TOURNAI

Le Tournai d’avant: Marvis, couvent, hôpital, mouroir

En l’an 619, le pape Boniface V prit sous sa protection une maison érigée alors sous la dénomination des Frères et Sœurs de Saint-Victor dont il existe, dans l’église catholique, plusieurs personnages qui portent ce patronyme. Ce serait la plus ancienne à Tournai.

Le plus étonnant dans l’établissement d’un couvent, peut-être aussi hôpital, c’est le lieu où il s’élève, dans le quartier dit de Marvis à cause du rieu qui y coule. Or, cet endroit est et restera hors de la sécurité apportée par les enceintes successives et ce, jusqu’au début du XIVe.

On peut penser que la proximité d’un ruisseau et le calme du site ont séduit les religieux. Que devient la maison lors des sièges? En particulier le saccage des Normands (880)? Une certitude demeure, on n’en entend plus parler avant un édit de Philippe IV en 1292 accordant aux religieux «l’amortissement de leurs biens à l’hôpital de Marvis».

Sous Cambrai

Situé sur la rive droite de l’Escaut, l’hôpital se situe dans le diocèse de Cambrai et son administration est donc confiée à son archevêque qui en avait en même temps la direction intérieure et à treize sœurs hospitalières ayant prieure; non compris deux novices de l’Ordre de Saint-Augustin, tous employés au service des malades.

Plusieurs donations, bien nécessaires dans le contexte de l’époque, émaillent les siècles. La plus ancienne est accordée en 1205 par le seigneur de Rainval pour douze bonniers (environ 15 ha) de bois situés au Mont-Saint-Aubert; plus curieuse est celle des châtelains tournaisiens, Evrard et Radou, concédant «une razière de sel sur le premier bateau passant en ville chargé de cette marchandise».

On est alors loin des grands ensembles hospitaliers et l’hôpital de Marvis ne fait pas exception, ne recevant que de dix à vingt alors que ses bâtiments pourraient en accueillir bien plus.

Des militaires

Les guerres quasi incessantes du Roi-Soleil sont synonymes de victimes, notamment de nombreux blessés. Les Augustines acceptèrent donc de recevoir des militaires dont plusieurs furent évacués des baraques sises près du Fort Rouge, démolies ensuite.

L’afflux nécessita une profonde refonte des infrastructures; en témoignent encore les pittoresques pavillons de la rue Marvis millésimés 1684, le reste fut démoli au XXe..

Claude Meret fut, en cette maison, l’objet d’une circonstance exceptionnelle, parfois qualifiée de miracle car, décédé le 11 novembre 1692, son corps demeura sans aucun signe de corruption durant 23 jours. En 1694, le dauphin de France, au régiment duquel appartenait Meret, pria sur la tombe creusée au pied de l’autel.

S’ils recevaient des soins, les militaires les payaient; 13 patars/jour pour leur entretien dont un régime très frugal, soupe, bouillon et pain blanc ou bis selon l’état de santé. En contrepartie, nourriture, soins, médication leur étaient fournies.

La fin

Les soldats moins nombreux, les religieuses continuèrent à soigner, surtout les femmes malades qui étaient vingt en 1802.

Cependant, le manque d’entretien rendait la maison très insalubre selon un mémoire de 1806 car «la salle des malades est bâtie sur un sol humide, mal éclairée et éclairée, chauffée sur ses 36 m, d’un seul poêle et le reste des bâtisses, dont la salle Stain-Louis, n’est pas mieux, le jardin est clôturé d’un fossé remplit d’immondices envoyées par les usines voisines et inondé chaque hiver».

Les Hospices Civils décidèrent de transférer les malades à l’hôpital Notre-Dame, les huit sœurs furent pensionnées en 1807.

Il demeure, en sus des pavillons, l’ossature des portails dans le mur aveugle de la rue Marvis.