TOURNAI

Le Tournai d’avant: au chevet de tous les souffrants

Dans son «Histoire Occidentalis», Jacques de Vitry cite Tournai comme «l’un des centres hospitaliers les plus remarquables de l’Occident au cours du XIIIe siècle» avec raison si l’on en juge par la variété et le nombre des institutions de bienfaisance rencontrés alors. Un mouvement caritatif et de générosité qui se poursuit, tout en s’affaiblissant, jusqu’au XVe.

Une fois passés les siècles d’obscurantisme, ces longs pans de temps qui ne sont connus, après les Mérovingiens, que par quelques événements ponctuels comme le pillage de la ville par les Normands (880), Tournai reprend sa place dans le concert des villes de plus en plus florissantes.

Cette aisance se répercute au fil du temps sur les classes sociales défavorisées par l’âge ou la maladie. Timide au XIIIe, en large extension jusqu’au XVIIe pour s’éteindre ensuite, la charité de la bourgeoisie tournaisienne s’active dans le cadre d’une économie grandissante. L’Église, omniprésente, a fait de l’amour du prochain une de ses lignes de forces et intervient dans la gestion des biens donnés dont aujourd’hui, nombre d’immeubles gardent traces.

Ce contexte est une des causes essentielles de cet afflux de nouveaux habitants dès le XIIe, villageois ou citadins voisins espèrent trouver à Tournai de meilleures conditions de vie.

Ce très bref condensé fera comprendre l’émergence de ces hôpitaux, asiles, veuvés, hospices, recrans qui parsèment la ville. En bref, l’Église répond là à un de ses devoirs primordiaux, la charité envers le prochain et le bourgeois qui subsidie, dote ou entretient ces abris pense à gagner leur place au Paradis.

Dans l’ancien régime

Ce type d’aide demeure en place jusqu’à la révolution française, moment de grands bouleversements dans la charité publique.

Ce gigantesque élan présent jusqu’en fin du XVIIIe se concrétise au long des rues, des places de la cité. Adolphe Delannoy qui publie en 1880 - soit à la fin de l’ancien régime – un remarquable récapitulatif de tous ces établissements qui prennent soin soit des pauvres, des malades, des isolés, des insensés, bref, de tous ceux que la société a déçus ou laissé pour compte. Il recense quarante-huit «petits hospices», dits aussi «veuvés» au départ créés pour les veuves, qui accueilleront ensuite jeunes filles et ménages.

Personne ne semble oublié, même les ouvriers trop âgés pour tenir leur place en atelier ont leur recran; tels rue Saint-Piat celui des hautelisseurs, à la rue de Bève, celui des peintes. Ce sont souvent de petites structures, vivant des revenus d’un capital offert comme le recran des boulangers, rue des Moulin, pour quatre ménages.

Les aveugles ont leur abri en la rue éponyme (Tupois à l’époque), fondé en 1351 par le chapelain Laurent de Hollande qui y donne une maison «pour et au nom des pauvres aveugles mendiants, jusqu’à treize, pour que les dits aveugles puissent vivre en paix et en tranquillité».

«Six bonnes filles, de bon nom, famée et renommée» sont l’objet de l’attention de Oube Camore dont la demeure donnée en 1459 rue Dorée «jouit d’assez de revenus pour permettre aux pourvues de ne s’occuper que de prières».

Ces fondations portent le nom d’un saint, d’une sainte, parfois du donateur. Toujours, les pourvu(e)s sont tenu(e)s à l’exercice strict de leurs devoirs religieux, prières, assistance aux offices,. Y veillent les curés, vicaires ou autres ecclésiastiques mais aussi les égliseurs des paroisses.