TOURNAI

Le Tournai d’avant: le don de guérir la rage

Dans les villes, être malade, ou blessé pose nettement moins de difficultés que dans les campagnes, la où, jusqu’il y a moins d’un siècle, un médecin montrait de sérieuses réticences à s’aventurer. Il y avait, heureusement, d’autres moyens de se soigner.

Jadis, sorciers, guérisseurs, rebouteux abondent. Certains possèdent de véritables compétences, acquises auprès des anciens qui ont transmis la connaissance des herbes, des racines et même du corps humain..

Par contre, certains personnages se retrouvent possesseurs de facultés mystérieuses bien que réelles lorsqu’il s’agit de soigner, voire guérir, certains maux, maladies ou traumatismes tels qu’entorses, foulures, déboîtements.

Parfois venu du fond des âges, cet art de guérir est indéniable depuis le Moyen Âge au moins. Il ne s’explique pas scientifiquement seuls ses effets démontrent son existence.

D’autres ont un «don» Parmi ces possesseurs du don de soigner, citons simplement saint Louis qui guérissait une fois la semaine des écrouelles, affection due à une microbactérie qui couvre la victime de pustules et qui est d’origine tuberculeuse. En ce XXIe siècle, il est encore des gens qui exercent et mieux encore, avec des résultats probants. La consultation est très simple, un toucher et des paroles particulières, le tout enrobé de prières. Le secret de ce don suit une seule personne de génération et génération.

À Tournai, dans un hôpital de Saint-Piat, un don miraculeux guérissait la rage.

Générosité

C’est dans une période faste, soit le 9 décembre 1483 que Jacques De Le Planque, bourgeois et son épouse Jehenne de la Wetre concèdent, en l’honneur de Saint-Jean-Baptiste, en la grande rue Sainte-Catherine, une somme de 300 livres tournois de rente ainsi qu’une maison avec chapelle, jardin et édifices pour «nourrir, alimenter treize pauvres femmes langoureuses, chartrières (malades) avec Sœurs portant '’habit gris de leur vocation» (règle de Saint-François et dès 1448, habit blanc et noir de Saint-Augustin)..

Diverses libéralités augmentèrent jusqu’à vingt-et-un le nombre des pourvues qui, à leur entrée, laissaient leurs meubles et biens rendus si elles en sortaient alors que les postulantes religieuses devaient, elles, apporter une dot selon la fortune des parents.

Manquant de ressources, l’hôpital fusionna avec celui dit de Notre-Dame, par arrêté du 23 prairial ab VI (11 juin 1798)..

Filiation de Saint-Hubert

Chasseur impénitent, Hubert se convertit après sa rencontre un Vendredi saint, avec un cerf crucifère. Parmi les privilèges qui lui sont attachés, il y a celui d’affranchir tant les personnes que les animaux qui ont eu le malheur d’être attaqués de la rage.

La maison De Le Planque se faisait gloire d’avoir toujours, parmi les religieuses, une descendante de Saint-Hubert.qui ne manquait pas son office «de toucher et donner le répit» face à un malade enragé. Ce don de guérir était si apprécié qu’au lieu d’une dot, cette Sœur recevait un subside de 40 florins des Consaux en 1738.

Mgr Hirn, premier évêque concordataire, transféra en 1805 la confrérie instituée en l’honneur de Saint-Hubert dans l’église Saint-Piat, dans une chapelle à droite de la nef, lui conservant privilèges, indulgences et statuts anciens.

La chapelle s’orne toujours des cinq tableaux que réalisa Philippe A. Hennequin, peintre tournaisien en 1823, tableaux payés deux mille francs.

Saint-Hubert était le patron des chasseurs-éclaireurs de la Garde civique, lesquels lui donnaient aubade chaque année jusqu’à 1914. Depuis, le silence règne dans cette jolie chapelle.