’extérieur», a-t-il expliqué, assurant que ni M. Esper, ni le général Milley «ne savaient que les forces de l’ordre avaient décidé de faire évacuer» la zone.

«Jargon militaire»

Le Congrès s’est emparé de l’affaire. L’influent président de la commission des Forces armées de la Chambre des représentants, Adam Smith, s’est inquiété mardi de la direction «autocratique» du président Trump et de «la façon dont elle affecte le jugement de la hiérarchie militaire».

«Le rôle de l’armée américaine dans le maintien de l’ordre sur le territoire est limité par la loi», a-t-il rappelé.

Une loi interdit en effet d’utiliser des soldats d’active dans des missions de maintien de l’ordre, sauf en cas d’insurrection. En cas de désordres publics, il revient à chaque État américain de faire appel à d’anciens policiers réservistes de la Garde nationale.

Le candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden a accusé lundi Donald Trump d’utiliser l’armée «contre les Américains» et du gaz lacrymogène contre des «manifestants pacifiques» pour une opération de communication.

Les minorités sont largement représentées au sein de l’armée américaine, considérée comme un ascenseur social, et le malaise était palpable parmi les militaires une semaine après la mort à Minneapolis de George Floyd, un homme noir de 46 ans asphyxié par un policier blanc.

«Je suis George Floyd», a notamment tweeté l’adjudant Kaleth Wright, un des militaires noirs américains les plus en vue. «Comme la plupart des aviateurs noirs, je suis outré de voir un autre homme noir mourir à télévision sous nos yeux».

«Ce qui arrive trop souvent dans ce pays à des hommes noirs victimes de brutalités policières […] pourrait m’arriver à moi», a-t-il ajouté dans des messages ayant reçu un large écho.